La portée des démissions au CHUM

Ex-membre du CA du CHUM, Michel Gervais dénonce... (PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE)

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Ex-membre du CA du CHUM, Michel Gervais dénonce ce qu'il qualifie d'abus de pouvoir de la part du ministre Gaétan Barrette.

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Le Soleil

« Quousque tandem... abutere patientia nostra? » (Cicéron, Catilinaires)

Un des directeurs généraux les plus compétents et les plus valeureux du réseau de la santé et des services sociaux du Québec, le Dr Jacques Turgeon, chercheur de réputation internationale et gestionnaire avisé, vient de démissionner de son poste de DG du CHUM dans l'honneur et la dignité.

Cette démission a été suivie par celle du président du Conseil d'administration, M. Jean-Claude Deschênes, un des hommes les plus respectés au Québec en matière de gouvernance.

Pour le CHUM, ce n'est rien moins qu'une catastrophe dont on verra se déployer les effets dans les prochains jours et les prochaines semaines. Le Dr Turgeon avait réussi en quelques mois à rallier le personnel de cet établissement vers l'objectif de faire du CHUM un fleuron du Québec sur les plans des soins, de l'enseignement et de la recherche. Je suis membre du Conseil d'administration du CHUM et je peux attester de l'excellence de la prestation de Jacques Turgeon, l'homme le plus simple, le plus intègre et le plus rempli d'idéal qu'on puisse imaginer et qui résolvait efficacement les problèmes grâce au travail d'équipe et à un leadership naturel que, pour ma part, je ne cessais d'admirer.

Il était appuyé par un conseil d'administration solide présidé avec compétence et rigueur par un ancien grand mandarin de l'État au parcours exceptionnel.

Le Dr Turgeon démissionne après seulement quelques mois. Pourquoi ? Il s'en est expliqué très clairement et les faits sont maintenant connus. C'était pour lui une question de principes et de valeurs personnelles, ce que vient confirmer sa renonciation à une allocation d'un an de salaire à laquelle il aurait eu droit et que son silence lui aurait obtenue dans quelques jours seulement.

Jacques Turgeon a refusé le chantage auquel le Ministre Barrette l'a soumis en imposant comme condition à sa nomination comme PDG du CHUM le non-respect des processus en vigueur et la nomination comme chef de chirurgie d'un candidat non retenu par le comité de sélection formé avec soin par le Conseil d'administration et où l'Université de Montréal était représentée.

Le Dr Barrette nie sans vergogne ces faits, pourtant corroborés par d'autres témoignages. Il tente de dévier l'attention en se référant à un processus antérieur de sélection et en accusant à son tour Jacques Turgeon de partialité. Il cherche à noyer le poisson en se référant aux traditionnelles « chicanes de docteurs » et aux problèmes persistants du CHUM. Or, ces problèmes dont il parle, ils étaient en voie de solution et en grande partie derrière nous avant son intervention odieuse et son abus de pouvoir qui font s'effondrer tout le beau travail accompli par Michel Fontaine puis par le tandem Deschênes-Turgeon appuyés par les meilleures énergies du personnel du CHUM et de son corps médical. Quel désastre !

Doit-on s'étonner de pareille ingérence et de pareil abus de pouvoir? Pas du tout ! L'Association d'établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) que j'ai l'honneur de présider avait prévenu la Commission parlementaire sur le projet de loi 10 du danger de pareilles dérives. Concentration de pouvoir dans les mains du ministre, ouverture à l'abus de pouvoir et à l'ingérence politique, réduction de la participation citoyenne, tout cela, nous l'avions prévu et dénoncé. Il ne nous était cependant jamais venu à l'esprit qu'il aurait fallu ajouter à ces dangers ceux de l'intimidation et du non-respect de la vérité. Or, voici que tout juste après l'adoption de la loi, le Ministre nous sert cet imbuvable « cocktail ».

Mort de l'AQESSS

Dans quelques jours, cette AQESSS que je préside mourra, elle aussi, dans l'honneur et la dignité, après 10 ans d'existence et 85 ans de continuité d'entreprise comme représentante des établissements de santé et de remarquables services à la société québécoise. Pourquoi? Parce que le « prince » a décrété notre mort après nous avoir méprisés en privé comme en public. Nous avons eu le malheur d'être les premiers à proposer l'étalement dans le temps de l'augmentation du salaire des médecins. Je ne me livre ici à aucune interprétation. Dans les quelques désagréables minutes de conversation que j'ai eues avec lui, il me l'a dit très clairement devant témoins : « Premièrement, je vous l'annonce: désormais, il y aura un « boss » à la Santé et c'est moi...! Deuxièmement, des interventions comme vous avez faites... sur le salaire des médecins, j'en veux plus! Ça ne vous regarde pas ! ». Malgré son accession à la haute fonction ministérielle, il n'a pas digéré que l'AQESSS mette en cause les résultats qu'il avait obtenus comme président de la FMSQ. Pourtant, comment notre association d'établissements aurait-elle pu se taire devant ce qui engendrait et engendre toujours un tel déséquilibre dans l'enveloppe du budget de la santé?

Mais, du coup, notre sort était scellé.

C'est comme si, refusant le débat et la discussion au sein de son réseau, le ministre de l'Éducation forçait la fermeture de la Fédération des commissions scolaires ou de la Fédération des CÉGEPs. Pour la CRÉPUQ, elle s'est occupée d'elle-même.

Pour ma part, j'en ai assez et je décroche! J'ai annoncé ma démission au Conseil d'administration vendredi dernier.

Le ministre Barrette veut diriger le réseau de la santé et des services sociaux comme si c'était sa clinique privée. Va-t-on longtemps lui laisser carte blanche pour gérer de semblable manière 50% des dépenses de l'État?

Malgré tout, j'espère sincèrement que la réforme du réseau de la santé sera un succès. Comment pourrait-on souhaiter le contraire? Mais, si cette réforme réussit, ce sera surtout parce qu'ignorant les abus de pouvoir, les tentatives d'intimidation, les attitudes réductrices et méprisantes du Ministre, les travailleurs, les cadres et les médecins du réseau se concentreront sur le maintien et sur la qualité des services à leurs patients et aux usagers.

À un certain niveau cependant, se soumettre à ce genre d'abus, d'ingérence et d'intimidation devient immoral. Le Dr Turgeon, Monsieur Deschênes et les membres du CA du CHUM l'ont compris. Moi aussi!

Michel Gervais, O.C., O.Q., PhD

Président de l'AQESSS et ex-membre du CA du CHUM

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