Droits d'exposition: une artiste s'insurge

L'auteure estime qu'un diffuseur culturel qui est en mesure... (Shutterstock, David Peireiras)

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L'auteure estime qu'un diffuseur culturel qui est en mesure de payer des employés pour organiser des expositions devrait aussi s'organiser pour accorder des redevances minimales aux artistes.

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Le Soleil

J'écris ce texte comme on lance une bouteille à la mer... J'écris pour dénoncer une réalité que vivent trop d'artistes au Québec.

Si j'ai eu beaucoup de chance depuis mon retour à la pratique artistique en 2010, avec notamment la publication d'un livre et l'obtention de plusieurs expositions solos, je me frotte depuis quelque temps à une pratique malheureusement courante dans le milieu artistique professionnel: le non-paiement de redevances de droits d'exposition. Autrement dit, bien souvent, les artistes ne reçoivent pas un sous lorsqu'ils exposent leurs oeuvres.

Depuis l'automne, j'ai refusé quatre offres d'exposition pour 2016 de la part de diffuseurs qui n'accordent pas de redevances aux artistes: le Musée populaire de la photographie de Drummondville, le Centre culturel Stewart Hall de Pointe-Claire, la salle d'exposition de l'Entrepôt de Lachine et, pas plus tard qu'hier, l'Espace Mur-Mur des Arts de la bibliothèque Georgette-Lepage de Brossard. Il s'agit de lieux de culture respectables qui pigent dans les projets déposés sur le réseau Accès Culture Montréal ou qui exigent le dépôt de dossiers d'artistes touffus (présentation de projet, texte de démarche artistique, CV, visuel, etc.). Nous ne parlons donc pas d'exposer au café du coin ou sur les murs du Commensal!

Au Regroupement des artistes en arts visuels du Québec (RAAV), on me dit que c'est une pratique courante et que la plupart des artistes acceptent quand même d'exposer sans recevoir de redevances, sans quoi ils n'exposeraient pas.

Il y a peut-être des éléments qui m'échappent, mais j'estime qu'un diffuseur culturel qui est en mesure de payer des employés pour organiser des expositions devrait aussi s'organiser pour accorder des redevances minimales aux artistes. A-t-on idée d'aller chez le dentiste ou le coiffeur, ou encore de faire appel aux services d'un plombier ou d'un électricien, sans payer d'honoraires à ces professionnels? Alors pourquoi demander aux artistes professionnels de travailler gratuitement?

Les diffuseurs me rétorquent que les artistes peuvent vendre leurs oeuvres lors des expositions. Belle affaire! Car même si le travail artistique est très apprécié des visiteurs, rare sont ceux qui peuvent se permettre d'acquérir une oeuvre. J'ai reçu une vingtaine de messages de personnes intéressées à m'acheter des images au cours de la dernière année, mais aucune vente n'a été conclue. C'est compréhensible; la plupart des gens qui visitent les maisons de la culture et les centre d'exposition n'ont pas les moyens d'acheter des impressions photographiques haut de gamme offertes en tirages limités. Mais en tant qu'artiste professionnelle, je me tirerais une balle dans le pied si je ne vendais pas assez cher, je perdrais toute respectabilité vis-à-vis de mes pairs. C'est pourquoi le paiement des redevances est justement si important.

Si on considère que la plupart des expositions restent en salle environ six semaines, et en prenant compte du temps de battement entre les expos, cela donne une moyenne de six expositions par année pour un lieu de diffusion. En accordant des redevances minimales de 1000 $ par artiste, cela représente un budget annuel d'environ 6000 $. Qu'un lieu de diffusion de la culture ne puisse pas débloquer 6000 $ par année pour payer les artistes professionnels qu'ils trient sur le volet, cela dépasse l'entendement. Même le concierge qui nettoie les planchers des salles d'exposition reçoit un salaire, lui!

Les diffuseurs à qui je refuse mon travail gratuitement se moquent bien de mes convictions, ils ont une longue liste d'artistes prêts à tout pour exposer. Pour ma part, j'estime que c'est une forme d'abus.

Un journaliste culturel réputé avec qui j'ai communiqué récemment me demandait : «Qui pourrait faire changer cette pratique? Le ministère? Une loi? Qui?»

Je n'ai pas de réponses à ces questions. Mais il me semble que pour espérer changer les choses, il faut commencer par les dénoncer. C'est pourquoi je m'insurge!

Et vous, qu'en pensez-vous?

Catherine Rondeau, photographe, Montréal

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