Il faut rester à l'écart de la guerre civile pan-islamique

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La très vaste majorité des musulmans qui ont fait le choix de vivre en Occident ont choisi la civilisation occidentale. Ils n'ont apporté avec eux que leur foi musulmane et rien d'autre. Nous n'avons à craindre que la minorité qui, en arrivant ici, n'a pas su laisser au vestiaire sa civilisation islamique et la crise qui vient avec, explique l'auteur.

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Dans une entrevue accordée en janvier à l'émission 24/60 à RDI, le philosophe musulman Abdennoun Bidar nous rappelait avec justesse que l'Islam n'est pas seulement une religion: c'est aussi - et surtout - une civilisation.

La civilisation islamique occupe un espace géographique bien défini et, à toutes fins utiles, immuable. Paralysée par les dogmes de l'Islam, elle peine à s'ouvrir à la modernité et il devient de plus en plus difficile d'ignorer qu'elle s'enfonce dans une crise existentielle profonde. Puisque le facteur identitaire premier de cette civilisation demeure, encore aujourd'hui, la religion musulmane, il n'est pas étonnant que la crise se soit cristallisée autour de la religion et des préceptes religieux. Ainsi transformée en «guerre sainte», elle se manifeste de façon violente par un sectarisme meurtrier, jumelé à une opposition fanatique à toute tentative de laïcisation des sociétés musulmanes. Mais elle n'en reste pas moins une crise essentiellement politique, dans laquelle plusieurs factions de la société islamique se livrent une lutte de pouvoir sans merci et, souvent, sans grands égards pour les principes de la religion musulmane. On pourrait même aller jusqu'à dire que cette crise se transforme progressivement en un genre de guerre civile pan-islamique, dans laquelle l'Occident joue le rôle commode de l'ennemi extérieur dont la haine commune est susceptible d'unir enfin les musulmans écartelés par des divisions séculaires.

L'ampleur prise par cette crise de l'Islam a fini par nous faire comprendre qu'elle n'est pas le seul fait de quelques desperados ivres de pouvoir et bien décidés à utiliser la peur de Dieu pour accroître ce pouvoir. Quand des foules immenses et hargneuses manifestent régulièrement, massivement et violemment contre la moindre perception de provocation de l'Islam, dessin ou autre, réelle ou imaginaire, en faisant des centaines de morts ou, pire, quand des armées réussissent à se former et à conquérir des pans entiers de plusieurs pays en y imposant des régimes de violence et de mort, il y a longtemps que nous sommes sortis d'un scénario de groupuscules supposément rejetés par la société musulmane. On se trouve plutôt en face d'un phénomène de masse qui jouit d'un appui important dans plusieurs pays musulmans. Cette crise de civilisation est bien réelle.

Mais, contrairement aux idées qui se sont développées au fil des attentats très médiatisés qui ont frappé les pays occidentaux durant les dernières années, ce n'est pas l'Occident qui est aux prises avec cette crise. Ce sont les sociétés islamiques. La très vaste majorité des musulmans qui ont fait le choix de vivre en Occident ont choisi la civilisation occidentale. Ils n'ont apporté avec eux que leur foi musulmane et rien d'autre. Nous n'avons à craindre que la minorité qui, en arrivant ici, n'a pas su laisser au vestiaire sa civilisation islamique et la crise qui vient avec, de même que les mésadaptés de tous genres qui trouvent, dans leur participation au grand brassage de la civilisation islamique, un projet pseudo-politique susceptible de leur fournir une revanche contre une société envers laquelle ils ont des griefs. Au Canada, ces individus se comptent par quelques centaines, sur une population de 35 millions.

Au niveau domestique, nous sommes confondus par l'apparente difficulté à trouver une réponse appropriée à la violence qui vient nous frapper chez nous dans le cadre des débordements de cette crise de la civilisation islamique. Cette difficulté est due en grande partie à la confusion qui règne entre liberté religieuse, activités criminelles et gestes politiques. Pourtant, les attentats qui se réclament de la crise islamique sont clairement des crimes qui n'ont rien à voir avec la religion, celle-ci se trouvant ravalée au rang sordide d'un outil utilisé pour sanctifier l'ignominie. On peut parfois prêter à ces crimes un caractère politique, dans la mesure où certains d'entre eux sont le fait de réseaux organisés dont le but est de réaliser des gains politiques dans les pays musulmans en crise, par exemple la coalition qui s'est formée contre le groupe armé État islamique. Mais le «loup solitaire», que les Occidentaux semblent craindre par-dessus tout, est d'abord un individu troublé ou perverti qui trouve son soulagement dans la violence, en utilisant un prétexte pseudo-politique (ou pseudo-religieux) pour lever ses dernières inhibitions. Il relève donc essentiellement du travail policier, au même titre que la lutte contre le crime organisé, et il ne faut y voir aucun mouvement politique visant à changer notre société.  Bien qu'il soit difficile de trouver une réponse parfaite à des menaces aussi impalpables, la première erreur à éviter est sans doute celle de céder à la paranoïa qui voudrait que quelques centaines d'illuminés soient en mesure de faire tomber notre civilisation.

Au niveau international, la réponse la plus appropriée à la crise islamique semble plus simple: après avoir corrigé du mieux qu'il sera possible l'erreur historique des Américains qui, par leur invasion de l'Iraq, sont directement responsables de l'émergence du groupe armé État islamique, les Occidentaux devraient cesser de se mêler de ce processus collectif qui affecte l'Islam et, par-dessus tout, abandonner l'attitude missionnaire qui consiste à implanter de force la liberté et la démocratie - et par ricochet la civilisation occidentale - dans des pays musulmans qui, de toute façon, ne sont pas en mesure de les appliquer, la dictature s'accommodant parfois mieux du sectarisme et du poids écrasant des dogmes religieux que la démocratie parlementaire. Qu'on le veuille ou non, au bout du compte, ce seront les États de civilisation musulmane eux-mêmes qui choisiront ce qu'ils gardent et ce qu'ils laissent de l'expérience de démocratie et de libre expression des Occidentaux, en fonction de ce qu'ils auront réussi à développer chez eux, au fil du temps, en termes de cohésion sociale et d'ouverture aux idées non dogmatiques.

Jean-Pierre Létourneau, Neuville

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