Transfert du déficit gouvernemental aux universités: une situation dommageable

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Le vice-recteur principal de l'Université Laval, Éric Bauce

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Il aura fallu au moins une cinquantaine d'années pour bâtir, dans la foulée de la Révolution tranquille, un des systèmes universitaires les plus enviables tant par son accessibilité que par la qualité de la formation et de la recherche qui le caractérisent.

Le système universitaire québécois est une source de fierté. C'est grâce à nos universités que l'expertise québécoise est reconnue et que le savoir québécois alimente au quotidien le développement social, économique, culturel, scientifique et environnemental de notre société. C'est grâce à notre système d'éducation postsecondaire que nous pouvons compter sur l'expertise de spécialistes compétents, que nos entrepreneurs et nos créateurs rayonnent aux quatre coins de la planète et que les Québécois et les Québécoises peuvent aspirer à des emplois de qualité. 

Il aura fallu à peine quelques années pour que des décideurs politiques qui, pour la plupart d'entre eux, ont eu la chance d'avoir accès à une formation universitaire de qualité, plongent les universités dans une crise financière sans précédent. Pourtant, tous s'entendaient, il y a trois ans, sur la nécessité de réinvestir dans nos universités de façon à endiguer l'hémorragie financière qui affaiblit ce moteur de développement social et économique de la société québécoise, une hémorragie qui se chiffrait alors à plus de 600 millions $ de manque à gagner annuellement. C'est près de 300 millions $ de manque à gagner additionnels que le réseau a dû absorber au cours des neuf derniers mois et voilà que le gouvernement y ajoute une compression de 73 millions $ que les universités devront gérer dans un contexte légal où il leur est interdit d'être en déficit. En transférant son déficit, et donc ses problèmes budgétaires, aux universités à un rythme de 1,3 million $ par jour, le gouvernement ne semble pas réaliser qu'il met en péril l'avenir du Québec. Si la tendance se maintient, le financement gouvernemental des universités aura totalement disparu autour de 2021. Sommes-nous collectivement en train de sacrifier l'avenir des membres d'une génération qui n'auront peut-être pas la chance, contrairement à leurs parents, de bénéficier d'une formation universitaire accessible et de qualité ? Devrons-nous limiter l'accès aux universités à une faible frange de la population, faute d'un financement adéquat pour assurer l'accessibilité aux études ? 

Le fait que les autorités gouvernementales prônent que de nouvelles  compressions doivent être imposées, en 2015-2016, aux universités est particulièrement préoccupant pour une société qui s'est développée grâce à l'éducation de ses citoyens. Ces déclarations sont difficilement acceptables quand on voit tous les efforts de compression qui ont été faits par les communautés universitaires au cours des derniers mois et des dernières années. Il est très étonnant aujourd'hui de laisser croire qu'il y a encore du « gras » dans le système universitaire québécois, alors qu'on reconnaît depuis plusieurs années que celui-ci est sous-financé. 

Les autorités gouvernementales devraient réaliser que de nombreuses personnes, tant dans la sphère académique que dans la sphère administrative, perdent présentement leur emploi et que plusieurs programmes, notamment en médecine et en génie, etc., risquent désormais de perdre leurs agréments et, conséquemment, l'accès à la pratique d'une profession pour leurs étudiants.

Non seulement les compressions dans les universités doivent-elles être remises en question et cesser immédiatement, car c'est l'avenir des jeunes du Québec qui est en péril, mais le gouvernement doit aussi rapidement revoir sa fiscalité pour refinancer le réseau de l'enseignement supérieur. Dire que l'État n'a pas les ressources financières pour financer la formation universitaire et que tout le monde doit faire un  effort n'est pas une réponse acceptable. Il s'agit là d'une réponse démobilisatrice qui ne fait qu'aggraver le problème sans apporter de solutions. Un système universitaire dans une spirale de décroissance ne peut, faut-il le préciser, qu'avoir tendance à s'autodétruire et mettre en péril nos espoirs de création de richesse pour les générations futures.

Le gouvernement devrait s'inspirer des solutions proposées par les étudiants et les administrations universitaires qui ont décidé d'être en « mode solution » et de revoir certaines façons de faire traditionnelles. Ainsi, tant les étudiants que les universités ont fourni, au fil des ans, des pistes de solution viables pour accroître, à coût nul pour l'État, le financement des universités. Par exemple, le Fonds des services de santé et d'éducation postsecondaire (FSSEP) proposé par la CADEUL et l'Université Laval, les modifications à la loi 90 et l'autorisation de transférer des sommes destinées aux infrastructures immobilières universitaires vers la mission universitaire de formation et de recherche constituent de nouvelles avenues à emprunter pour relever non seulement les défis budgétaires du gouvernement, mais aussi les défis liés au développement de notre société.  

Aurons-nous, dans dix ans, encore des experts et spécialistes, des leaders dans divers milieux socioéconomiques et des créateurs issus de nos universités en nombre suffisant pour assurer le développement de notre société ? Est-ce que certains « baby-boomers », qui ont profité du rêve de la Révolution tranquille, ne sont pas en train de mettre en péril la réalisation même de ce rêve ? Il s'agit là de questions auxquelles, tôt ou tard, il faudra répondre. 

Avec ce budget, le ministre des Finances et le premier ministre du Québec ont entre les mains non seulement l'avenir de l'enseignement postsecondaire du Québec, mais l'avenir même du Québec. Ils ont, en fait, le choix de renforcer le contrat social ou... de le rompre !

Éric Bauce, vice-recteur exécutif et au développement, Université Laval

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