La liberté d'expression a un prix

L'attentat contre Charlie Hebdo a braqué les projecteurs... (AFP, ANWAR AMRO)

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L'attentat contre Charlie Hebdo a braqué les projecteurs internationaux sur l'exercice de la liberté d'expression.

AFP, ANWAR AMRO

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Le Soleil

Non, je ne suis pas Charlie! Pas que j'approuve les évènements innommables survenus à Paris la semaine dernière, mais parce que maintenant plus que jamais, la liberté d'expression a un prix, un prix démesuré. Désormais, il y aura l'avant 7 janvier 2015 et l'après, où les journalistes, caricaturistes, humoristes et artistes de ce monde éprouveront certainement un malaise à écrire, dessiner, ou livrer leur message oralement.

Le 11 septembre 2001 nous a marqués au fer rouge. Le monde occidental n'est plus le même et la récente tuerie ne fait que renforcer cette réalité. L'exercice de s'exprimer librement est limité par la tolérance de groupuscules fanatiques qui souhaitent exterminer ceux qui ne pensent pas comme eux. Sera-t-il possible de les ignorer? De faire comme s'ils n'existaient pas. Personne ne veut céder à la peur collective engendrée par ces évènements, car ce serait capituler et donner raison aux terroristes. 

Je m'interroge cependant sur la liberté d'expression, celle qui permet le meilleur, mais le pire aussi. Il y a quelques années, j'ai mis la main sur un conte cubain écrit par Maria Tonnerova intitulé « La meilleure et la pire chose au monde». Cette histoire raconte qu'un jour le grand maître du monde décida de remettre son pouvoir entre les mains de quelqu'un d'autre. Il décida de mettre à l'épreuve son ami et serviteur en lui demandant de lui préparer le meilleur et le pire plat au monde.

Dans les deux cas, le serviteur lui prépara deux langues qu'il fit cuire avec quelques épices. Le maître du monde s'étonna de constater que son serviteur lui présentait deux fois le même plat. C'est alors que celui-ci s'expliqua: «La langue est une chose très importante. Avec la langue, tu peux louer un bon travail, remercier celui qui fait une bonne action, donner de bonnes nouvelles, mener le peuple sur le bon chemin. Mais avec la langue, tu peux aussi critiquer le travail d'un homme, tu peux le mépriser, tu peux répandre l'erreur, mener les gens à la perdition». Devant autant de sagesse, il se vit remettre le pouvoir sur le monde. 

Ce récit  m'a marquée parce qu'il image bien les conséquences de la liberté de s'exprimer librement. Peut-on rire, juger de n'importe quoi, de n'importe qui, tout le temps? Dans l'élan de solidarité mondiale actuelle sur la liberté d'expression, tout le monde clame «OUI», haut et fort. Les gens viennent de partout pour manifester silencieusement et défendre la base même de la démocratie, mais quand la poussière sera retombée et que les acteurs de l'information, de l'humour se retrouveront seuls devant leur ordinateur ou leur micro, c'est là qu'on mesurera l'ampleur du mercredi noir.

J'ai appris cette semaine que Charlie Hebdo était au bord du gouffre, que personne, pas même le gouvernement français, ne voulait lever le petit doigt pour les sauver d'une mort certaine. Mais pourquoi? Les gens en avaient-ils ras le bol de ce type d'humour qui, de toute évidence, n'atteignait plus un aussi large public? Le monde a changé et visiblement, rire des travers de certains groupes religieux fanatiques peut avoir des conséquences graves. Quand on porte des coups, on peut maintenant s'attendre à en recevoir.

J'ignore quelles seront les véritables conséquences des évènements de mercredi dernier, mais j'espère que la parole sera plus forte que tout. Pas seulement la parole de ceux qui ont l'habitude de la prendre, mais aussi celle d'une majorité de musulmans que nous n'entendons pas assez et qui condamnent ces gestes posés par des cons. J'espère surtout que ce drame que le monde entier pleure sèmera la tolérance des uns envers les autres et cela peu importe nos croyances. À partir d'aujourd'hui, je saluerai tous les musulmans que je croiserai sur mon chemin. La liberté, c'est ça avant tout. Finalement, je suis peut-être Charlie.

Marlène Gagnon, Québec

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