De graves conséquences pour les médecins de famille du CHU de Québec

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Concernant les équipes de médecine hospitalière qui prennent en charge des patients au niveau des unités d'enseignement des UMF, mais également dans plusieurs équipes à l'Hôpital Saint-Sacrement (photo) et à l'Hôpital Saint-François d'Assise, une baisse d'effectif aura un impact direct sur la prise en charge à l'urgence, affirme l'auteure.

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Le Soleil

(Lettre au ministre Gaétan Barrette, ministère de la Santé et des Services sociaux)

Monsieur le ministre,

Profitant de cette importante consultation publique proposant d'importants changements législatifs sur l'organisation du système de santé et de la pratique médicale, les membres du département de médecine familiale du CHU de Québec souhaitent vous adresser leurs préoccupations majeures sur l'impact de la restructuration en cours du réseau par votre gouvernement.

Nous désirons tout d'abord vous rappeler que dans le plus grand établissement de santé de la province qu'est le CHU de Québec, situé en zone urbaine, universitaire et fermée aux nouveaux facturants, les spécialistes en médecine familiale constituent 21 % de l'effectif médical total du CHU de Québec (331 sur les 1490 médecins membres du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens).

Ces médecins de famille, très impliqués et engagés au niveau de l'administration ainsi que des missions de soins, d'enseignement et de recherche de ce plus important CHU de la province, sont particulièrement ébranlés et secoués par l'impact global de la restructuration en cours. Ce climat alimente l'insécurité des principaux acteurs oeuvrant dans les secteurs offrant des services aux clientèles parmi les plus vulnérables du réseau. L'incertitude amenée par la Loi 10 et entourant notamment le transfert du programme de soins aux personnes âgées implique déjà une fragilisation des équipes qui vivent une incertitude quant aux orientations futures et empêche actuellement la mise en oeuvre de projets porteurs pour les soins aux patients. Concernant le transfert d'une partie du programme de santé physique, l'incertitude est totale et permet difficilement d'en prévoir les conséquences.

Toutefois, le projet de Loi 20, véritable électrochoc pour les médecins de famille du Québec, s'il est adopté tel que présenté, aura définitivement des impacts réels et sérieux sur les services dispensés aux patients du CHU de Québec. Par le biais de quotas et d'obligations de prise en charge de patients dans la communauté sous peine de pénalités financières, les médecins de famille du CHU de Québec devront opérer une réorganisation majeure de leur pratique afin d'atteindre ces objectifs. Elle aura comme conséquence une moins grande disponibilité à offrir des services essentiels en intrahospitalier. 

De nombreux médecins de famille du CHU ont développé une expertise particulière dans des domaines où ils excellent, que ce soit en première, deuxième ou troisième ligne. Leur apport au niveau du rayonnement du CHU et de la pratique médicale est reconnu et apprécié des clientèles, des partenaires du réseau ainsi que des médecins des autres spécialités. Pensons notamment aux équipes de soins palliatifs, de la clinique des maladies du sein (Deschênes-Fabia), du planning et des cliniques d'IVG (interruption volontaire de grossesse), des cliniques de douleur, la couverture de la clientèle des victimes d'agression sexuelle, la périnatalité ainsi que le support aux équipes de traumatologie. Plusieurs médecins ont également développé des équipes au niveau des soins aux personnes âgées. Ces médecins, pour la plupart dédiés exclusivement à ces pratiques, sont directement et même injustement visés par cette loi alors qu'ils offrent des services indispensables à leur communauté et que leur départ serait catastrophique pour l'offre de service. 

Concernant les équipes de médecine hospitalière qui prennent en charge des patients au niveau des unités d'enseignement des UMF, mais également dans plusieurs équipes à l'Hôpital Saint-Sacrement et à l'Hôpital Saint-François d'Assise, une baisse d'effectif aura un impact direct sur la prise en charge à l'urgence. Cela risque de mettre beaucoup de pression sur les équipes de médecine spécialisée déjà impliquées activement à plusieurs niveaux, qui devront augmenter la prise en charge hospitalière pour combler cette baisse d'offre de service. Déjà depuis quelques années, les équipes de médecins spécialistes du CHU de Québec ont mentionné de manière bien articulée que leur expertise ne pourrait permettre la prise en charge globale de patients ayant de multiples comorbidités pour lesquelles l'approche globale du médecin de famille est primordiale.

Par ailleurs, comme discipline universitaire et de recherche à l'intérieur du CHU de Québec, les membres du département de médecine familiale offrent le plus grand nombre de mois-stage à l'intérieur de ses hôpitaux. Ils sont impliqués dans les stages à l'urgence (des cinq hôpitaux constituant le CHU), en médecine hospitalière, en périnatalité, en soins palliatifs (dans tous les hôpitaux avec plusieurs médecins qui y exercent à temps plein), en soins aux personnes âgées et dans les cliniques de santé des femmes qui sont des références pour tout l'est du Québec. En plus de l'expertise médicale qui risque de disparaître, les fonds alloués à l'enseignement médical au CHU vont diminuer avec l'arrêt ou la diminution de ces stages.

Le secteur de la recherche clinique et du transfert des connaissances, très actif dans notre département et reconnu au niveau national, verra ses experts confrontés à la réalité du retour à une pratique de productivité clinique sans évolution dans l'avenir des pratiques de première ligne. Loin d'être convaincus d'améliorer l'accessibilité, nous sommes assurés d'y perdre de l'expertise en pédagogie et de la recherche de qualité.

Les médecins de famille du Québec reconnaissent les difficultés en lien avec l'accès en première ligne, problématique qui peut avoir un impact sur les services et soins donnés au CHU de Québec. Toutefois, le projet de Loi 20 tel que présenté actuellement risque fort de démobiliser les médecins du CHU de Québec déjà très impliqués dans des secteurs de pointe, et amener le démantèlement d'équipes chevronnées et performantes. La notion d'accès étant très large et dépendante de plusieurs facteurs, l'application de quotas aux médecins impliqués activement dans les activités de deuxième ligne pourrait définitivement apporter des problématiques majeures et même des retards diagnostiques ou thérapeutiques dans certaines situations. Nous vous demandons de tenir compte de ces enjeux primordiaux. Nous souhaitons en tant que département qu'un véritable dialogue s'installe entre le gouvernement et les médecins de famille afin de trouver des solutions porteuses pour l'avenir.

Veuillez croire, monsieur le ministre, en la collaboration du département de médecine familiale du CHU de Québec.

Caroline Lepage, MD, spécialiste en médecine familiale, chef du département de médecine familiale du CHU de Québec, membre du service de soins aux personnes âgées URFI Hôpital St-Sacrement, Membre du GMF du Carrefour, Québec

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