Pharmaciens d'établissements: le bon sens doit prévaloir

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Selon l'auteur de cette lettre, l'utilisation de primes temporaires pour atteindre certains objectifs peut être justifiée, par exemple pour attirer du personnel en région éloignée; mais lorsqu'il s'agit de corriger un problème généralisé de rémunération, seule l'adoption d'une échelle salariale adaptée à la situation permet d'y arriver véritablement.

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Le Soleil

Le 25 février, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) informait notre groupe que les primes payées aux pharmaciens d'établissements ne seraient pas prolongées pendant la durée des négociations d'une nouvelle entente de travail et prendraient fin à la date officielle du 30 mars 2015. On apprenait ensuite que le ministère ne fermait «pas complètement la porte au maintien des mesures dans la nouvelle entente de travail» et qu'il voulait «évaluer si ces mesures ont eu un impact réel, en fonction de l'objectif visé».

La plus importante de ces primes a pour but d'augmenter la semaine de travail des pharmaciens de 10 %, en la faisant passer de 36,25 heures à 40 heures. L'objectif est de compenser la pénurie de pharmaciens qui atteignait 24 % en 2012 et qui était de 20 % en 2014. Or, quelque 90 % des pharmaciens ont augmenté leur temps travaillé depuis l'instauration de cette mesure et ces heures travaillées en plus équivalent à une centaine de pharmaciens à temps complet.

Cela dit, on perd aisément de vue que ces mesures ont aussi pour but de rétablir un minimum de compétitivité entre le salaire des pharmaciens des hôpitaux et celui des pharmaciens salariés des pharmacies privées. En d'autres termes, c'est en bonne partie au prix d'un temps de travail augmenté que le salaire horaire d'un pharmacien d'établissement s'approche de celui d'un pharmacien salarié du secteur privé. Et encore, il faut actuellement six ans à un pharmacien qui débute avant d'atteindre un salaire comparable. Il reste donc du chemin à faire et le contexte d'austérité ne change rien au fond du problème.

Comme l'Ordre des pharmaciens l'a pertinemment fait remarquer, par son projet de retirer ces mesures, le gouvernement nous replonge en crise. Les effets financiers et structurels d'une mauvaise politique dans ce domaine sont bien connus : le coûteux recours aux services de pharmaciens dépanneurs (le coût d'un dépanneur pour un établissement équivaut à celui de trois pharmaciens salariés, avantages sociaux inclus), l'abandon de plusieurs activités cliniques visant l'usage optimal des médicaments (et la perte des économies qui les accompagnent), la désertion des programmes de pharmacothérapie avancée dans les facultés universitaires, là où les étudiants étudient notamment les médicaments injectables qui représentent de 70 à 75 % du volume d'ordonnances servies à l'hôpital.

Problème non résolu

Dans la vraie vie, ces primes ne sont donc pas facultatives, et n'ont de temporaires que le nom. Elles font partie intégrante de l'équilibre recherché entre les deux marchés du travail qui existent pour les pharmaciens. Sans elles, il ne peut y avoir ni recrutement, ni rétention du personnel dans les hôpitaux, comme l'ont démontré, à grands frais, les 15 dernières années.

Le choc provoqué par l'annonce du gouvernement comporte au moins un avantage; il remet les projecteurs sur ce problème non résolu, mais qui était en bonne voie de l'être avec l'entente de 2012. Il expose cependant le chemin sinueux et fragile par lequel le gouvernement avait alors choisi de redonner une certaine compétitivité à ses emplois en pharmacie d'hôpital. Et il rappelle combien il serait préférable, pour résoudre ce problème durablement - et nous épargner les crises à répétition -, d'établir enfin une échelle de rémunération compétitive et permanente pour ce groupe, alignée sur les conditions en vigueur en pharmacie privée. L'utilisation de primes temporaires pour atteindre certains objectifs peut être justifiée, par exemple pour attirer du personnel en région éloignée; mais lorsqu'il s'agit de corriger un problème généralisé de rémunération, seule l'adoption d'une échelle salariale adaptée à la situation permet d'y arriver véritablement.

François Paradis, pharmacien et président de l'Association des pharmaciens des établissements de santé du Québec

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