Projet Hôtel-Dieu et Enfant-Jésus: Gaétan Barrette est-il l'homme de la situation?

L'Hôtel-Dieu de Québec... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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L'Hôtel-Dieu de Québec

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Le Soleil

Gaétan Barrette refuse de reconnaître qu'il y a des faiblesses importantes dans le dossier du transfert des activités cliniques du Vieux-Québec vers Limoilou. En plus d'afficher avec constance un mépris pour les opposants et les critiques, il semble imperméable aussi aux avis clairvoyants de certains partisans du projet.

Qu'à cela ne tienne, nous apprenions par dessus le marché le 28 janvier que toutes les activités cliniques de l'HDQ cesseront ou seront transférées, tabula rasa! Exit le patrimoine et les Oeuvres plus que tricentenaires des Augustines, le ministre ne se soucie guère du sort des individus, des bâtiments et autres vides restants sur la Côte du Palais et dans les alentours. Il se lave les mains en affirmant que ce n'est pas une de ses priorités d'identifier une nouvelle vocation de l'Hôtel-Dieu de Québec (HDQ), peut-être pour fermer la porte à un des aspects financièrement sous-évalué du dossier CHU. Cela ne semble pas le troubler non plus d'extraire le plus gros employeur de la vieille ville du coeur de celle-ci et de rendre un grand secteur urbain très fréquenté complètement exsangue de tous soins de santé.

Cet homme impose une solution brouillonne qu'il présente d'une manière simpliste et indigne d'un ministre responsable : il jongle avec quelques chiffres, modifie des éléments selon le sens du vent à tous les jours et fixe le budget final strict de ce projet complexe avant que l'on ait fait un exercice élémentaire de planification. Il est pourtant clair que la conception et la réalisation d'un hybride mal défini comme ce projet devra gérer nombre d'imprévus. Ce ne sera pas une usine ou une salle de spectacle, ce sera un hôpital où l'on soigne des malades : tout compromis pourrait se compliquer de répercussions sur la santé des gens, les concepteurs n'ont pas droit à l'erreur. Pire encore, «faire plus avec moins» semble devenu «faire moins avec encore moins» pour rencontrer les cibles comptables du gouvernement Couillard. Le projet de fermer l'HDQ et de tout regrouper à l'Enfant-Jésus est bien plus coûteux quand on l'apprécie honnêtement et sans artifice; de plus, les gains cliniques ne sont pas perceptibles, bien au contraire. Pour appuyer sa décision cassante de vider l'HDQ, M. Barrette brosse un tableau futuriste approximatif où les besoins des populations en soins de santé diminueront grâce à toutes les mesures (non validées) qui seront mises en oeuvre, peut-être un jour! Ce n'est pas crédible.

Depuis qu'il est en poste, Gaétan Barrette a adopté, lorsqu'il est contrarié, la fâcheuse habitude de rabaisser ou d'ignorer ses adversaires quand ce n'est pas de les intimider. Il ne s'embarrasse pas non plus de reconnaître la contribution positive de la grande majorité des artisans du réseau de la santé. Est-ce une omission stratégique ou une attitude dictée par une absence totale de sensibilité? Lorsqu'il a incité des médecins à forcer la note sur les bilans des heures consacrées au travail, il a bafoué le code de déontologie de sa profession et il en a rajouté cette semaine en badinant à ce propos lors d'une entrevue avec des journalistes du Soleil, comme s'il ne s'agissait pas d'un manquement majeur au devoir d'intégrité des médecins.

Gaétan Barrette n'a pas peur de faire face quitte à heurter les gens, ce qui plaît à certains, pour autant qu'ils ne soient pas dans le champ de tir. Une pareille audace est bien futile si elle n'est pas assortie de la rigueur et de la profondeur d'un discours cohérent, respectueux et structuré. Gaétan Barrette est bien mal parti s'il veut faire du dossier du CHU de Québec un des points d'orgue de son mandat. Tant qu'un flou persistera dans ce dossier à propos du plan clinique, du futur stationnement promettant un auto-financement et de la vocation de l'HDQ, le projet du ministre aura du mal à à établir la crédibilité « magnétique » qui lui manque cruellement et à prendre son envol.

Personnellement, je demeure convaincue que ce projet de regroupement n'est ni justifié, ni viable et que si jamais le ministre en dissipe le flou, ce sera pour en révéler l'insondable vacuité. Avec un même montant de 2,6 G$, il serait possible non seulement de réaliser séparément les 2 projets locaux prévus à l'origine (HEJ et HDQ), mais aussi d'attribuer des ressources à d'autres installations la région de la Capitale nationale; ainsi la population en aurait vraiment pour son argent, l'écueil d'un méga-hôpital dysmorphique serait évité et le patrimoine serait respecté. Un changement d'attitude est-il possible de sa part? J'en doute fort, c'est le style de l'homme. Combien de temps durera encore son mandat? Peut-être le compte à rebours est-il déjà commencé.

Suzanne Claveau, médecin retraité

Spécialiste en médecine interne et en microbiologie infectiologie, professeur agrégé de clinique, Université Laval.

Québec

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