C'est pas la fin du monde, mais c'est la fin de notre monde!

«Un gouvernement doit servir à réduire les inégalités,... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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«Un gouvernement doit servir à réduire les inégalités, les iniquités et à offrir un équilibre ainsi qu'une meilleure répartition des chances dans la société, quel que soit le territoire. Est-ce que nos enfants auront les mêmes chances que ceux de la Capitale-Nationale?» demande l'auteur.

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

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Le Soleil

À messieurs le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, le ministre de la Capitale-Nationale Sam Hamad, et madame la députée de Charlevoix-Côte-de-Beaupré, Caroline Simard,

Le gouvernement dans sa quête de couper les dépenses à tout prix propose de fusionner les commissions scolaires. Les économies, dit-on, devraient nous permettre d'atteindre l'équilibre budgétaire. Pour y arriver, une seule solution est avancée par l'État: la fusion des administrations de la Commission scolaire de Charlevoix avec une commission scolaire située à Québec. Pour les municipalités de Boischatel et de la Côte-de-Beaupré, ce n'est pas la fin du monde, car elles font pratiquement partie de Québec!

Cependant, dans Charlevoix selon nous, les réalités sont bien différentes de celle de la ville de Québec. Il est clair que nous sommes dans un territoire rural. Notre région n'est pas sur un pied d'égalité avec la riche ville de Québec. Les distances, les services de transport, les conditions sociales et économiques ne me semblent pas les mêmes!

Dans Charlevoix, le vieillissement de la population va en s'accélérant; la «défavorisation» matérielle touche une partie importante de la population et une forte proportion de celle-ci vit grâce à la solidarité de leur réseau familial et communautaire. Un village sans école est voué à l'extinction! Plus aucune jeune famille ne voudra s'installer dans une municipalité sans école et voir son enfant «barouetté » à plus de 40 km vers La Malbaie ou Baie-Saint-Paul. Nous risquons à moyen terme de créer d'autres Val-Jalbert, c'est-à-dire d'autres villages fantômes!

Madame la députée et messieurs les ministres, croire qu'il sera possible d'assurer la survie de nos petites écoles dans un conseil des commissaires composés majoritairement de gens de la Capitale nationale, avec la présence d'un seul de nos représentants, n'est-ce pas croire aux miracles? Pouvez-vous vraiment nous assurer, comme villages et comme patrimoine vivant, que nous survivrons aux chimères du déficit zéro?

Déjà qu'on nous ampute de nos autres leviers de développement que sont les CLD, les centres de santé et de services sociaux, carrefour jeunesse-emploi, etc., sans nous assurer que nous retrouverons le même pouvoir décisionnel. Où s'en va-t-on avec toutes ces coupes sinon vers le démantèlement des leviers de développement qui nous permettaient de croire à l'essor de notre région?

Au cours des années, la répartition géographique des écoles a permis de maintenir un fragile équilibre social grâce à l'utilisation judicieuse des ressources dédiées aux élèves. Une école, un village, c'est notre réalité. À cet égard, les concepts de milieu de vie dans nos villages deviennent indissociables de nos petites écoles, des intervenants et gestionnaires du réseau scolaire local, des parents et des enseignants qui sont les acteurs incontournables et complémentaires de l'éducation, mais aussi du tissu social. Une délocalisation de la gouvernance vers Québec nous renvoie directement vers une accélération de la dévitalisation ou si vous préférez, vers un appauvrissement de notre société qu'est Charlevoix!  Notamment parce que nos taxes scolaires vont maintenir des emplois dans une capitale nationale qui vit le plein emploi, pendant que nos citoyens se battent pour mettre du pain et du beurre sur leur table.

Dans la mesure où il nous faut absolument répondre à cet exercice de restriction budgétaire où les plus pauvres doivent aussi payer le gros prix, nous aurions certainement préféré que notre CS soit un projet pilote ou un statut particulier qui permettrait de présenter un modèle pour les petites organisations scolaires. Et ce, particulièrement parce que nous avons déjà fait un exercice important pour être une des plus performantes au Québec. Cela nous permettrait, au moins, de conserver la gouvernance régionale ici, chez nous! De conserver la gestion et l'entretien des bâtiments (avec les taxes scolaires d'ici); de maintenir l'administration des polyvalentes, le personnel spécialisé, et de préserver la gestion du transport scolaire sous la responsabilité locale.  Tout ça, non seulement pour maintenir en vie la région de Charlevoix, mais aussi pour nous permettre d'espérer y construire un avenir meilleur pour les nôtres. Quand j'entends dire que ce n'est pas grave, je me questionne fortement sur la compréhension que notre gouvernement a du milieu rural?

Un gouvernement doit servir à réduire les inégalités, les iniquités et à offrir un équilibre ainsi qu'une meilleure répartition des chances dans la société, quel que soit le territoire. Est-ce que nos enfants auront les mêmes chances que ceux de la Capitale-Nationale?

Il ne faut pas oublier que la vie en milieu rural répond de plus en plus aux aspirations des jeunes adultes qui recherchent un milieu de vie où ils peuvent être reconnus, où les services disponibles et les institutions sont à échelle humaine et où ils peuvent profiter de la nature loin des bouchons de circulation. D'ailleurs, les statistiques des dernières années ont mis au jour cette tendance bien ancrée de l'établissement des jeunes adultes en milieu rural. Il ne faut pas défaire les structures qui ont permis ce nouvel essor de la ruralité dont fait partie notre Commission scolaire. « Tant vaut le village, tant vaut le pays », comme le disait Jacques Proulx. Un gouvernement ne peut écraser l'espoir des plus démunis sur l'autel de la lutte au déficit. Sommes-nous si peu intéressants qu'il faille déjà nous enterrer?

Sylvain Tremblay, préfet de la MRC de Charlevoix-Est, maire de Saint-Siméon, citoyen de Charlevoix

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