OTAN: fin de mission en queue de poisson

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C'est sans convaincre personne que le commandant de la force de l'OTAN en Afghanistan, le général américain John Campbell, a dressé un bilan positif de l'action militaire de l'organisation dans le pays avant son départ.

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Le Soleil

Les 13 ans de présence de l'OTAN en Afghanistan n'auront finalement laissé que très peu de choses constructives à des personnes dont les ancêtres ont survécu à des dizaines de conquérants, y compris Gengis Khan.

C'est dans la tristesse et le malaise que la force de combat de l'OTAN a baisé son drapeau en Afghanistan le 28 décembre. Créé par la résolution 1 386 du Conseil de sécurité des Nations unies pour aider l'Autorité intérimaire afghane à maintenir la sécurité à Kaboul et dans ses environs, l'Isaf a compté jusqu'à 130 000 soldats d'une cinquantaine de pays au plus fort de son engagement en 2011. Le seul fait que les détails de la cérémonie de départ des troupes n'aient été communiqués qu'au dernier moment pour éviter un attentat des talibans montre dans quel état sécuritaire elles quittent ce pays. Les récentes violences, notamment à Kaboul, ont souligné l'impossibilité pour la force internationale de venir à bout de l'insurrection des talibans. Ceux-ci crient victoire devant ce départ la queue entre les jambes de leur ennemi et ont déjà avisé qu'ils ne participeraient à aucune discussion sur la paix tant que des soldats étrangers resteront en Afghanistan.

Quand les 12 500 hommes de la mission «Soutien résolu» prendront le relais le 1er janvier 2015 en Afghanistan, ils seront dans un pays en ruine en proie à une insurrection incontrôlée des talibans. Avec la mort de 4600 militaires afghans et 10 000 victimes dans la population, l'année qui s'achève a été la plus violente depuis 2009. Le nouveau président, Ashraf Ghani, qui a succédé à Hamid Karzaï en septembre dernier a donc une mission presque impossible à réaliser. Les 350 00 hommes des forces afghanes, vont désormais devoir assurer la sécurité. Ces soldats devront faire leur travail en sachant que les troupes américaines diminueront de moitié à la fin de 2015 et qu'il ne restera plus qu'une poignée de soldats pour protéger l'ambassade de Washington à Kaboul à la fin de 2016. 

L'opération Liberté immuable qui a entraîné cette lamentable situation a commencé le 7 octobre 2001, soit quelques semaines après les attentats du 11 septembre. Bien que menée en territoire étranger, elle répondait en premier lieu à des commandes politiques internes du gouvernement des États-Unis. Poussé pas sa droite républicaine et une opinion publique qui exigeait des représailles rapides, le président George W. Bush, bombarde l'Afghanistan et y entraîne l'OTAN. Si l'objectif avoué est de renverser les talibans et d'arrêter Oussama Ben Laden, celui inavouable est plutôt de redorer le blason du président américain qui était jusque-là considéré comme un politicien médiocre et une catastrophe ambulante. Il est à noter que dès les tout débuts de cette mission la plupart des grands stratèges militaires de l'époque ne croyaient pas à son succès sur ce territoire ou vivent 30 millions de personnes endurcis par plusieurs siècles d'invasions et de tradition guerrières. Qui peut prétendre mettre à genoux des gens dont les ancêtres ont survécu au passage d'Alexandre le Grand et aux Mongols de Gengis Khan?

