Docteur Barrette, retirez le projet de loi 20!

Dr Gaétan Barrette, ministre de la Santé... (PHOTO YAN DOUBLET, ARCHIVES LE SOLEIL)

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Dr Gaétan Barrette, ministre de la Santé

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Docteur Barrette, vous avez plusieurs fois évoqué depuis le 28 novembre que si les médecins réglaient le problème de l'accessibilité, il n'y aurait pas de projet de loi 20 (PL20).

Peut-être est-il temps de réaliser cette promesse, car:

• les médecins sont d'accord qu'il existe un problème d'accès et ont unanimement affirmé vouloir le régler;

• le PL20 est particulièrement humiliant en «proposant» une baisse de rémunération de 30 % aux médecins qui ne parviendront pas à répondre aux conditions dictées par vous. Cet argent sera dévolu au paiement des honoraires des médecins qui augmenteront leur charge de travail et ne résultera probablement en aucune économie pour le système de santé, peut-être même en augmentera-t-il le coût;

• le PL20 avec sa règle d'assiduité impose une pénalité allant jusqu'à 30 % de la rémunération si la clientèle du médecin de famille voit d'autres médecins trop souvent. Comment justifier une telle mesure qui n'est pas sous le contrôle du médecin?

• le PL20 pousse les médecins en fin de carrière vers une retraite prématurée en raison de la cadence imposée, contraire à la volonté naturelle de réduire ses activités en fin de carrière. Ceci est particulièrement vrai en médecine d'urgence, une pratique exigeante physiquement et mentalement en raison des horaires défavorables (quarts de soirs et de nuit) et de l'intensité de la pratique; 

• avec le PL20, les médecins d'urgence à temps complet devront augmenter leur nombre de gardes de 25 à 30 % pour éviter une baisse de 30 % de rémunération. Forcer les médecins d'urgence à une cadence trop élevée comporte un risque important pour les soins sécuritaires des gens avec des maladies graves ou les polytraumatisés. L'épuisement professionnel nous guettera à plus ou moins brève échéance ;

• le PL20 poussera des médecins à réorienter leur pratique vers le privé pour échapper au joug imposé, comme on l'a vu récemment avec le cas médiatisé du Dr Vincent Demers ;

• le PL20 va à l'encontre d'un principe de base en gestion: on ne peut implanter un changement majeur dans une organisation sans la participation et la collaboration des acteurs clés. Or le PL20 a été déposé sans consultation avec les médecins et l'ouverture aux propositions des médecins a été nulle jusqu'à présent.

Des solutions existent et ne nécessitent pas une loi coercitive telle que proposée dans le PL20:

• l'accès avancé en clinique de médecine familiale: ce modèle existe déjà et permet un accès au médecin de famille en un délai de quelques jours. Il faudrait en promouvoir le déploiement à large échelle;

• l'intégration d'infirmières spécialisées dans les groupes de médecine familiale: les médecins ont compris les bienfaits de l'interdisciplinarité et veulent l'intégrer dans leur pratique;

• le dossier médical informatisé: le retard du Québec dans son déploiement explique en partie la moins bonne efficacité de la première ligne au Québec en comparaison avec les autres provinces du Canada ;

• les règles des AMP (activités médicales particulières) renommées AMF (activités de médecine familiale) dans le PL20 entrent en conflit direct avec l'objectif d'une meilleure accessibilité en première ligne. Ces règles vieilles de 20 ans exigent un nombre minimal d'heures en établissement pour tous les médecins de famille. Pourquoi maintenir cette obligation qui justement force les médecins à une pratique en établissement au détriment d'une disponibilité en cabinet et de son assiduité? Le PL20 allonge même cette obligation jusqu'à 25 ans de carrière. Il y aurait plutôt lieu d'alléger ou même d'abolir ces règles;

• comme l'a suggéré le chroniqueur Alain Dubuc dans sa chronique du 31 janvier dans La Presse, des états généraux seraient une façon de revoir le mode retenu pour dispenser des soins, mais en collaboration avec les intervenants du réseau et les médecins contrairement à la méthode proposée avec le PL20.

La dispute a assez duré, et ses effets ne sont que dommageables pour les soignants et leurs patients. Démotivant pour les médecins, le PL20 lance un message extrêmement négatif envers les futurs médecins et la médecine familiale, bafouant les principes d'écoute et de globalité enseignés dans nos facultés de médecine par une approche comptable et mathématique du contact médecin-patient.

Le PL20 est précipité, amené sans aucune consultation préalable et il est tout à fait inacceptable pour les médecins de famille et les médecins d'urgence. S'il est adopté, il nécessitera une armée de fonctionnaires pour gérer la complexité inouïe de la validation des heures et des coupures de chaque médecin du Québec. N'aviez-vous pas pourtant suggéré d'alléger le fardeau bureaucratique pour diriger les ressources vers les services directs aux patients ? Sur ce point d'ailleurs, vous aviez l'assentiment des médecins.

Travaillons ensemble sur de vraies solutions. Les médecins et la population ne demandent que ça. Docteur Barrette, retirez le PL20. 

Bernard Mathieu, MD

L'auteur est médecin de famille pratiquant exclusivement à l'urgence. Il est aussi le président de l'Association des médecins d'urgence du Québec.

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