Le premier ministre Couillard et l'effritement identitaire québécois

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L'auteur déplore que le fleurdelysé ne pavoise plus sur la Colline parlementaire depuis l'arrivée du gouvernement Couillard.

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Le Soleil

Le Parti libéral du Québec est au pouvoir depuis bientôt un an. L'une des principales critiques, voire « blâmes », rapportée par les différents analystes politiques des médias québécois est le fait que l'actuel premier ministre Philippe Couillard est mal à l'aise avec les questions identitaires québécoises et avec les références à l'appartenance nationale.

De ses positions qui ont suscité un tollé quant à l'importance du bilinguisme en région dès les débuts de son mandat, à son discours unilingue en anglais en visite officielle en Islande en tant que chef du gouvernement québécois, en passant par la nécessaire référence à la spécificité historique du peuple québécois via les diverses polémiques entourant l'adoption d'une charte des valeurs et les politiques d'immigration à cet égard, le chef de gouvernement donne l'impression d'être confus, indécis et mal à l'aise. Cela reflète probablement la réelle difficulté d'allégeance entre l'État qu'il représente et sa fidélité première avouée envers l'entité canadienne. 

Il y a pourtant un principe absolu voulant qu'un chef d'État ou de gouvernement souhaite que l'on mette en valeur les signes historiques, de référence et d'appartenance qui représentent le territoire qu'il symbolise lui-même. Or, les cafouillages et visibles hésitations du premier ministre québécois lorsqu'on aborde un thème ou une actualité qui se réfère à des principes ou à des sources identitaires, l'attitude et les positions du premier citoyen québécois sont malheureusement embrouillées et ne correspondent pas à la réalité de la situation vécue par la population. Tous constatent qu'il ne répond pas spontanément, ce qui devrait être inné pour un chef de gouvernement qui représente « son peuple » intrinsèquement.

Par conséquent, cette façon de faire du premier ministre québécois se reflète automatiquement et directement dans la «réalité symbolique gouvernementale» la plus simple et la plus élémentaire. Ainsi, très concrètement, sur la Colline parlementaire, dans la capitale nationale, c'est le pavoisement des «couleurs québécoises» sur les édifices gouvernementaux mêmes qui écopent et qui disparaissent à vue d'oeil. Malgré le fait que la réglementation gouvernementale prévoit le pavoisement du drapeau du Québec sur tous les édifices gouvernementaux, le désintéressement du gouvernement et de son premier ministre «qui donne le ton sur ces choses» déteint sur le coeur même de l'administration gouvernementale responsable de cet élément d'identification, source de soi-disant fierté.

Au début juin, une missive formelle, avec copie conforme au bureau du premier ministre, a été transmise à la Commission de la capitale nationale afin d'informer ses responsables que tous les spots illuminant la rangée des 10 drapeaux du Québec au Parc de l'Amérique-Française (à côté du Grand Théâtre) ne fonctionnaient plus depuis un longtemps. Le geste était posé en prévision de la Fête nationale le 24 juin. Ce n'est qu'au début des neiges, il y a quelques mois, que quelqu'un est venu voir à cela. Et depuis cette même fin d'automne, les trois immenses mâts au pied de l'édifice G qui représentent un nombre important de ministères et organismes gouvernementaux, sont quant à eux dépourvus du drapeau du Québec. Il en est de même pour les trois mâts à l'entrée des dignitaires étrangers au ministère des Affaires internationales (et où la ministre Saint-Pierre entre tous les jours). De même l'édifice gouvernemental J.-A.-Tardif abritant les ministères de l'Emploi et de la Famille et autres organismes gouvernementaux, ne pavoise plus le fleurdelisé depuis l'arrivée de l'actuel gouvernement. La tournée de la Colline parlementaire se termine par l'Édifice Haute-Ville où le ministère des Transports a ses assises, et où une guenille décrochée à la base, aux couleurs du Québec, claque toute tordue.

Juste en bas, il y a l'église Saint-Jean-Baptiste - le «saint national» dans sa capitale nationale -  fermera ses portes, selon les médias, le 24 mai, soit un mois avant sa fête, notre fête nationale (selon le décret gouvernemental qui fixe au 24 juin cette fête fériée obligatoire)...

Enfin, tout cela a-t-il un lien: un premier ministre dont les références patriotiques sont écartelées entre sa province et son pays; une Colline parlementaire dont les autorités gouvernementales ignorent ou écartent davantage «malgré les lois» les références étatiques québécoises (du jamais vu); et l'église «du saint national»... au coeur de la capitale (à côté du parlement) qui s'éteint...

Sur ce dernier point, il faut dire que, par le passé, en Occident ou dans la chrétienté, l'expression du sentiment d'appartenance à l'État a toujours incité les sociétés à commémorer le «saint du peuple» en lui dédiant la basilique officielle de la patrie ou de la nation. Ici, dans la capitale du Québec, le monument que constitue l'église Saint-Jean-Baptiste, soi-disant le «saint national», se transforme en un objet de désistement ou d'abandon. Malgré la magnificence du site, l'on est loin de la reconnaissance intrinsèque qui devrait lui être consacrée tant au plan civil que religieux. Force est pour nous de déduire qu'il s'agit là pour notre société, d'un autre aboutissement de notre culture particulière et contemporaine qui préfère oublier ou renier.

Pierre Bérubé, auteur, Organisation de l'État et du Territoire, résident sur la Colline parlementaire, Québec

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