Cette tradition guerrière des Afghans se perpétue de génération en génération et est sans cesse enrichie de nouvelles expériences. En fait, la guerre est imposée pratiquement sans interruption depuis 35 ans à ce pays par les puissances étrangères qui s'y battent par procuration. Quand les forces soviétiques envahissent l'Afghanistan 1979, l'Occident aide les Afghans à les chasser et y réussit en 1989. Les talibans qui sont une créature des services de renseignements pakistanais ISI s'y activent à partir de 1992, dès que le gouvernement de Najibullah allié de Moscou tombe. Ils installent en 1996 dans le pays un régime islamique dirigé par le mollah Omar. L'ex-agent de la CIA, Oussama Ben Laden, dont les allégeances restent encore à ce jour incertaines, organise alors les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Comme l'ont fait tant de fois auparavant leurs ancêtres, les résistants afghans opposent alors à l'OTAN qui vient les envahir une résistance molle puis se rendent et se rallient, infiltrant l'armée régulière. Les talibans identifiés qui ne peuvent se cacher dans la foule s'enfuient dans les montagnes et au Pakistan ou ils trouvent aide et support logistique. L'OTAN n'arrivera cependant pas à transformer ses gains tactiques sur le terrain en victoires stratégiques. Il faudra attendre 10 ans, avant que le chef d'Al-Qaida ne soit abattu au Pakistan à quelques centaines de mètres d'un camp militaire. 

Il n'y a jamais eu de véritable démocratie en Afghanistan où coexistent les Pachtounes qui forment 42 % de la population avec l'autre grand groupe qui parle le dari, soit les Tadjiks qui sont 27 % des citoyens et les Hazaras qui en forment 9 %. Les élections y sont successivement marquées par des fraudes massives depuis le début du 21e siècle. L'accord de partage du pouvoir qui consacre en septembre 2014 la victoire d'Ashraf Ghani et fait de Abdullah le chef de l'exécutif est donc une solution de compromis des plus acceptables compte tenu des moeurs du pays. Le nouveau président afghan a cependant d'importants problèmes à régler. L'économie afghane vit essentiellement de l'aide internationale qui diminue constamment. Cela est particulièrement vrai pour l'éducation, la santé, les communications, les transports et les dépenses militaires. Si l'Afghanistan compte plus de routes, plus d'écoles, plus d'hôpitaux qu'en 2001, il n'est pas en mesure d'entretenir ces infrastructures pour lesquelles les États-Unis ont dépensé 104 milliards de dollars. 

Les statistiques disponibles sur la qualité de vie dans le pays sont d'ailleurs biaisées pour donner bonne conscience aux envahisseurs. Ils tiennent à montrer une amélioration du niveau de vie de la population pour justifier leur intervention. Cependant, comme dans de très nombreux pays, la corruption et le clientélisme font la fortune des acteurs politiques locaux qui détournent une bonne partie des fonds internationaux. La nature de l'aide et l'endroit où elle est donnée sont souvent déterminés par d'autres considérations que les besoins de la population. Le manque d'accès aux soins médicaux coûte annuellement la vie à un patient sur cinq. Les femmes afghanes sont toujours majoritairement considérées comme des personnes de seconde classe devant rester hors de vue, de préférence à l'intérieur de la demeure familiale. Il y a donc environ 95 % des Afghanes âgées de 15 à 49 ans qui souffrent d'un manque de vitamine D, en raison de leur faible exposition au soleil. Côté éducation, il est difficile pour les femmes d'obtenir un diplôme du premier cycle et encore plus de deuxième cycle. Cela entraîne que seulement 16 % des femmes afghanes ont un emploi déclaré. 

  

C'est donc sans convaincre personne que le commandant de la force de l'OTAN en Afghanistan, le général américain John Campbell, a dressé un bilan positif de l'action militaire de l'organisation dans le pays avant son départ. Sans être un échec absolu, l'intervention de l'OTAN en Afghanistan ne peut être considérée comme une victoire pour l'Occident. Les talibans n'ont pas rendu les armes. Ils contrôlent aujourd'hui des régions entières du pays et font actuellement des regroupements plus massifs sans craindre d'être bombardés par les airs. La flambée de violences en novembre qui a entraîné le meurtre d'un Britannique, d'un Sud-Africain et de ses deux enfants a mené à la démission du chef de la police de la capitale, le général Zahir Zahir. Il est difficile de justifier la faramineuse facture estimée à 1000 milliards $ pour ce résultat. La plus longue guerre dans l'histoire des États-Unis s'achève en queue de poisson. 

Michel Gourd, L'Ascension-de-Patapédia

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