Angoissé, en colère, triste et déçu, je suis...

L'étudiante du Cégep Garneau Naomie Tremblay-Trudeau, qui a été blessée... (Le Soleil, Erick Labbé)

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L'étudiante du Cégep Garneau Naomie Tremblay-Trudeau, qui a été blessée au visage par un tir de gaz lacrymogène

Le Soleil, Erick Labbé

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Le Soleil

(Québec) À la ministre de la Sécurité publique, Mme Lise Thériault,

Mme Thériault, c'est un homme angoissé qui vous écrit ce matin. Dans notre petit bungalow de Sainte-Foy, mon épouse et moi sommes ce que nous pourrions définir comme la masse très silencieuse. Pourtant, en ce 28 mars ensoleillé, ce jour ne nous semble, soudain, plus si resplendissant et ce silence ne peut plus être. Les événements entourant la possible défiguration de la jeune demoiselle de la manifestation de l'autre jour font mal, très mal à mon coeur d'homme, de père, de contribuable. La sourde et pathétique révolte qui grandit en moi me laisse triste, triste comme vous ne pouvez pas savoir. 

Vous êtes une femme. Je ne sais si vous êtes vous-même mère, mais moi, je suis père de deux filles et, c'est les yeux pleins de larmes, que je vous dis que le policier qui a blessé cette jeune femme est à mes yeux un criminel. Cette fille, mes filles, vos filles peut-être, toutes les filles, partout, sont nos «filles». Elles sont un bien précieux, l'objet de tous nos égards et elles méritent notre protection. Je suis un père, avec le coeur accroché au bon endroit, je crois, qui donnerait volontiers sa vie pour mes filles et toutes les autres filles qui ne sont pas miennes. Et je vous jure que ce ne sont pas que de vaines paroles.

Ce personnage costumé qui a agressé la jeune fille n'est pas et ne peut être un policier. Son rôle n'est pas celui d'agresseur, mais de protecteur. Les tristes images retransmises par les médias montrent sans équivoque le geste, l'acte infamant. Je suis un ami de la police depuis toujours. Je respecte l'autorité et la société de droit. Mais là, on vient de m'ébranler. Mes fondations vacillent et je vous le répète, je souffre dans mon coeur d'homme. Madame, je ne vous connais pas, mais je souhaite que vous receviez mes mots comme ceux de quelqu'un qui croit toujours en la bonté et à la droiture. Vous devez également y croire. Il faut, madame, que l'acte de ce policier soit verbalisé. Il ne doit pas demeurer injugé, impuni et cautionné. Si cela était, j'ajouterais ma voix à celles de ceux dont le cynisme fait office de regard envers notre société et ses nombreuses officines et instances gouvernementales, et au premier regard, notre force policière de Québec qui perdrait toute crédibilité.

Avec ce malheureux événement, une ligne a été franchie. C'est d'une tristesse innommable. C'est nouveau pour moi, cette haine, et je ne la comprends pas. J'ai toujours cru que notre rôle d'homme était de protéger nos femmes, pas de leur tirer au visage. Une vieille violence d'un autre millénaire me donne l'impression de surgir en moi. Ce policier est un lâche. Je vous demande pardon pour ces mots durs, mais ce sont les seuls qui parviennent à m'apaiser un peu. Trop de sensiblerie me diriez-vous, mais qu'importe, il faut que l'homme se reprenne et n'oublie pas qui il est et ce qu'il est venu faire sur ce petit rocher perdu dans l'espace.

Madame Thériault, de grâce, svp, ne laissez pas passer cela. Le crime de cette jeune femme est bien petit en comparaison de la sentence qui fut sienne. Si on autorise de telles exactions, c'est que nous partageons et cautionnons un usage gratuit de la force. Et là, vous devinez bien où cela nous conduira. Ne soyons pas une autre version de Ferguson Québec. Taxez-moi d'exagération, mais je vous le dis, je crains et je n'aime pas ce que je vois. Et M. Labeaume qui ne trouve rien d'autre que de soutenir sa police, sans enquête, à froid, c'est rare, mais là il me déçoit mon maire, beaucoup même. N'a-t-il pas lui-même une fille. Déçu, je suis.

Madame Thériault, je termine en vous souhaitant de ne pas trop nous décevoir vous aussi. Vous avez de grands pouvoirs alors je vous souhaite de bien en user. Et recevez tous mes respects.

Bernard Lebel, Québec

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