L'Ahmadiyya proche des valeurs québécoises!

M. Lamine Foura a insisté que la communauté... (Associated Press)

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M. Lamine Foura a insisté que la communauté musulmane est autant victime que tous les Québécois (des tragédies), mais elle est pointée du doigt», surtout dans les médias sociaux.

Associated Press

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Le Soleil

En réaction au texte «Ahmadiyya: un mouvement loin des valeurs québécoises» de Francine Lavoie et Yves Laframboise

À ma très grande surprise, je lis un courrier électronique du Bureau International pour la Francophonie de la Communauté Islamique Ahmadiyya qui me renvoie vers un article publié par La Presse.ca. Après avoir loué les multiples conférences organisées par la Communauté Musulmane Ahmadiyya au Québec en réponse aux attaques terroristes qui ont récemment traversé le Canada, nous voilà désormais avec un article qui emprunte une toute autre trajectoire.

Sur le fond, pourquoi pas et il en faut. Mais revenons un instant sur ce qui a été dit et les faits de base puisque ceux-ci manquent crucialement de rigueur. Certains représentants du groupe Laïcité Citoyenne ont répondu favorablement à une invitation de la Communauté Musulmane Ahmadiyya du Québec et ont dressé plusieurs constats sur la mauvaise foi desquels il faut nécessairement revenir.

Des remarques impropres et infondées

En introduction du billet, l'imam local de la Communauté Musulmane Ahmadiyya du Québec en prend pour son grade. Son défaut, ne pas s'exprimer convenablement dans la langue nationale pour une personne présente depuis quatre mois et qui vient de Toronto. En réalité, on ne comprend pas bien l'objectif de cette phrase : est-ce à dire que toute personne qui ne s'exprime pas convenablement doit être exclue du jeu démocratique permettant à tout un chacun de s'exprimer sur des questions sociales, dont la laïcité? Est-ce à dire qu'une personne qui réside depuis quatre mois au Québec et qui apprend le français ne peut pas être considérée comme suffisamment aguerrie aux valeurs laïques?

Par ailleurs, si le but de la laïcité est de briser les barrières communautaires et permettre une meilleure intégration de l'immigration (entre autres) aux valeurs québécoises, que faire de ces immigrés qui sont justement en cours d'apprentissage de la langue mais qui se font ainsi fustiger par des articles de presse à publication nationale? Cette phrase, totalement déplacée, n'avait pas lieu d'être, d'autant plus que selon le propre constat des représentants du groupe Laïcité Citoyenne, l'imam en question ne s'est pas prononcé lors de cette conférence.

L'idée de favoriser cette représentation consistant à établir que l'Islam est totalement incompatible avec le modèle québécois est récurrente dans «l'analyse» des représentants du groupe Laïcité Citoyenne qui semblent faire preuve, un tantinet, de mauvaise foi. La mauvaise foi et la condescendance peuvent se lire en deuxième paragraphe de l'article: «Ahmadiyya présente, en façade, des valeurs généralement partagées par tous [...] En effet, qui s'opposera à la justice et à la paix sur la terre?»

Il faut revenir sur cette affirmation et l'analyser avec rigueur. Selon les représentants de Laïcité Citoyenne, qui n'ont répondu favorablement qu'une seule fois à l'invitation des ahmadis, «[l']Ahmadiyya présente, en façade, des valeurs généralement partagées». Cela revient en effet à admettre que c'est une façade et que les représentants de Laïcité Citoyenne ont eu connaissance d'éléments qui permettent de soutenir le contraire. Or pour appeler à une dénonciation aussi ouverte et publique, encore faut-il connaître et avoir vécu quelques années avec des ahmadis. Ce n'est pas le fait de se présenter à un événement qui va faire découvrir à un groupe de réflexion, aussi réfléchi soit-il, ce qui relève de la façade et ce qui relève du secret.

Afin d'éclaircir tout doute ici, il faut noter que rien ne relève du secret chez les ahmadis; il suffit d'écouter les sermons rendus publics par le Calife de la Communauté Musulmane Ahmadiyya, Mirza Masroor Ahmad.

L'Islam ne peut qu'amener de la fausse humilité et une modestie «obligée»?

Concernant la jeune fille se nommant Sarah, que je connais personnellement depuis des années puisqu'elle a vécu en France, les représentants du groupe Laïcité Citoyenne n'y vont pas non plus de main morte. Aussi affirment-ils clairement:

«Ainsi, dans le cadre de discussions et d'échanges avec l'imam Luqman Ahmed et une jeune femme qui agissait à toutes fins pratiques comme son interprète et/ou son porte-parole, selon les circonstances, nous avons pu en apprendre beaucoup plus. Cette jeune femme voilée, appelée Sarah, a tenté de nous expliquer, patiemment et du mieux qu'elle a pu, les origines de la communauté et les valeurs qui la sous-tendent [...] À observer la jeunesse et la tenue parfaites de notre hôtesse Sarah, alliées à la modestie «obligée» qu'adoptent les femmes musulmanes pratiquantes, il était facile de voir que son rôle était tout tracé à l'avance...»

