Rapport du BAPE sur le gaz de schiste: où est l'analyse économique?

Le Québec, jusqu'à présent, a vécu sans source... (Photothèque La Presse)

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Le Québec, jusqu'à présent, a vécu sans source de production de gaz sur son territoire, sans que cela ne pose problème. De ce fait, nous ne saisissons pas la valeur d'une telle source de production locale dont nous disposons, écrit l'auteur.

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Le Soleil

Le BAPE vient de déposer un autre rapport sur le gaz de schiste. À juste titre, il y souligne, notamment, l'absence d'une définition claire et partagée de l'acceptabilité sociale de même que l'incertitude relative au contexte législatif et réglementaire. Il recommande à cet effet que le gouvernement devrait indiquer de quelle façon il définit cette acceptabilité sociale. Des consultations à ce sujet sont d'ailleurs prévues par le Ministère de l'Énergie et des Ressources naturelles.

Au-delà de ces constats, ce qui frappe un peu dans ce rapport est qu'il ne se limite pas aux impacts environnementaux et sociaux, mais qu'il s'aventure dans l'évaluation économique des avantages et des coûts, sans pour autant tenir compte d'une vision globale. Cette absence de vision est navrante, alors que la liste des coûts potentiels s'allonge de plus en plus au cours du rapport, tandis que celle des avantages est beaucoup moins développée. 

Par exemple, il n'est nulle part fait mention de l'importance stratégique que représenterait la présence en sol québécois d'un gisement de gaz naturel exploitable. Jusqu'à présent, Gaz Métro n'a eu aucune difficulté à s'approvisionner en gaz naturel, traditionnellement en Alberta et maintenant sur le marché continental nord-américain. Or, il peut toujours survenir des situations imprévues qui perturberaient cet approvisionnement : un accident majeur sur l'unique gazoduc qui approvisionne le Québec ou, encore, un conflit géopolitique significatif. C'est pourquoi la plupart des gouvernements, dans leur politique énergétique, cherchent à diversifier leurs sources d'approvisionnement.

Le Québec, jusqu'à présent, a vécu sans source de production de gaz sur son territoire, sans que cela ne pose problème. De ce fait, nous ne saisissons pas la valeur d'une telle source de production locale dont nous disposons. Cette situation est un peu comparable à celle d'un propriétaire d'immeuble qui, n'ayant pas subi de sinistre, en conclut qu'il n'a pas besoin d'une police d'assurance ! Le Conseil du patronat du Québec estime que cette considération, la sécurité d'approvisionnement, devrait inciter l'ensemble des parties prenantes à se mettre en mode solution, et déterminer les conditions qui permettront l'implantation de cette infrastructure stratégique.

Cet argument s'ajoute à la création de richesse, au potentiel de développement industriel, ou encore plus largement, aux diverses retombées économiques de cette industrie à propos desquelles les analyses et conclusions du rapport sont loin d'être exhaustives. 

Par ailleurs, le Conseil du patronat considère qu'il est important de recourir à plusieurs formes et sources d'énergie en fonction de leurs caractéristiques respectives dans l'équation énergétique. Les besoins sont diversifiés et les différentes formes d'énergie peuvent répondre à ces besoins chacune à leur façon, tout en étant complémentaires. Ce raisonnement vaut d'ailleurs pour toutes les autres sources de production de gaz naturel, telles que les biogaz par exemple.

Le gaz naturel possède des attributs qui le rendent difficile à remplacer pour certains usages, notamment industriels. De plus, le gaz naturel pourrait se substituer avantageusement aux produits pétroliers dans les usages de chauffe et certains types de transport, contribuant ainsi à réduire les gaz à effet de serre. 

Presque tout notre gaz est actuellement importé de l'Ouest canadien. Nos importations de gaz s'élèvent à environ 1,4 G$ par année. Produire le gaz ici permettrait de déplacer éventuellement vers le Québec une partie de l'activité économique, donc de la richesse, qui est actuellement créée dans d'autres provinces. Incidemment, remarquons que le Québec importe déjà du gaz de schiste qui provient de l'Alberta ou de la Colombie-Britannique, et qui est mélangé avec le gaz conventionnel de ces mêmes provinces. 

Au-delà du rapport du BAPE, ces considérations devront être minutieusement analysées dans le cadre de la prochaine politique énergétique du Québec, dont un des rôles premiers consiste, justement à planifier stratégiquement, et de manière intégrée, l'ensemble des approvisionnements pour les différentes filières énergétiques. Dans cette perspective,  les analyses avantages-coûts des décideurs devraient comparer des pommes avec des pommes, et pour ce faire, le milieu des affaires a réitéré plusieurs fois l'importance pour le Québec, de pouvoir disposer d'une agence d'évaluation économique pour éclairer nos décisions. 

Yves-Thomas Dorval, président-directeur général, Conseil du patronat du Québec

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