Projet Mine Arnaud à Sept-Îles: une fosse aux arguments

Le projet de Mine Arnaud soulève la population.... (Collaboration spéciale Fanny Lévesque)

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Le projet de Mine Arnaud soulève la population.

Collaboration spéciale Fanny Lévesque

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Le Soleil

«[les opposants au projet Mine Arnaud] ont frappé un mur solidifié à la raison et aux chiffres» - un défenseur de Mine Arnaud

Il y a des murs qui cèdent sous nos yeux, alors qu'ils avaient l'apparence de la solidité. C'est qu'ils reposaient sur des fondations instables. Il faut toujours vérifier les fondations. Cela nous préserve des mauvaises surprises. C'est ce que nous avons voulu faire ici, en vérifiant les fondations de ce prétendu mur qu'est l'argumentaire en faveur de Mine Arnaud. Il n'y a pas d'autre façon d'empêcher qu'il ne nous tombe sur la tête un jour.

Le débat autour de Mine Arnaud nous révèle ceci: on fait passer une prospérité temporaire, c'est-à-dire une croissance économique résultant des fluctuations du marché international, pour quelque chose qui nous est dû. L'argumentaire en faveur de la mine entend assurer coûte que coûte le maintien d'un certain niveau de vie qui découle de circonstances heureuses, mais hors de notre contrôle. Cela, au préjudice d'une réflexion de fond sur les valeurs qui nous sont chères en tant que Septiliens.

Devant l'impasse du débat, notre position est claire: il n'y a qu'un référendum qui puisse réunir les citoyens autour d'une décision commune. Or, un référendum requiert des arguments solides. Car contrairement à ce que semble croire la Chambre de commerce, on ne défend pas un projet avec des slogans calqués sur celui des Canadiens de Montréal, mais avec des arguments.

1. «Un référendum va diviser la population»

Si la population est en accord avec Mine Arnaud, un référendum ne la divisera pas; il rendra visible son accord. Si elle est en désaccord, un référendum ne la divisera pas davantage; il rendra visible un désaccord qui existe déjà.

2. «Un référendum va coûter cher»

Si, comme on le dit, Mine Arnaud se soucie de l'acceptabilité sociale et si sa rentabilité économique est assurée, le coût d'un référendum ne devrait pas être une préoccupation.

3. «3000 personnes ont marché pour Mine Arnaud»

S'appuyer sur cet argument c'est dire: l'accord des citoyens est important pour nous. Or, si cet accord est important, il faut considérer les 5000 personnes qui ont signé une pétition pour un référendum.

4. «Un sondage démontre que 65% des citoyens sont en faveur de Mine Arnaud»

Un sondage est un instrument qui, sous prétexte de décrire «scientifiquement» un état de l'opinion publique, cherche à l'orienter en disant: «la majorité est avec nous». Dans celui qu'on évoque ci-dessus, il est dit que 43% des répondants souhaitent obtenir plus d'informations avant de se prononcer (CROP, novembre 2014, p. 13). Or, les résultats font comme si ces 43% d'hésitants avaient déjà une position claire. Qu'à cela ne tienne, en admettant la bonne foi des défenseurs des sondages, on en revient à l'argument 2. Si Mine Arnaud se soucie de l'acceptabilité sociale, si sa rentabilité économique est assurée et si, par ailleurs, ses sondages lui sont favorables, alors elle n'a aucune raison légitime de s'opposer à la tenue d'un référendum.

5. «Laissons les "experts" faire leur travail»

Le rôle d'un expert n'est pas de faire des choix de société à notre place, c'est de répondre à des questions qui relèvent de son domaine d'expertise. L'ingénieur s'occupe d'ingénierie. L'économiste estime la rentabilité économique. L'écologiste anticipe les impacts écologiques. Mais il n'y a que le citoyen pour dire si un projet est bon ou mauvais.

6. «Il y a des familles qui crèvent de faim»

Considérant les récentes annonces de Cliffs, nous comprenons la sincérité de ce cri du coeur. Cependant nous déplorons l'opportunisme qui le fait servir une position précise. Les infortunes de nos concitoyens ne doivent pas faire oublier ce qui est au centre du débat: l'unique façon de faire vivre sa famille est-elle de creuser une fosse de 3,5 km dans notre baie?

7. «Il faut diversifier l'économie»

Être contre Mine Arnaud, dit-on, c'est être contre la diversification de l'économie. Or, la question de la diversification n'a jamais été une préoccupation majeure avant l'apparition du dossier Mine Arnaud. Ce projet veut se faire passer pour l'unique solution à un problème qu'il a lui-même créé. Être contre Mine Arnaud, ce n'est pas être contre la diversification de l'économie, c'est être contre Mine Arnaud comme unique solution à la diversification de l'économie.

8. «Il faut créer des emplois»

C'est un argument irresponsable qui justifie chaque chose et son contraire, mais ne se justifie jamais lui-même. Les épidémies, les guerres et, à la limite, les catastrophes naturelles créent aussi des emplois. Un emploi n'apporte pas que des bénéfices économiques, il peut aussi avoir des répercussions morales et écologiques. Il faut se demander s'il est bénéfique, à tous points de vue, de créer des emplois pour créer des emplois. Mais plutôt, on abandonne cette question aux pelleteux-de-nuages, puisqu'il faut bien que les nuages, eux aussi, créent des emplois. À ce stade d'irresponsabilité, on s'imagine un entrepreneur exploitant l'originalité d'une ville trouée d'une mine à ciel ouvert pour développer le créneau touristique des ravages environnementaux. Il aurait beau jeu de se justifier en disant: «il faut créer des emplois».

9. «Les auteurs de ce texte sont fermés d'esprit»

À tel point que nous n'avons examiné que les arguments de nos adversaires!

Nous venons de réfuter logiquement l'argumentaire visant à faire passer le projet Mine Arnaud sans référendum. De ce «mur solidifié à la raison et aux chiffres», il ne reste plus que quelques hypothèses et prévisions lancées, sans garantie d'aucune sorte, dans un avenir où tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. Mais les risques en matière de santé et d'environnement, eux, sont bien réels; mais la destruction de notre baie, elle, est bien réelle. Septiliens, refusons ce marché de dupes.

Michaël Fortier, doctorant en littérature

Jean-Philippe Nadeau-Marcoux, étudiant en philosophie

natifs de Sept-Îles

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