Ces phrases, insupportables et nauséabondes, appellent également à une analyse. D'abord, cette femme est «voilée». La référence au voile islamique n'est pas nécessaire ici mais les représentants du groupe Laïcité Citoyenne ressentent le besoin de le faire afin de mettre en avant devant le lecteur l'incompatibilité entre le voile et la laïcité. Puis, tout un champ lexical de la représentation va suivre: les termes comme modestie obligée (renvoyant à une forme de contrainte) ou encore de rôle tracé à l'avance (laissant sous-tendre que les femmes n'ont pas leur mot à dire) ou encore l'idée d'une vitrine (l'hôtesse Sarah, en faisant d'elle une sorte d'égérie de la Communauté) sont utilisés. Pourquoi une musulmane modeste serait toujours obligée? Les femmes ont des droits dans l'Ahmadiyya, nous ne sommes pas en train de parler des mouvements faussement islamiques.

Il faut arrêter un instant ce règne des représentations autour de l'Islam. Ces femmes, dont Sarah fait partie, sont sûrement bien plus féministes que la co-auteure de l'article. Ce n'est pas parce qu'elles font preuve de modestie qu'elles sont contraintes ou qu'elles en sont une vitrine. Les femmes de l'Ahmadiyya valent bien plus qu'une simple hôtesse de présentation et ce n'est pas à des gens visiblement attachés aux droits des femmes (mais peut-être n'est-ce que de «façade»?) que je vais l'apprendre.

L'Ahmadiyya et l'État

Je crois qu'il faut lire la conclusion pour voir à quel point l'article des représentants du groupe Laïcité Citoyenne est bancal et intolérant:

«Si la devise de leur religion est «Amour pour tous, haine pour personne», il ne semble pas être question pour eux de se plier de quelque façon que ce soit aux valeurs de l'État qui les a accueillis ni de se ranger du côté de ceux qui les défendent. Au moment de notre départ, cordial malgré tout, la jeune femme avec laquelle nous avons discuté a refusé de serrer la main du représentant masculin du LCCN. Préceptes religieux obligent!»

Je suis fermement convaincu, après avoir lu cette phrase, que les représentants de Laïcité Citoyenne devraient arrêter d'écrire des articles lorsqu'ils n'ont pas lu autour du sujet sur lequel ils écrivent. Concernant le fait pour l'Ahmadiyya de se plier aux valeurs sociétales et aux lois du pays qui les accueille, je crois que ces personnes auraient mieux fait de lire le livre La Crise Mondiale et le Chemin vers la Paix plutôt que de spéculer et de tirer cette analyse très bon marché pour toutes les personnes qui souhaitent voir une laïcité agressive faire surface au Québec.

Nous avons tous des principes: certains d'entre eux sont de ne pas rompre son mariage, d'autres peuvent concerner le choix de ne jamais se faire corrompre. Or notre société, ou les valeurs de notre société, tendent plutôt à l'inverse. Est-ce à dire que toutes ces personnes ne se conforment pas aux valeurs profondes de la société québécoise ? Je crois que ces analyses largement fomentées par des personnes qui ne souhaitent pas le vivre ensemble mais plutôt une forme une neutralisation, au sens propre, des religions pour y imposer à la place un athéisme moral devraient être revues.

Dans quel code, quelle loi est-il écrit qu'une personne ne peut pas refuser de serrer la main? La tolérance ne peut pas fonctionner si elle n'émane que d'une seule personne. La tolérance doit être sociale, l'ensemble des parties prenantes devant jouer le jeu. La laïcité n'est pas un outil qui élimine les cultes; elle permet de les comprendre pour mieux les intégrer dans le dynamisme social. La laïcité est un outil de vivre ensemble et non un outil ou toute les différentes couches sociales finissent par s'opposer les unes aux autres parce que l'une agit ainsi alors que l'autre devrait agir ainsi.

N'oublions pas que la laïcité est une protection des cultes et pas un rejet. Beaucoup le confondent dont, notamment, ces deux personnes qui se sont rendues à cette réunion. Le fait qu'une personne parle mal français mais qu'elle essaie tant bien que mal de le faire est un avantage et non une chose qu'il faut retenir à la décharge d'une personne. Oui, chers représentants du groupe Laïcité Citoyenne, l'Islam et le droit des femmes sont deux notions compatibles, en tout cas pour la majorité des femmes musulmanes dans le monde.

Québécois! N'oublions point que la laïcité est inclusive et tolérante et non exclusive et agressive!

Asif Arif, avocat au Barreau de Paris

Chargé d'enseignement à l'Université Paris Dauphine

Auteur de «L'Ahmadiyya : un Islam interdit»

Paris

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