La voix de la raison

Le premier ministre Philippe Couillard... (Photothèque Le Soleil)

Agrandir

Le premier ministre Philippe Couillard

Photothèque Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Le Soleil

Monsieur le premier ministre Philippe Couillard,

Comme plusieurs au Québec, je suis sidéré devant les décisions prises par votre gouvernement sous prétexte d'équilibrer le budget. Et j'ai peur que votre gouvernement soit en train de nous enfoncer dans la crise économique, sociale, politique. Je crains qu'on ait à payer longtemps pour des décisions prises à courte vue dans la frénésie de l'obsession budgétaire. J'en appelle donc à votre sens des responsabilités et, ce faisant, je me fais la voix de très nombreux Québécois. 

Il y a deux façons d'atterrir sur la cible de l'équilibre budgétaire : un crash ou un atterrissage en douceur. Si vous persistez dans la voie de l'austérité, sans politique de soutien économique, ce sera le crash. Pour atterrir en douceur, il faut mettre un frein à la précipitation budgétaire en reportant d'un an l'atteinte du déficit zéro et lancer au plus tôt une politique de soutien à l'économie. 

Pour ce qui est de l'équilibre budgétaire, vous devriez cesser de perpétuer le mensonge du déficit imaginaire de 5,7 milliards que vous auriez à résorber. Comme l'a écrit Pierre Fortin: «Le déficit actuel équivaut à 0,25 % du PIB annuel du Québec. Il ne faut pas le traiter à la légère, mais il ne justifie en rien la panique, voire l'hystérie.» 

Je suis convaincu que les Québécois vous sauront gré de réviser vos objectifs à la lumière des circonstances actuelles. C'est ce que le gouvernement précédent a fait. Nous avions alors placé l'intérêt supérieur du Québec au-dessus de nos intérêts partisans en repoussant l'atteinte de l'équilibre budgétaire. Vous-même, alors chef de l'opposition, aviez affirmé qu'il serait plus sage de reporter le déficit zéro et de l'étaler sur plusieurs années. 

Je n'hésiterais pas, pour ma part, à reporter l'atteinte du déficit zéro d'un an, jusqu'en 2016-2017. Depuis quelques mois, votre gouvernement a multiplié les annonces de compressions et de hausses de taxes et de tarifs. L'éducation, la petite enfance, la science, la recherche, le développement économique, tout y passe. Ce sont principalement les travailleurs et les familles de la classe moyenne, les commerçants, les PME et finalement, toute notre économie qui s'en trouvent ébranlés. On a l'impression que tous les acteurs économiques ont le pied sur le frein. Un climat de morosité et d'incompréhension s'est installé si profondément que de nombreux économistes craignent désormais que la croissance économique ne soit plus au rendez-vous. 

Ce report vous donnera le temps de mettre en place une politique économique de soutien à nos entreprises en matière de productivité, d'innovation, de recherche. La croissance est au rendez-vous aux États-Unis et avec la baisse du dollar canadien, c'est le temps d'aider notre économie à en profiter. Si votre gouvernement est en panne d'idées, qu'il reprenne simplement la politique économie PrioritéEmploi du précédent gouvernement, qui avait été saluée par tout le milieu économique. 

Ce report d'un an vous donnera en outre le temps de bien évaluer les conséquences de chacune de vos décisions et d'entrer en dialogue avec la population. Un vrai dialogue, dans lequel la voix des Québécois sera entendue et écoutée. 

Monsieur le premier ministre, profitez du temps des fêtes pour vous promener un peu et interroger les Québécois. Écoutez-les. Ils vont vous dire qu'ils souhaitent que nos finances soient équilibrées, mais pas n'importe comment, pas en affaiblissant l'économie, pas en appauvrissant la classe moyenne. 

Je vous écris cette lettre avec Alain Therrien, député de Sanguinet, économiste de profession et entrepreneur de vocation. Pas une semaine ne passe sans qu'il ne reçoive les confidences d'un de ses confrères ou qu'il entende les cris du coeur de ses amis entrepreneurs. 

Si vous vous dites que ce que je raconte n'est qu'anecdotique, prenez le temps de lire les textes du prix Nobel d'économie, Joseph Stiglitz, qui parle de l'austérité comme d'une idée toxique. Lisez Pierre Fortin, notre grand économiste, qui vous appelle à la prudence. Ou encore, entendez les membres de l'Association des économistes québécois qui « ...jugent que le ministre des Finances devrait reporter son objectif d'équilibre budgétaire». 

Monsieur le premier ministre, vous pouvez bien sûr choisir de continuer à n'écouter que les chantres de l'austérité et poursuivre la fuite en avant de votre gouvernement. 

Ou bien, vous pouvez écouter la voix de nos commerçants, de nos entrepreneurs, la voix des jeunes familles, la voix des travailleurs de la classe moyenne et celle de très nombreux économistes. C'est la voix de la prudence, la voix de la prospérité, la voix de la raison. 

Bernard Drainville, député de Marie-Victorin

Alain Therrien, député de Sanguinet

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer