Le tourisme québécois a besoin d'un électrochoc

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La ministre du Tourisme, Dominique Vien

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Le Soleil

Lettre au premier ministre Philippe Couillard et à la ministre du Tourisme, Dominique Vien

Le tourisme québécois a besoin de subir un électrochoc. Cette activité, qui constitue le troisième produit d'exportation et génère des retombées dans l'ensemble des régions, enregistre en effet une croissance anémique depuis des années. Le gouvernement de Philippe Couillard, qui ne cesse d'évoquer la production de richesse, se doit d'agir de façon urgente, pensons-nous.

La faible performance du tourisme québécois s'explique en premier lieu par l'absence de direction au plus haut niveau. Force est de constater l'absence d'un véritable patron dans le domaine du tourisme et par conséquent de politiques bien définies. La profusion d'instances, d'organismes et d'entreprises qui chapeautent, organisent, promeuvent et vendent le tourisme québécois, agissant les uns et les autres en ordre dispersé, devient, en l'absence de tête dirigeante, un obstacle à la performance de cette activité économique. 

Ainsi, en plus du ministère du Tourisme, de la Commission canadienne du tourisme, des 22 associations touristiques régionales et des 19 associations touristiques sectorielles, on retrouve des centaines d'offices de tourisme locaux, des ministères et agences qui ont un impact direct sur le tourisme (Transport Québec, ministère de la Culture, Développement Économique Canada, etc.). 

Tous ces intervenants agissent dans la plus totale cacophonie. De plus, ces multiples organismes ont la caractéristique d'être largement subventionnés, tout en demeurant non imputables lorsqu'il s'agit d'établir notre performance collective en tourisme. Alors que nous sommes une industrie majoritairement composée de PME, les fonds de développement et de mise en marché se retrouvent entre les mains de joueurs institutionnels qui répondent plus à des exigences corporatistes qu'aux attentes et aux besoins réels de nos visiteurs cibles.

Comment expliquer que le ministère du Tourisme, quelle que soit la couleur du gouvernement, soit toujours confié à une personne n'ayant pas la connaissance de notre secteur économique? Le temps que la personne titulaire du Tourisme fasse le tour des régions pour «prendre le pouls de l'industrie» et c'est le temps d'un remaniement ministériel. 

Attitudes et structures à repenser

L'imagination et l'innovation, qui pourtant forment le principal moteur dans de multiples secteurs économiques et culturels au Québec, sont trop peu de mise dans le domaine du tourisme. Pourtant, pour se démarquer parmi les 200 destinations mondiales, il faut laisser place à la créativité et savoir prendre des risques. 

De plus, notre culture générale du tourisme est contraire à une approche axée sur les affaires et la recherche du rendement. Annuellement, on investit environ 500 millions de dollars de fonds publics en tourisme au Québec, mais cela se fait sans un cadre d'intervention clair, qui soit basé sur une connaissance pointue de notre offre et surtout de nos clients actuels et potentiels. La politisation aux niveaux local, régional et national de ces fonds ainsi que des investissements privés regroupés par région ou par secteur dans des actions plus ou moins efficaces de mise en marché plombent carrément notre performance actuelle. En rétrospective, la décentralisation de la direction en tourisme depuis 15 ans, entre autres grâce aux revenus de la taxe sur l'hébergement redistribués uniquement par régions touristiques, n'a pas permis de dégager un rendement, au minimum comparable à la moyenne mondiale. 

Autant le gouvernement actuel que le précédent du Parti québécois ont appuyé le plan de développement touristique du Québec 2012-2020 qui vise à ajouter 7 millions de visiteurs et créer 50 000 nouveaux emplois d'ici 6 ans. Nous soussignés croyons qu'il est utopique d'atteindre ces objectifs sans une restructuration importante et profonde de notre industrie. 

