Pour une ville à échelle humaine

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Selon les auteurs de la lettre, le projet Le Phare, dans sa forme actuelle, fait violemment fi de son contexte urbain.

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Le Soleil

(Québec) Lettre ouverte à l'administration municipale et la population de Québec

Nous sommes un groupe 325 jeunes architectes et futurs architectes oeuvrant pour la plupart dans la région de Québec. Plusieurs d'entre nous ont étudié dans cette ville et y habitent depuis un certain temps. Nous avons choisi et aimons Québec.

Le projet Le Phare a largement été médiatisé au cours des derniers jours. Il nous fait réagir et confirme le malaise que nous vivons devant les annonces de projets de développements urbains et immobiliers récents par l'administration municipale et certains promoteurs immobiliers. Nous sommes en décalage avec les visions de formes urbaines et architecturales de ces projets de développement, de même que la vision de transport collectif qui les accompagne.

Entendons-nous : nous ne sommes pas contre le développement et la densification de Québec, nous y croyons et y travaillons tous les jours. Cependant, notre formation, notre sensibilité, notre expérience et notre conscience déontologique nous obligent à prendre position publiquement, particulièrement suite à la publication de nombreux avis dans les médias, par des experts et des non-experts.

Apprendre du passé de Québec

Le projet Le Phare se fait au nom d'une vision d'avenir, d'un désir de grandeur et surtout de la « modernité », ou plutôt de l'image de la modernité. Ce sont exactement les mêmes valeurs qui ont gouverné bien des projets architecturaux et urbains de Québec au milieu du XXe siècle, faisant table rase du passé. Pensons au bétonnage dévastateur des berges de la rivière Saint-Charles, à l'aménagement originalement aride de la colline Parlementaire et celui hors d'échelle du campus universitaire, à la destruction de quartiers complets ou des berges du fleuve pour le passage de larges autoroutes et de boulevards inconfortables, etc. Nous travaillons aujourd'hui à corriger les maladresses du passé, à grands frais et sur plusieurs années de travail. Des maladresses dues, entre autres, à une vision trop absolue et réductrice des valeurs et des modes de vie de «l'avenir».

Le passé démontre qu'il existe un important écart entre les impressions nées des images et les impacts réels subséquents. Il est facile de croire qu'une telle concentration d'offres de logements et d'espaces à bureaux va nécessairement entraîner la dévitalisation économique et urbaine d'autres secteurs de la ville ou encore que d'autres projets plus «consolidants» ne verront jamais le jour ailleurs dans cette même ville. De tels projets ont leurs coûts initiaux de construction, mais engagent aussi, à long terme, une multitude de frais sociaux, urbains, environnementaux et, bien entendu, économiques. Penser que le projet n'est qu'un investissement privé est illusoire. Il en découle plusieurs coûts qui relèvent de la charge publique : infrastructures de transports, réseau d'aqueduc, restructuration urbaine importante, tentative de revitalisation économique et sociale ailleurs dans la ville, etc. Des coûts qui sont rarement comptabilisés et difficiles à estimer. Une telle vision «moderne» ne semble jamais erronée lorsqu'elle est mise de l'avant, on n'en constate les effets que quelques décennies plus tard.

Certes, la ville de Québec peut rêver de développement et de rayonnement. En tant que jeunes professionnels du milieu qui travaillent et vivent majoritairement dans cette ville, nous l'espérons tous ardemment. Cependant, les projets présentés sont ancrés dans une vision de la modernité datant des années 1980. Ce modèle de développement est révolu.

Se tourner vers l'avenir

Les villes qui se distinguent ont le courage de mettre de l'avant de vrais projets durables. Ce sont des projets tels que les écoquartiers, accompagnés du développement d'un système de transport en commun efficace dont Québec a besoin. Des projets axés sur le développement durable, une vision d'avenir responsable et qui seront socialement et économiquement catalyseurs et structurants. La ville moderne du 21e siècle est à échelle humaine, intelligente, innovante, efficace et écoresponsable. Elle se doit de répondre aux véritables besoins des gens qui l'habitent. La ville audacieuse, c'est la ville sensible : celle qui est pensée de l'intérieur vers l'extérieur, centrée sur l'humain. Ce n'est pas Dubaï. À l'échelle du bâtiment, l'audace se décline autrement : un projet qui reconnaît sa place dans la structure de la ville, qui cherche à comprendre le contexte dans lequel il s'insère et qui s'y adapte. Le projet Le Phare, dans sa forme actuelle, fait violemment fi de son contexte urbain. Ce géant semble avoir été conçu pour être vu à très grande distance, à vol d'oiseau; il devrait toutefois être pensé pour être vécu à l'échelle humaine, être sensible, être innovant.

Bien des villes à travers le monde en Europe et aux États-Unis ont compris l'importance d'une telle vision et récoltent actuellement les retombées économiques, sociales et environnementales de projets intelligents. Ce sont, par exemple, les villes de Boston, de Bordeaux, de Copenhague, de Vancouver ou de Portland. Gageons que la fierté de leurs élus municipaux ne s'en trouve pas moins nourrie, simplement pour de meilleurs motifs.

En appuyant ce projet, la Ville de Québec ferme les yeux sur une vision globale de développement. Elle ne saisit pas l'occasion de mettre à exécution le Programme particulier d'urbanisme (PPU) du plateau centre de Sainte-Foy si chèrement adopté. Elle renonce aux connaissances et aux principes pouvant assurer le mieux-être de ses citoyens, et elle met en péril de nombreux efforts de planification mis en oeuvre par le passé. Lorsque cette administration municipale aura quitté la direction de la Ville de Québec, nous continuerons d'y travailler et d'y vivre. Nous continuerons également à «payer» pour de nouvelles erreurs d'un passé trop proche. En ce sens, nous avons le devoir de dénoncer la réalisation de tels projets, mal adaptés à la réalité de Québec.

Nous invitons la population de l'agglomération de Québec à activement réfléchir à l'avenir de sa ville, au legs que cette population laissera aux générations suivantes.

Notre collectivité exige que la municipalité honore son pacte avec la population et assure le respect du PPU du plateau centre de Sainte-Foy adopté en 2013, une réglementation élaborée par le biais d'un processus consultatif et participatif d'envergure, ayant une vision du développement pour les 20 prochaines années.

Alexandre Laprise et Guillaume Drouin-Chartier, au nom du regroupement des jeunes architectes du Québec pour une ville à l'échelle humaine

La liste complète des signataires est disponible à l'adresse suivante :

https://www.facebook.com/lettreouvertejeunesarchitectes

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