Pour un équilibre budgétaire durable

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Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux

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Le Soleil

J'ai récemment entendu Martin Coiteux, le président du Conseil du trésor, se présenter comme le défenseur du bien public et du bien commun. Ses propos ne m'ont pas convaincu, loin de là.

En réalité, M. Coiteux poursuit la politique salariale instaurée par le Parti québécois en 1982. Déjà en 1982, on a sabré les conditions de travail des employés publics (en excluant le haut de la pyramide). L'objectif à l'époque était d'assainir les finances publiques du Québec. On a réédité cette politique à de nombreuses reprises depuis 1982 avec les résultats que l'on sait.

En  réalité, le problème des finances publiques du Québec ne réside pas dans le salaire de ses employés. On a déjà les enseignants, les infirmières, etc., les moins bien payés au Canada. Or, les Québécois sont aussi les plus taxés au Canada et le Québec reçoit près de 10 milliards $ de péréquation du fédéral. En plus, le Québec est la province la plus endettée. Or, en retour de leurs taxes et impôts, les Québécois ont un système de santé et d'éducation qui ne livre pas la marchandise ainsi que des infrastructures qui ne sont â niveau.

Il faut  être malhonnête pour affirmer que les employés de l'État n'ont pas déjà collaboré, mais c'est un discours populiste. De plus, cette politique de petits salaires n'incite pas l'État du Québec à vraiment faire le ménage dans les finances publiques. Ce ménage viserait notamment les subventions à l'agriculture (les producteurs d'ici sont déjà largement subventionnés par les consommateurs à l'aide de tarifs douaniers variant de 175 % à près de 300 % qui les met à l'abri de toute concurrence, à l'exception d'une petite quantité que l'on peut importer sans payer le tarif douanier  voir page 19 du Rapport Pronovost sur l'agriculture réalisé pour le ministère du Conseil exécutif du Québec. De plus, les bénéficiaires de la grande partie de ces subventions sont probablement une poignée d'intégrateurs qui contrôlent la majorité de la production. Beaucoup de petites fermes au Québec sont exploitées par des gérants embauchés par les intégrateurs qui sont les réels propriétaires des lieux. Pour ce qui est de la bureaucratie inutile, elle provient d'un surplus de cadres et autre personnel administratif dans les ministères, les réseaux de la santé et de l'éducation, ainsi que chez  Hydro-Québec. On engage aussi des consultants en informatique sans appels d'offres publics à grands frais, et ce, sans résultat significatif (exemple la catastrophe GIRES). On donne aussi des généreuses exemptions fiscales à la R&D largement détournées en fraude fiscale, car elles ne sont pas liées à l'obtention de résultats tels les brevets.

Il est évidemment plus facile de couper les salaires des employés du bas de la pyramide, mais en faisant cela, l'État du Québec entraine aussi les salaires du secteur privé vers le bas. On a donc moins d'expertise qu'ailleurs  dans plusieurs domaines et aussi moins de rentrées fiscales provenant directement de la masse salariale du secteur public et du secteur privé. 

Enfin, il faut créer de la richesse en augmentant la productivité du secteur manufacturier du Québec. Pour ce faire, le gouvernement devrait faire en sorte que les entreprises manufacturières du Québec bénéficient de conseils d'ingénieurs de production expérimentés. Ils pourraient les aider à être à la fine pointe de la technologie. Les Allemands font cela depuis longtemps (ainsi que beaucoup de R&D) et jusqu'à tout récemment l'Allemagne était le premier exportateur de biens au monde, tout en payant des salaires très élevés, car ils ont des employés qualifiés dotés des ressources physiques (dont une machinerie de pointe) et technologiques nécessaires pour être très productifs. Voilà l'exemple à suivre. 

En ce qui concerne les pensions, tous les citoyens allemands ont droit à une bonne  pension, mais il faut dire que les employeurs allemands ne prennent pas de congé de cotisation de plusieurs années, comme l'a fait le gouvernement du Québec (environ 20 ans à ma connaissance ) avec le RREGOP. Les employeurs allemands n'accaparent pas non plus des surplus actuariels, comme l'a fait le Québec sous le règne du premier ministre Lucien Bouchard dans l'espoir d'atteindre l'équilibre budgétaire en envoyant à la retraite du personnel essentiel (médecins, infirmières, enseignants, etc. ) que l'on a dû réengager par la suite. Enfin, les Allemands ont sûrement mieux géré la crise financière de 2008 que la Caisse de Dépôt du Québec qui a subi des pertes catastrophiques pourtant en bonne partie évitables.

Par ailleurs, le premier ministre du Québec a de bonnes relations avec sa vis-à-vis madame Wynne de l'Ontario. Il devrait profiter de cette situation pour bonifier la rente de retraite de tous les Québécois, car madame Wynne veut améliorer celle de tous les Ontariens (du moins c'était une  de ses promesses électorales). Je ne vois pas aussi pourquoi on ne rétablirait pas la taxe sur le capital pour les institutions financières du Québec abolie par le gouvernement Charest. Cette taxe n'aurait pas d'effets négatifs sur l'économie du Québec et rapporterait environ 600 à 700 millions $ par année.

 

Jules Dufort, économiste spécialisé en commerce international et en économie mathématique, Québec

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