L'illusion référendaire

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Selon l'auteur, un référendum est un moyen illusoire d'accéder à l'indépendance du Québec.

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(Québec) Des 107 pays crées depuis le début du XXe siècle, seulement vingt-huit l'ont été à la suite d'un référendum. Vingt-deux d'entre eux ont connu des résultats favorables dépassant les 90 % et quatre autres, plus de 70 %. Restent deux traînards: Malte avec 55 % et le Monténégro avec 55.5 %. Notons qu'au Monténégro, 43 % des habitants se disaient monténégrins, ce qui fait un score parfait pour ce groupe de personnes. Lorsqu'il est question de former un nouveau pays, les résultats référendaires ne sont pas poussifs, ils sont éclatants. Les gens savent ce qu'ils veulent et ils le disent clairement.

Notons qu'un principe généralement accepté de la gouvernance démocratique est qu'un changement majeur requiert plus qu'une majorité simple de 50% plus un. Plus le résultat se rapproche du 50-50, plus il n'est que l'expression du hasard, d'un tirage à pile ou face. Dans le cas ultime du 50+1, est-ce que l'indépendance dépend d'une ou deux personnes qui auraient ou n'auraient pu voter ce jour-là parce qu'elles auraient trop fêté la veille? Dans beaucoup d'endroits dans le monde, 50 + 1 mène tout droit à la guerre civile.

Ceci dit, il faut aussi constater, nonobstant la rectitude politique, que le projet d'indépendance du Québec est un projet ethnique : celui de la nation francophone d'origine ancienne ou récente, c'est-à-dire de l'ensemble des personnes qui partagent à divers degrés la même langue, histoire, et culture, celles qui tiennent à maintenir une culture francophone en Amérique. Ce projet n'a pas de sens autrement. Ce peuple forme 77 % de la population du Québec, et c'est de ce peuple que proviennent très majoritairement les votes pour le oui. Des résultats référendaires favorables de 50, 60 , 70 pour cent représentent respectivement 65, 78, et 91 % de ce peuple. En 1995, un résultat près de 50 % représentait une majorité significative de ce peuple, mais un résultat relativement modeste comparé à ceux qui furent exprimés au 20e siècle par des peuples déterminés.

Puisque le projet d'indépendance intéresse le Québec tout entier, il doit tenir compte des autres citoyens qui ne font pas partie de ce peuple : les anglophones de souche ou assimilés et les immigrants relativement récents qu'ils soient francophones ou non. Les premiers votent non à quatre-vingt-dix pour cent et rien ne laisse présager un renversement de cette tendance. Les deuxièmes sont des gens courageux qui arrivent au Canada avec des défis à surmonter pour y faire leur place. Ils cherchent la stabilité et non l'aventure nationale outre leur aventure personnelle. Pour eux, voter non est un choix sensé. Et c'est sans compter, politiquement, avec les peuples autochtones qui auront aussi leur mot à dire éventuellement.

En portant notre regard sur l'avenir, on doit admettre que tout concourt à augmenter la proportion du non. L'âge moyen de la population augmente. Les personnes âgées et les retraités n'ont pas tendance a se jeter dans l'aventure d'un nouveau pays. L'immigration est de l'ordre de 50 000 personnes par année, un million par 20 ans, trois millions en 60 ans. Peu à peu le Québec changera de visage et le réservoir naturel des votes indépendantistes s'amenuisera.

L'indépendance se fait dans l'émotion générée par un choc de cultures. L'époque où les anglophones dominaient et humiliaient les francophones est révolue. Le Québec, en rejoignant le monde moderne, s'est doté d'institutions qui lui permettent de développer sa spécificité culturelle. L'émotion s'est évanouie sans faire un pays. Lors de l'épisode du lac Meech, le reste du Canada a rejeté quelques demandes minimales du Québec, menant à une explosion d'émotion indépendantiste. Pourrait-on revivre une telle conjoncture? Bien que leur division culturelle soit évidente, le Canada et le Québec vivent dans une indifférence mutuelle qui n'est pas génératrice de tension majeure. À moins que le Canada ne se transforme en succursale du Parti républicain états-unien, ce ne sont pas cinquante autres années de discussions comptables au sujet de la péréquation qui généreront l'émotion requise pour fonder un pays.

Le projet indépendantiste fut conçu dans un contexte local de modernisation des institutions du Québec et un contexte global de décolonisation et de révolution culturelle mondiale. Il était plausible de créer un pays au milieu de cette effervescence. Deux générations plus tard, les partis indépendantistes tournent en rond autour du dilemme référendaire. Doit-on faire un référendum dans le premier ou le deuxième mandat? Lorsque les gens seront enfin prêts? Doit-on d'abord expliquer en détail le projet à ces têtes dures qui verront enfin la lumière? Doit-on raffermir la fibre nationaliste en exagérant l'ennemi intérieur via une charte populiste? Faut-il apposer le mot «souveraineté» à chaque sujet de discussion politique? Quelles stratégies marketing sont nécessaires pour vendre le produit indépendantiste? Quand on en est rendu là, c'est qu'on a perdu la voie. Il faut autre chose de plus grand, de plus noble, pour motiver un changement aussi important que la fondation d'un nouveau pays.

Alain Miville de Chêne, Québec

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