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Le Soleil

En réaction à la chronique «Mourir pour des idées» de M. François Bourque
Les meurtres scabreux des journalistes ou caricaturistes français du Charlie Hebdo, qui sont «morts pour leurs idées», m'a aussi fait penser, comme à M. Bourque, à une récente et triste affaire judiciaire québécoise concernant le Journal des Immigrants de la Capitale («le Journal»).

Comme le dit M. Bourque, cette affaire n'a aucune mesure avec la perpétration de meurtres de journalistes pour la publication de caricatures satiriques d'intégristes musulmans, mais, quand même, citant les propos de M. Bourque, l'affaire du Journal «ciblait la frontière entre vie privée et intérêt public».

Dans cette affaire, le journaliste avait publié dans le Journal une photo prise au bazar de Sainte-Foy montrant un homme barbu portant casquette, une femme à ses côtés portant le niqab (ne montrant que ses yeux) et un enfant. Le journaliste n'avait pas recherché des musulmans photographiés la permission de publier leur photo. Le journaliste croyait que la publication de la photo sans permission des sujets était justifiée par l'intérêt du public à être informé de la venue à un marché public local d'une femme portant le niqab et du choc, voire de la stupeur, que la vue de ce niqab dans l'espace public québécois a provoqué chez plusieurs.

Or, la Cour supérieure du Québec a condamné le journaliste à payer 7000 $ au couple musulman pour atteinte à leur vie privée (2014 QCCS 4564). Par surcroît, un juge de la Cour d'appel du Québec a refusé la permission d'en appeler devant cette cour (2014 QCCA 1936). Ce juge était satisfait que la Cour supérieure avait correctement appliqué la règle de la pondération du droit au respect de la vie privée et l'intérêt du public à être informé.

Cette affaire a suscité bien des réactions et pour moi, de la stupéfaction car il me semble y avoir eu une atteinte à la liberté d'expression.

En France, le port du niqab est légalement prohibé sur la place publique. Au Québec, lors du débat sur la Charte de la laïcité, tous les partis politiques s'entendaient pour dire que le port du niqab par une employée de l'État ne serait pas admissible. D'ailleurs, le gouvernement a rompu sa promesse électorale de déposer rapidement un projet de loi sur cette question. La citoyenne au niqab n'a pas été photographiée dans le Journal comme employée de l'État, bien sûr, mais ces discussions, par nombre de citoyens, journalistes et éditorialistes n'ont pas été limitées aux seuls employés de l'État. En effet, il y a eu et il y a encore aussi, au Québec, un débat - présentement trop latent - sur le port du niqab sur la place publique québécoise. Cela demeure un sujet d'intérêt public, tant le port du niqab sur la place publique choque bon nombre de québécois.

Mais, pourquoi le journal de M. Bourque, ou tout autre journal, n'est-il pas intervenu dans cette affaire pour soutenir le Journal des immigrants de la capitale? Pourquoi la Fédération des journalistes professionnels du Québec (FJPQ) a-t-elle laissé le journaliste d'un petit mensuel à faible tirage se débattre tout seul sur une question fondamentale de la liberté d'expression et de la presse? Il me semble que des représentants de la presse québécoise, propriétaire de journaux et journalistes, aurait dû intervenir au procès ou à tout le moins tenter de le faire, ou à défaut de vouloir ou pouvoir le faire formellement, la presse aurait pu au moins fournir les services de leurs avocats en soutien à celui du Journal des Immigrants de la Capitale.

La FJPQ a dénoncé cette jurisprudence après coup, mais il était trop tard. Lorsqu'il est question du droit fondamental de la liberté de presse, la presse québécoise devrait s'unir pour sauvegarder d'une façon civilisée le droit du public à être informé. On est loin de l'affaire du Charlie Hebdo, bien sûr, mais quand même, un journaliste de Québec a néanmoins été condamné pour ne pas s'être réduit au silence dans une affaire n'impliquant même pas des intégristes musulmans, mais seulement une musulmane portant le niqab sur la place publique québécoise.

Or ce fait n'est pas banal et demeure très controversé dans l'opinion publique. Ne pas pouvoir simplement publier la photo d'une femme portant le niqab sur la place publique, sans la nommer, sans la ridiculiser, sans aucune satire, fait partie de l'«engrenage dangereux pour la liberté» (utilisant l'expression très appropriée de M. Bourque). Dans ce contexte, il est fort à parier que le Charlie Hebdo aurait été réduit au silence judiciairement, hélas, depuis longtemps au Québec. Une seule consolation: il n'y aurait pas eu perte de vies par meurtres crapuleux d'extrémistes musulmans!

Guy Vaillancourt, Québec

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