Les sages-femmes, une présence essentielle pour les femmes du Québec

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En tenant ainsi les sages-femmes à l'écart, le ministre Barette contribue à alimenter la méconnaissance à leur égard et les préjugés qui perdurent chez certains médecins qui résistent à leur intégration dans notre système de soin, plaide l'auteure.

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Dans son controversé projet de loi 10, le ministre de la Santé Gaétan Barrette exclut les conseils des sages-femmes des conseils d'administration des futurs établissements de santé, les CISSS.  Ainsi, le conseil des sages-femmes deviendra le seul conseil professionnel sans représentation aux CA des CISSS. Ce faisant, il fait subir à la profession de sage-femme un recul inacceptable qui aura des répercussions sur l'accès des femmes à leurs services, mais aussi, sur l'ensemble de notre système de santé.

Ce n'est pas sans motifs valables que, lors de la légalisation en 1999, le législateur a jugé essentiel que les conseils des sages-femmes siègent aux conseils d'administration des CSSS;  c'est en raison de leur haut niveau de responsabilité et de leur autonomie professionnelle qui sont enchâssés dans la Loi sur la Santé et les Services sociaux. Aujourd'hui, le ministre Barette veut leur enlever ce droit et priver la population de leur apport original. 

L'exclusion des sages-femmes aura comme conséquence de les isoler des lieux d'orientation et de planification stratégique. C'est particulièrement déplorable alors qu'il y a tant de travail à faire pour se doter d'un système de soin qui respecte vraiment les droits des personnes à être informées et à participer aux décisions qui affectent leur santé. Par leur philosophie de pratique, qui implique une relation égalitaire avec les femmes et les familles, les sages-femmes devraient pouvoir continuer à apporter leur contribution unique et novatrice à notre système de santé.  

De plus, en tenant ainsi les sages-femmes à l'écart, le ministre Barette contribue à alimenter la méconnaissance à leur égard et les préjugés qui perdurent chez certains médecins qui résistent à leur intégration dans notre système de soin. Bâillonner les sages-femmes en diminuant leur présence dans les instances du réseau de la santé contribuera à maintenir cette situation qui pèse lourdement sur les groupes citoyens qui réclament les services des sages-femmes là où il n'y en a toujours pas. Rappelons qu'en 2010, une enquête menée auprès des femmes en âge d'avoir un enfant indiquait que 26 % d'entre elles désiraient accoucher à l'extérieur de l'hôpital. Or, à ce jour, seulement 3 % des Québécoises ont accès aux services de sage-femme, les seules professionnelles qui les accompagnent pour accoucher à l'extérieur des centres hospitaliers.

Dans la politique de périnatalité 2008-2018 publiée sous Philippe Couillard, le Parti libéral s'était donné comme objectif de rendre accessibles les services de sage-femme et les maisons de naissance dans les différentes régions du Québec. Au lieu de répondre à la demande croissante des femmes et des familles du Québec, le ministre Barrette est en train de saboter l'intégration des sages-femmes dans le réseau public de la santé. Il se trouve aussi à renier leur expertise en termes d'organisation de soins et de services. Est-il besoin de rappeler que la pratique sage-femme répond à la fois aux besoins de la population, mais aussi aux enjeux actuels d'organisation du réseau de la santé? 

La contribution des sages-femmes permet de désengorger les salles d'accouchement des hôpitaux et de diminuer les taux d'interventions obstétricales. En assurant les suivis de grossesse à bas risque, elles accordent également aux médecins une plus grande disponibilité pour les femmes qui nécessitent leur expertise médicale. Dans un contexte où le manque de ressources pour les femmes enceintes et qui accouchent se fait cruellement sentir, la décision du ministre Barrette, cautionnée par le premier ministre Couillard, est incohérente en regard de tous les engagements du gouvernement en matière de périnatalité.

Il n'est pas trop tard

Nous avons encore ici une illustration concrète de l'attaque envers les femmes à laquelle le gouvernement se livre dans son plan d'austérité, dont le projet de loi 10 constitue un morceau important. Le ministre Barrette doit honorer les engagements de son parti et reconnaitre concrètement l'importance de soutenir l'intégration des sages-femmes en tant que professionnelles de la première ligne dans le système de santé public. 

Nous soutenons et souhaitons plus de services de sage-femme et de maisons de naissance au Québec et sommes convaincues que l'exclusion de sages-femmes des CA des futurs CISSS va à l'encontre du développement de l'accès à ces services. Par conséquent, nous lui demandons de maintenir la présence des sages-femmes aux CA des CISSS et de respecter ainsi la volonté de choisir de milliers de femmes du Québec.

Au nom de toute l'équipe et des membres du Groupe MAMAN, Mouvement pour l'Autonomie dans la maternité et pour l'accouchement naturel.

Lysane Grégoire, présidente

Le Groupe MAMAN est membre de la Coalition pour la pratique sage-femme.

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