4 milliards $ pour un méga-hôpital à Québec 

L'hôpital de l'Enfant-Jésus à Québec... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche)

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L'hôpital de l'Enfant-Jésus à Québec

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

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Le Soleil

Le projet de regroupement de L'Hôtel-Dieu de Québec et de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus est complexe et risqué.

Récemment, un expert en infrastructures hospitalières engagé par le ministre Gaétan Barrette produisait une étude étoffée de ce projet. Sa conclusion est sans appel : le ministre doit l'abandonner. L'avis de cet expert rejoint celui de plusieurs spécialistes ayant évalué le projet. Il découle en outre de constats relevés dans la littérature sur de tels regroupements hospitaliers, à savoir que ceux-ci accroissent en général les coûts administratifs et n'apportent que peu ou pas de bénéfices cliniques.

Selon nous, trois ordres de motifs justifient que l'on abandonne le projet : les coûts démesurés d'une telle option par rapport à celle de rénover L'Hôtel-Dieu de Québec, ses bénéfices cliniques discutables et un processus décisionnel déficient.

Des coûts démesurés

Les données financières du CHU, de la Société québécoise des infrastructures et d'autres sources ont permis à l'expert du ministère de quantifier à 3,4G$ le coût du regroupement. À cela, il faut ajouter 500M$ pour la requalification de plusieurs édifices à l'actuel Hôtel-Dieu, pour un grand total de 3,9G$. On est loin du 1,7G$ avancé par les partisans du regroupement et du 700 à 900M$ que coûterait un agrandissement plus modeste de L'Hôtel-Dieu. En outre, près de 70% de ces sommes seraient consacrées à la simple reconstruction d'infrastructures existantes où des services d'excellence sont déjà fournis.

Pire, les études scientifiques indiquent qu'au-delà de 400 lits, les coûts de gestion tendent à augmenter sans avantages démontrables sur la prestation des soins. Or, le projet de regroupement compterait quelque 750 lits, soit autant que le CHUM et plus que tout hôpital actuellement prévu en Occident.

Connaissant, de plus, les écueils financiers ayant caractérisé nombre de grands projets et la précarité des finances publiques, l'idée d'un mégahôpital à l'Enfant-Jésus est encore moins justifiable.

Des bénéfices cliniques discutables

Sans engager 3,4G$, l'offre de soins médicaux ne respecterait pas la programmation prévue, dont notamment l'ajout de 23 lits au total. Or, différents scénarios « d'optimisation » visant à réduire la facture débouchent sur des compromis inadéquats. En deçà de 2,5G$, une perte substantielle de l'offre est projetée. À la cible de 1,5G$ du Conseil du trésor, on élimine tout simplement L'Hôtel-Dieu sans le remplacer.

Encore pire, l'expert affirme que le nouvel hôpital ferait « cohabiter deux univers de médecine tertiaire aux caractéristiques et aux missions très différentes, voire incompatibles dans certains cas, les plaçant en compétition 1) pour l'accès aux plateaux techniques et aux unités de soins intensifs [...] 2) pour l'attention accordée par la direction de l'établissement, et 3) pour les budgets d'équipement et de recherche ».

Dans ce contexte, les synergies potentielles pouvant justifier le projet apparaissent surestimées. L'expert du ministère les qualifie d'« illusoires ».

Des coûts faramineux sans synergie. Le mégahôpital devient carrément superflu.

Un processus décisionnel déficient

L'expert cite plusieurs exemples d'« un dossier [qui] comporte son lot d'erreurs, d'omissions et de vice cachés, et résulte d'un virage précipité aux motivations nébuleuses ». 

En juin 2013, après avoir posé comme condition de réalisation du regroupement la démonstration claire de sa valeur ajoutée, le ministre Hébert recevait un premier rapport du CHU qualifiant celle-ci d'« anecdotique ». Néanmoins, en septembre 2013, il en annonçait la mise en marche.

En octobre 2014, le ministre Barrette se voit remettre l'expertise recommandant de « ne pas procéder ». Malgré cela, il fait voter en décembre des crédits de 30M$ pour la poursuite du projet. 

Un des seuls motifs véritablement cliniques invoqué pour le regroupement est le manque d'espace à L'Hôtel-Dieu pour ajouter des appareils de radiothérapie. Or, l'évolution des technologies rendra bientôt obsolètes ces installations, énormes et hyper-coûteuses. Entre-temps, agrandir quelque peu celles déjà en élaboration à Lévis devrait facilement répondre à l'accroissement de la demande en radio-oncologie.

En fait, le processus décisionnel ayant conduit à ce projet de méga-hôpital s'est déroulé à l'envers. Plutôt que de prendre appui sur des études de besoins qui auraient montré en quoi l'accessibilité et la qualité des soins seraient améliorées, on a plutôt tenté d'imposer d'en haut un projet onéreux, incertain et surdimensionné. Le patient n'est clairement pas « au centre de la décision ».

Que faire?

Le budget de l'ordre de 1,5G$ visé par le ministre Coiteux pourrait être facilement réduit tout en permettant de répondre à des besoins cliniques en évaluation constante depuis 2008. Il suffirait notamment de tabler sur les acquis actuels à L'Hôtel-Dieu au lieu de les reconstruire à grands frais sur le site de l'Enfant-Jésus et de poursuivre le développement de la radio-oncologie à Lévis.

Louis Germain, membre du Comité d'évaluation patrimoniale de L'Hôtel-Dieu

Pierre Emmanuel Paradis, économiste et président, AppEco

Benoît Tremblay, cardiologue-hémodynamicien, au CHU de Québec

Louis Demers, professeur titulaire et chercheur, ENAP

Louis Plamondon, président sortant, AQDR Nationale

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