Toute attaque à la liberté d'expression est une atteinte à la démocratie

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La population et les politiciens qui disent croire en la démocratie devraient être hautement indignés face au démantèlement de Radio-Canada (photo), au peu de moyens que l'on accorde à Télé-Québec, à la concentration et à la convergence de la presse privée, à la disparition de l'information régionale, aux ressources journalistiques qui ne cessent de rétrécir dans les médias d'information.

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Le Soleil

L'attentat qui a tué 12 personnes, dont 9 artisans du journal Charlie Hebdo, et fait 11 blessés dont 4 gravement, nous a profondément ébranlés, tout d'abord par sa brutalité, mais aussi par son symbole. Rarement la liberté d'expression a été attaquée de façon aussi sanglante en territoire démocratique. Spontanément, des centaines de milliers de personnes à travers le monde, et quelques milliers au Québec, se sont mobilisées et ont organisé des vigiles et des rassemblements citoyens en solidarité aux disparus et au peuple français, mais aussi en riposte à tous ceux qui voudraient bien nous faire taire.

Parmi les voix qui se sont élevées dans tout le brouhaha médiatique qui a suivi les événements, quelques-unes, dont celle de Jean-François Nadeau, journaliste au Devoir et ami de Charb (caricaturiste, journaliste et directeur du Charlie Hebdo), lors d'une entrevue télévisée à RDI largement partagée sur les réseaux sociaux, ont cherché à mettre en perspective cette atteinte très violente au corps journalistique par rapport au combat quotidien des journalistes dans la pratique de leur profession.  

Certains ont trouvé qu'il était indélicat de dresser un parallèle entre l'assassinat des artisans du Charlie Hebdo et le sort réservé de nos jours aux médias d'information au Québec et au Canada. Et pourtant, il y a bien des façons d'assassiner la liberté d'expression. 

On peut s'en prendre au nom de la religion, à l'intégrité physique des «porte-voix», comme ce fut le cas au Charlie Hebdo, mais aussi pour un bon nombre des 118 journalistes tués à travers le monde en 2014. 

Mais on peut aussi s'en prendre à l'existence même de la liberté d'expression et de la presse. Sans blesser personne. Comme c'est le cas présentement au Québec et au Canada. Ici, c'est au nom de l'économie ou encore au nom d'une quelconque idéologie politique. Et ça se fait dans l'indifférence.

Dans un cas comme dans l'autre, ce sont des voix importantes qui participent à l'exercice d'une saine démocratie qui s'éteignent. Et par le fait même, c'est notre droit à l'information de qualité et plurielle qui se désagrège. C'est notre capacité de faire des choix de société éclairés qui s'étiole.

En ce sens, la population et les politiciens qui disent croire en la démocratie devraient être hautement indignés face au démantèlement de Radio-Canada, au peu de moyens que l'on accorde à Télé-Québec, à la concentration et à la convergence de la presse privée, à la disparition de l'information régionale, aux conditions de vie et de travail des journalistes indépendants, au manque de transparence de l'appareil gouvernemental qui rend l'accès à l'information toujours plus difficile, au musèlement des scientifiques, aux ressources journalistiques qui ne cessent de rétrécir dans les médias d'information, etc.

À cela s'ajoutent toutes les entraves que les différents paliers de gouvernements mettent progressivement en place pour empêcher la population d'exercer elle aussi sa liberté d'expression. Par exemple le règlement P6 qui encadre de façon exagérée les manifestations ou encore le projet de loi C-639 du gouvernement Harper qui veut criminaliser les manifestants. 

À la Fédération nationale des communications, nous tenons à témoigner de notre profonde tristesse face aux événements qui ont affligé nos collègues français et à leur faire part de notre indéfectible solidarité. Nous souhaitons que ces vies ne soient pas perdues en vain. Les artisans du Charlie Hebdo, même sous les constantes menaces, se sont battus jusqu'au dernier instant pour défendre la liberté d'expression. 

En leur honneur, mais aussi pour tous les journalistes, les femmes et les hommes qui se sont sacrifiés pour notre liberté, nous ne pouvons laisser s'effriter la nôtre comme c'est le cas présentement. Les médias d'information, qu'on appelle le quatrième pouvoir et qui ne peuvent exister pleinement qu'avec une entière liberté d'expression, sont les gardiens de la démocratie. Ils doivent être défendus de toutes nos forces et par tous les moyens.

Pascale St-Onge, secrétaire générale à la Fédération nationale des communications (FNC-CSN)

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