Pour que le remède n'achève pas le patient

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Le ministre des Finances Carlos Leitão

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Le Soleil

Depuis plusieurs mois le gouvernement du Québec a entrepris une campagne de désinformation quant à l'ampleur de son déficit. Il tente de convaincre les Québécois que l'État a atteint une taille insoutenable et qu'en conséquence, il est urgent de l'amincir et de réduire l'accès aux services.

Pourtant, le message porté par le dernier budget Leitão est tout autre. On y prévoit un déficit de 1,1 milliard $ pour l'année 2014-2015, déduction faite des versements au Fonds des générations. Ce chiffre est semblable aux prévisions du gouvernement précédent, confirmées par le Vérificateur général avant l'élection.

Dans les faits, le déficit représente donc un petit 0,3 % de notre PIB, soit environ le sixième du déficit ontarien. Le gouvernement, qui prévoit même des surplus budgétaires l'an prochain, verse dans la dramatisation.

Il est vrai, néanmoins, que les intérêts payés annuellement sur la dette nous coûtent cher. Bien que leur poids dans l'économie soit deux fois plus faible aujourd'hui qu'il y a 20 ans, ces paiements nous rendent vulnérables à d'éventuelles hausses de taux d'intérêt, de même qu'aux sautes d'humeur des agences de crédit. Il importe donc de revenir au déficit zéro et de réduire l'ampleur de la dette, comme nous le commandent d'ailleurs nos lois sur l'équilibre budgétaire et sur la réduction de la dette.

De mauvaises politiques

La situation budgétaire dont a hérité le gouvernement Couillard ne peut cependant justifier l'approche drastique et précipitée qui nous est proposée pour revenir à l'équilibre budgétaire. Notre économie risque d'en ressortir affaiblie et les générations futures, hypothéquées. Avec des compressions de dépenses et des hausses d'impôts devant totaliser 3,5 milliards $ en 2015-2016, un ralentissement économique est inévitable, et un risque de récession existe. La situation de l'emploi, déjà très précaire, risque de s'assombrir. En plus des coûts humains qui en résulteront, nous pourrions assister à une aggravation de l'état de nos finances publiques, puisqu'une économie au ralenti entraînera automatiquement une baisse des revenus fiscaux. On appelle cela un cercle vicieux.

Québec fait fausse route en gelant l'embauche dans les ministères et organismes et en diminuant de 2 % ses effectifs. Non seulement cette méthode est éculée, mais elle n'a fait qu'empirer les choses dans le passé. Sous la gouverne de Lucien Bouchard et de Jean Charest, les ministères avaient souffert une perte d'expertise pour laquelle nous payons encore aujourd'hui. À terme, le nombre de fonctionnaires ne fut pas affecté, car un rattrapage quant à l'embauche dut avoir lieu. On n'a aussi qu'à penser au ministère des Transports et à la perte de contrôle résultant des coûts des contrats publics.

Le gouvernement fait également preuve d'une vision de court terme en coupant en éducation et en recherche. Nous nous battons pour rattraper l'Ontario en matière de scolarisation, de diplomation et d'innovation. En freinant cet élan, Québec causera un tort considérable à notre productivité et à notre croissance économique à long terme.

Plusieurs mesures d'austérité proposées jusqu'à maintenant peuvent avoir des conséquences préjudiciables. La réforme du financement des services de garde, avec un prix ajusté selon le revenu, en est un exemple. Comme la majorité des Québécois, nous serions en accord avec une augmentation importante du tarif unique éligible au crédit d'impôt, suivie d'une indexation prévisible et stable, dans la mesure où la qualité et l'accessibilité à ces services seraient maintenues et même augmentées surtout dans les milieux défavorisés.

Que faire?

Si les objectifs à court et moyen termes sont de revenir à l'équilibre budgétaire sans compromettre notre prospérité future, de meilleures solutions sont envisageables. En avril, le PLQ prévoyait une croissance économique de 2,1 % pour 2014. Cette prévision s'élève maintenant à 1,6 % seulement. La situation économique a changé et la politique économique doit suivre. L'atteinte de l'équilibre budgétaire pourrait être étalée sur trois années plutôt qu'une. Cette solution sera bien accueillie par les agences de crédit, qui désirent que nous adoptions une stratégie ferme et crédible de retour à l'équilibre.

En revanche, les changements sociodémographiques du Québec demandent des réformes structurelles et toute réforme devrait se confronter au modèle social dont les Québécois veulent se doter. Le gouvernement a la responsabilité d'être transparent sur ce point et d'avoir au moins l'appui de ses électeurs. Or, nous craignons que Québec réforme l'État sans vision globale de société et que ses politiques soient arbitraires, infondées et incohérentes. Pensons aux hausses salariales considérables accordées en santé. Québec doit au minimum attendre les recommandations de sa Commission d'examen sur la fiscalité avant d'entreprendre des réformes en profondeur. En péchant par excès de précipitation, le gouvernement nuirait au climat d'affaires, comme il l'a déjà fait en coupant sans avertir dans les subventions aux entreprises.

Le Québec est une machine économique de presque 400 milliards $ par année. Elle représente le cinquième de l'économie canadienne. Son avenir doit être pris au sérieux. Il n'est pas trop tard pour revenir dans la bonne direction.

Marie Connolly Arianna Degan Alain Guay Catherine Haeck Marie-Louise Leroux Charles Séguin Dalibor Stevanovic, professeurs au département des sciences économiques, ESG UQAM

Jean-François Rouillard, professeur au département d'économique, Université de Sherbrooke

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