«Monsieur le premier ministre, j'ai honte»

Le premier ministre Philippe Couillard... (AFP, Virgine Lefour)

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Le premier ministre Philippe Couillard

AFP, Virgine Lefour

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Le Soleil

Lettre au premier ministre du Québec Philippe Couillard

Monsieur le premier ministre,

Je me permets de vous écrire pour vous exprimer le malaise croissant que vos actions et déclarations envers les partenaires étrangers du Québec suscitent chez moi.

Comme vous le savez, je m'intéresse depuis près de 30 ans aux relations internationales du Québec et j'ai toujours salué, au-delà des clivages partisans, la contribution des gouvernements successifs à la réputation internationale du Québec, notamment, dans votre famille politique, les actions structurantes de Jean Lesage et de Jean Charest.

Les nouvelles nous venant de votre passage à Bruxelles sont inquiétantes, d'autant qu'elles s'additionnent à d'autres décisions ou actions déplorables en matière internationale.

Ce lundi, alors que le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, soulevait publiquement devant vous l'intérêt d'une collaboration accrue afin de prévenir la radicalisation islamique, notamment « à travers les programmes scolaires, la manière de s'adresser aux jeunes lorsqu'on leur parle de citoyenneté, de philosophie, de religion», vous avez osé affirmer que la question de la radicalisation n'avait «rien à voir» avec la neutralité religieuse de l'État. Vous répétiez ainsi des propos tenus, la veille, au Royaume-Uni.

Vous avez ajouté qu'il n'y avait, sur ce plan, au Québec, aucune urgence d'agir, reportant jusqu'en 2018 l'adoption d'une législation sur la laïcité. Vous brisiez ainsi la promesse électorale que vous aviez faite d'agir sur ce point en début de mandat.

Vos collègues belges ont dû être ahuris de vous entendre affirmer que la question de la laïcité et de la neutralité de l'État ''est distincte'' de la lutte au radicalisme islamique. Vos hôtes belges savent, eux, que le refus de reconnaître la primauté des règles laïques sur les enseignements religieux est la racine même de la radicalisation. L'islamisme radical prône précisément la constitution d'un pouvoir religieux, par définition anti-laïque. Je suis un peu gêné de devoir vous l'expliquer dans cette lettre ouverte.

Votre incompréhension du sujet explique peut-être pourquoi vous étiez absent de la grande manifestation de Paris. Des journalistes rapportent maintenant que vous ne vous y êtes pas présenté parce que vous n'aviez pas reçu d'invitation. Or l'extraordinaire mouvement de solidarité des chefs d'État et de gouvernement présents à cette grande marche tient justement à ce que les vrais amis de la France ont spontanément offert d'être présents, sans que des invitations aient été lancées. Que le chef de gouvernement de la première nation francophone d'Amérique n'ait pas manifesté spontanément le désir d'incarner, par sa présence, l'amitié du Québec en ce moment de douleur est une faute grave. Le fait de n'avoir même pas dépêché de ministre, alors que le gouvernement de Stephen Harper l'a fait, est simplement en dessous de tout.

Le journaliste Michel Pépin, de Radio-Canada, a noté ce qui suit dans son blogue le 12 janvier:

Il est intéressant de noter que Philippe Couillard n'a pas employé l'appellation « islamiste » en parlant de ces radicaux (coupables de l'attentat de Charlie Hebdo). En fait, je constate que le premier ministre n'emploie jamais cette expression. J'ai réécouté ses déclarations du 21 octobre, à la suite du meurtre d'un militaire à Saint-Jean-sur-Richelieu. Même s'il estimait alors qu'il y avait un lien entre cette attaque et l'intervention canadienne contre le groupe armé État islamique, M. Couillard était parvenu à ne jamais prononcer le mot islamique au cours de ce point de presse.

Une révision sommaire des articles consacrés au chef libéral confirme sa répugnance à faire un lien entre des individus qui se sont radicalisés et la religion islamique. Il semble prendre un soin particulier à ne jamais employer le mot « islam » ou l'une de ses déclinaisons dans un contexte négatif. (fin de citation)

Cher premier ministre, la principale menace qui pèse sur la vie de nos citoyens dans les années qui viennent ne provient pas d'athées, de juifs ou de témoins de Jehovah radicalisés. Il provient de l'islamisme radical. Alors qu'en succession rapide, des attentats se sont déroulés chez nous, à Saint-Jean, tout près, à Ottawa, chez nos amis Français et, il s'en est fallu de peu, Belges, alors qu'on apprend que des organisations proches des Frères musulmans sont présentes au Québec et que de la propagande djihadiste est offerte dans quelques mosquées québécoises, votre refus de nommer le problème est préoccupant. Votre refus d'agir est pire encore. 

Tout bien considéré, il était peut-être préférable que vous ne soyez pas en France, avec les autres dirigeants mondiaux, l'autre dimanche.  Votre aveuglement face à la menace, votre refus d'agir pour la laïcité, auraient détonné. Nos amis étrangers auraient pu penser, faussement, que vous représentez correctement l'opinion québécoise.

Je l'ai dit, de Jean Lesage à Jean Charest à Pauline Marois, j'ai toujours estimé que, malgré la petitesse des moyens, nos premiers ministres ont su bien représenter le Québec à l'étranger. Mais cette fois, sur la grande question de l'heure, je dois vous avouer, monsieur le premier ministre: j'ai honte.

Jean-François Lisée. député de Rosemont, ex-ministre des Relations Internationales du Québec

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