Plaidoyer pour la démocratie en Algérie

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Le président algérien Abdelaziz Bouteflika

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Le Soleil

La diminution du prix du baril de pétrole a un formidable effet déstabilisateur qui pourrait paradoxalement aider l'Algérie en montrant la porte à Abdelaziz Bouteflika et en remettant sur les rails une vraie démocratie.

C'est une série de mauvaises nouvelles qui touche l'Algérie depuis le début du mois d'août. Le prix d'un baril de pétrole a perdu près de la moitié de sa valeur sur les marchés en six mois seulement. La Banque d'Algérie avait pourtant sonné l'alerte au début du mois de septembre. Avec 97 % des revenus d'exportations provenant du pétrole et du gaz, l'Algérie est très vulnérable au prix des matières premières sur le marché mondial. La baisse des cours du pétrole risque donc d'impacter directement et fortement son économie. Le gouvernement ne semble cependant pas comprendre toute l'implication de cette baisse pour ses finances publiques. La classe aisée qui vit aux crochets de la rente pétrolière depuis 15 ans se met la tête dans le sable.

La constante diminution du prix du baril de pétrole entraîne une dégradation alarmante de tous les indicateurs sociaux et économiques de l'Algérie. Même le FMI qui a récemment produit un rapport qui dorait la pilule au régime pour des raisons de géopolitique n'a pu nier que les menaces qui pèsent sur sa stabilité macroéconomique s'accentuent. Le déficit budgétaire devrait se creuser à plus de 7 %, en raison de la baisse des cours du pétrole. Le taux de chômage devrait passer de 9,8 % qu'il était l'année dernière à 10,7 %. Le FMI demande donc de prendre des mesures pour diversifier l'économie, améliorer la compétitivité et promouvoir la création d'emplois. Mais s'il n'y a pas d'autres sources de revenus de l'État algériens, c'est que le bien-être à long terme du peuple ne l'intéresse pas. Tout est fait pour permettre à une petite clique de se remplir les poches sans qu'elles aient à investir dans le futur du pays. On nourrit les comptes en banques des amis et les ventres de ceux qui crient le plus fort. S'il reste de l'argent, elle est mise en réserve pour permettre de maintenir ces deux activités le plus longtemps possible.

Dire, comme le FMI, que les exportations d'un pays dont les revenus sont en presque totalité tirés du pétrole ne sont pas suffisamment diversifiées est donc un euphémisme qui masque le problème de fond de la tragédie algérienne. Cette situation met en danger la pérennité de l'État national. La politique de la fuite en avant et la dégradation alarmante de tous les indicateurs sociaux et économiques de l'Algérie hypothèquent son futur. L'Algérie vit une crise multidimensionnelle causée par ses dirigeants. Les Algériens riches s'enrichissent et les autres s'appauvrissent de plus en plus. Ce climat politique pourrissant est visible partout. La visite décalée du premier ministre, Abdelmalek Sellal à Londres a été une comédie d'erreurs et de cafouillage qui montre l'état de délabrement avancé de l'état algérien. Le Forum s'est conclu avec la signature de deux accords évalués à 70 millions de livres entre la société AstraZeneca et Saidal, groupe pharmaceutique public algérien. C'est une fraction de ce que perd chaque jour actuellement le gouvernement algérien avec la diminution du prix du baril de pétrole.

Côté corruption, l'Algérie s'enlise. Elle est passée de la 94e place sur 177 pays en 2013 à la 100e place sur 173 pays en 2014. Selon 62 % des Algériens, le Parlement est affecté par la corruption. Encore pires, 67 % de ceux-ci croient que les partis politiques sont corrompus et 72 % pensent que les instances judiciaires le sont aussi ! L'agence Control Risks spécialisée dans l'évaluation des risques a publié le 9 décembre sa carte annuelle dans laquelle l'Algérie est dans la catégorie des pays à haut risque en 2015. Par ses actions récentes contre sa population, l'Algérie commence aussi à troubler ses partenaires européens qui se préoccupent de sa situation politique. 

Attaquée de partout, et refusant la vérité, l'autorité administrative et ministérielle se donne le droit de censurer des travaux de recherche en piétinant toutes les procédures et institutions habilitées en la matière. Cette multiplication des pressions pour ôter la liberté de recherche des universitaires montre la volonté de la petite clique qui gravite autour du pouvoir de nier sa responsabilité. Cela se fait en mettant en tutelle les possesseurs de la connaissance algérienne. La détérioration des conditions en Algérie est donc le dénominateur commun de tout ce qui s'y passe. Les libertés collectives et individuelles conquises par les générations passées sont chaque jour remises en cause. On privatise les médias publics, menace les associations et déstructure les syndicats. Les manifestations sont interdites, la jeunesse marginalisée et la précarité deviennent la norme. La situation en est à un point tel que l'armée commence à lever la voix et qu'il n'est plus impensable qu'elle remplisse les vides laissés par la classe politique corrompue. Si elle reprend le pouvoir, ce doit être pour le remettre à une vraie démocratie.

L'Algérie pourrait cependant avoir un beau futur en faisant confiance aux cerveaux de ses citoyens qu'elle censure actuellement. Même si les prix internationaux du gaz de schistes diminuent, ses réserves récupérables de 19 800 milliards de m3 sont classées au 4e rang mondial. C'est un important bassin de ressources pour bâtir des entreprises de deuxième et troisième transformation. L'Algérie ne manque pas non plus de fonds pour créer ces entreprises. Une partie de l'argent engrangé pendant les années de vaches grasses est encore là. Les réserves de changes de 187,6 milliards de dollars à la fin de cette année devraient encore être de 172,6 milliards de dollars en 2015. Mais seuls des citoyens libres prêts à défendre une société démocratique dans laquelle ils seront importants ont la clé pour déverrouiller ce futur qu'Abdelaziz Bouteflika garde actuellement dans son coffre fort personnel.

Michel Gourd

L'Ascension-de-Patapédia

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