Abolir le ministère du Tourisme

Afin de dépolitiser la direction de notre secteur, d'apporter la culture de rendement nécessaire à une meilleure performance et d'attirer les meilleures ressources humaines, nous recommandons d'abolir le ministère du Tourisme et de créer une société d'État ou toute autre entité indépendante et surtout imputable face à son industrie. Cette nouvelle entité, qui serait gérée par un conseil d'administration mixte composé d'une part de représentants de l'État, d'autre part de représentants des entreprises touristiques, aura à colliger les renseignements stratégiques sur les clientèles, à orienter et superviser le développement de l'offre touristique et à mener une commercialisation optimale du tourisme québécois autant sur les marchés extérieurs qu'à l'intraQuébec. 

Le nombre, le financement et l'imputabilité des Associations touristiques régionales sont à revoir, mais un élément est fondamental : le saupoudrage en matière de développement de l'offre et de mise en marché doit cesser. De plus, les rôles et responsabilités de tous les acteurs touristiques devraient être clairement définis afin d'améliorer l'efficacité de la coordination des actions entre ceux-ci.

Chiffres éloquents

Pour les huit premiers mois de 2014, le Québec a connu une hausse de 4,1 % du tourisme international. C'est une bonne nouvelle après des années d'une croissance anémique qui a fait passer le Québec et le Canada dans son ensemble de la 7e destination touristique mondiale en 2002 à la 16e en 2012. En y regardant de plus près, cette remontée de 2014 est symptomatique de notre faible performance alors que la moyenne mondiale fut de 5 % de janvier à août 2014 et de 9 % en Amérique du Nord, soit plus du double du Québec. Alors que le tourisme est responsable de 345 000 emplois directs et reliés au Québec avec ses 31 000 entreprises et une contribution de 8,5 milliards $ au PIB en 2011, représentant ainsi aujourd'hui le 3e secteur d'exportation du Québec; nous ne pouvons que constater un potentiel loin d'être atteint alors que nous sommes dans une industrie pourtant moins cyclique que les mines ou les forêts et surtout plus durable. 

Les difficultés de l'industrie touristique québécoise s'expliquent en premier lieu par l'effondrement du marché américain où le Québec est passé de 4 millions de visiteurs en l'an 2000 et à moins de 2 millions de visiteurs en 2011. Avec notre sous-performance auprès des clientèles internationales en général, les visiteurs québécois et canadiens représentent ainsi aujourd'hui 94,4 % des visiteurs au Québec. Pire, les Québécois depuis 10 ans, ont, au minimum, doublé le nombre de leurs voyages à l'étranger. En conséquence du nombre moins élevé de touristes internationaux et des Québécois voyageant plus à l'étranger, notre déficit touristique était de 3,424 milliards $ en 2012, en hausse de 1314 % de 2002 à 2012. Pour créer de la richesse par le tourisme au Québec, une des rares industries présentes dans toutes nos régions, il faut augmenter sensiblement le nombre de visiteurs internationaux et aussi nous convaincre nous-mêmes de voyager plus souvent ici. 

De plus, il faut supporter différemment l'entrepreneuriat actuel tout en sensibilisant les jeunes aux possibilités de créer des entreprises en tourisme, en fournissant les données stratégiques sur les clientèles, en offrant un guichet unique pour obtenir un soutien financier institutionnel et surtout de l'accompagnement. 

Le Québec possède tous les attributs naturels et culturels pour pouvoir profiter de la manne du tourisme international, et ce, d'une manière durable. Soyons fiers de ce que nous sommes, mais ayons le courage d'agir maintenant avec une vision commune d'un Québec prospère, créateur de richesse dans toutes ses régions. 

Les signataires sont tous des intervenants clés en tourisme qui cumulent au total près de 200 années d'expérience dans l'industrie et qui sont des collaborateurs associés à TourismExpress,

Joanne Beaulieu, Éric Fournier, Daniel Gagnon, Adèle Girard, Frédéric Gonzalo, Jean-Michel Perron, Louis Rome et Paul Simier

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