L'inaction nous coûtera cher, collectivement

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David Grenier-Héon, Thomas Calteau et Mylène Trépanier, étudiants au Baccalauréat en biologie à l'UQAR

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Le Soleil

Devant le projet de construction d'un oléoduc pour le transport du pétrole issu des sables bitumineux qui parcourra 720 kilomètres en sol québécois, les citoyens sont confrontés à un choix. Devant le manque d'objectivité du gouvernement en place, combiné à un manque de transparence dans le processus décisionnel, il est important de se questionner et de s'informer quant aux enjeux environnementaux et économiques de ce projet.

En comparaison au pétrole conventionnel, le bitume dilué extrait des sables bitumineux est beaucoup plus lourd et plus visqueux. De ce fait, son transport par oléoduc implique des températures et une pression supérieures que celles requises pour le transport du pétrole conventionnel. Or, entre 1991 et 2009, la corrosion des canalisations (dégradation et fissuration du métal) est à l'origine du deux tiers des ruptures des pipelines qui sont régis par l'Office National de l'Énergie. Alors que chez TransCanada ces fuites sont localisées en majorité dans les stations de pompage, qui seront au nombre de 11 sur le territoire québécois, il ne faudrait pas sous-estimer les probabilités de déversements. D'ailleurs, selon le Bureau de la Sécurité des Transports du Canada, le nombre de fuites associées aux pipelines est en augmentation notoire, tendance qui sera vraisemblablement amplifiée avec la mise en place du projet Énergie Est, considérant la nature plus corrosive du produit et le volume transporté soit 1,1 million de barils bitume dilué par jour.

La question n'est donc pas de savoir s'il y aura une fuite, mais plutôt de savoir où et quand ?

Si ce projet va effectivement de l'avant, plusieurs territoires structurés seraient mis à risque, dont la Réserve mondiale de la biosphère de l'UNESCO du Lac Saint-Pierre (Site Ramsar), le Parc marin du Saguenay ainsi que le Parcs nationaux du Bic et d'Oka. À cela s'ajoute les 641 cours d'eau traversés, dont 31 majeurs comme le fleuve Saint-Laurent, les rivières Saint-Maurice et des Prairies ainsi que plusieurs autres qui, en plus de desservir en eau potable des centaines de milliers de québécois, sont connus pour être susceptibles à des glissements de terrain. Il va sans dire que le tracé proposé par TransCanada traverse également plusieurs hectares de zones terrestres sensibles qui perdront en valeur. Selon nos analyses, cela correspond minimalement à 108 ha de terres humides, 1900 ha de forêt et 2100 ha de terres agricoles. En plus, l'Estuaire et le Golfe du St-Laurent abritent non seulement une grande biodiversité mais représentent également une zone de pêche et d'écotourisme d'importance, pouvant rapporter respectivement 116M$ et 500M$ de retombées annuelles. De ce fait, le projet d'oléoduc

Énergie-Est constitue une menace directe pour le maintien de plusieurs services environnementaux, c'est-à-dire «les bénéfices que les humains retirent des écosystèmes sans qu'ils aient à agir pour les obtenir». Ainsi, ne considérant que les dommages associés aux terres agricoles et forestières par les travaux de construction sur la portion québécoise, une perte annuelle de 16M$ devrait être ajoutée au bilan des coûts du projet. À cela s'ajoutent également les dépenses associées à la restauration des sites suite à un déversement potentiel. Or, l'histoire démontre que les coûts de nettoyage du déversement du navire pétrolier EXXON-VALDEZ (Alaska, 1990) ont coûté 2,5 milliards alors que ceux de la fuite de pipeline à Kalamazoo (Michigan, 2010), où les opérations de nettoyage sont toujours en cours, excèdent un milliard à ce jour. Au Canada, les limites de responsabilité et d'indemnisation pour un déversement en milieu marin s'élèvent à un maximum de 1,4 milliards ce qui met en évidence que les fonds prévus pourraient être insuffisants et que ce sont les contribuables qui paieront l'excédant.

Quant aux émissions de gaz à effets de serre (GES), le secteur de l'industrie pétrolière canadien est remarquablement peu réglementé. À lui seul, le projet Oléoduc Énergie Est engendrera l'émission supplémentaire de 30 à 32 millions de tonnes de GES par année. Cela va clairement à l'encontre des objectifs du Canada - en mode rattrapage depuis plus de 15 ans - qui n'arrive toujours pas à atteindre ses cibles de réduction d'émission de GES. Au niveau international, ce projet ne suit pas les recommandations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), selon lesquelles on ne devrait pas dépasser une hausse des températures moyennes de 2°C pour éviter une augmentation excessive des évènements climatiques extrêmes. Afin de demeurer dans ces limites, près de 90% des réserves fossiles doivent demeurer dans le sol1. C'est donc dans l'intérêt du bien commun que nous devons dès maintenant amorcer la transition vers une décarbonisation de notre économie. Selon Nicolas Stern, VP sénior à la Banque Mondiale, il en couterait annuellement 1 à 2 % du PIB mondial pour s'engager dès maintenant dans cette transition; c'est relativement peu comparé aux 5% du PIB mondial qui devra être investi annuellement pour pallier aux problèmes qu'engendrera une hausse des températures moyennes mondiales supérieures à 2oC2.

Dans le contexte énergétique actuel, une question de société, où la volonté est le fer-de-lance d'un tel changement, est soulevée. Est-ce que le projet Énergie Est est une option valable pour le Québec ou s'agit-il d'un projet supportant la socialisation des risques et la privatisation des profits ?

David Grenier-Héon, Thomas Calteau et Mylène Trépanier

étudiants au Baccalauréat en biologie à l'UQAR

Rimouski

1 McGlade, C. et P. Ekins. 2015. The geographical distribution of fossil fuels unused when limiting global warming to 2°C. Nature, 517: 187-190

2 Stern, N. 2006. Executive summary. Dans STERN REVIEW: The Economics of Climate Change. Cambridge University press. p. i-xxvii

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