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Un seuil inédit de déconnexion

Le ministre responsable de la Gaspésie et des... (Photothèque Le Soleil)

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Le ministre responsable de la Gaspésie et des Îles, le Bas-Laurentien Jean D'Amour, se fait depuis avril le porte-parole du gouvernement dans la région, plutôt que l'inverse. C'est l'envers du bon sens et c'est ce qui explique l'odeur de déclaration de guerre qui parfume présentement les lieux où se rassemblent les Gaspésiens, selon l'auteur.

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Gilles Gagné

Journaliste; correspondant pour Le Soleil à Carleton

Le Soleil

Depuis 1999, la Gaspésie a vécu de grandes épreuves économiques, les fermetures de la papeterie Gaspésia de Chandler, de la mine et de la fonderie de cuivre de Murdochville et de la cartonnerie Smurfit-Stone de New Richmond. Chacun de ces coups durs a fait naître inquiétude et colère.

Depuis l'élection de Philippe Couillard le 7 avril, les Gaspésiens ont l'impression de vivre le même genre de cauchemar, sauf que cette fois, il s'étire sur des mois, au rythme des annonces de compression, de ballons d'essai et de rapports promettant que la purge se poursuivra. Cette fois, la menace vient du gouvernement.

Aucune région du Québec n'a vécu, toutes proportions gardées, d'épreuves économiques semblables à celles de la Gaspésie, soit la suppression de 1600 emplois industriels bien payés. Malgré cela, depuis 2006, la Gaspésie a réussi à endiguer sa saignée démographique, à afficher un solde migratoire positif chez les 25 à 35 ans et à augmenter le taux d'activité de la main-d'oeuvre. De 2002 à 2012, elle est arrivée au cinquième rang des 17 régions québécoises pour les gains en productivité au travail, devant Montréal et Québec, avec un pointage deux fois supérieur à la moyenne provinciale.

Cet exploit méconnu au Québec et parfois régionalement a été accompli parce que la population s'est retroussé les manches, qu'elle a misé sur la jeunesse, parce qu'elle a appris à adapter les outils mis à sa disposition, dont les centres locaux de développement (CLD) et la Conférence régionale des élus (CRE), et parce qu'elle a parfois convaincu les gouvernements que ses orientations de développement avaient du sens.

C'est ainsi que les meneurs régionaux ont développé, avec le concours de la Conférence régionale des élus, le Réseau collectif de télécommunications pour étendre Internet haute vitesse à un maximum de foyers, la Régie intermunicipale de l'énergie pour investir dans certains parcs éoliens, la Société du chemin de fer de la Gaspésie pour empêcher le démantèlement du réseau Matapédia-Gaspé, et la Régie intermunicipale de transport Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine offrant du transport en commun dans la péninsule et l'archipel madelinot.

Des modèles pour les autres régions

Ces initiatives sont devenues des modèles pour les autres régions. Dans les officines gouvernementales, on en ignore sans doute l'existence ou l'utilité, ou on s'en fiche, comme le suggère le projet de couper au moins 50 % des vivres aux CLD et d'abolir les CRE.

Gilles Babin exploite depuis 2012 Rail GD, de New Richmond, une firme de réparation de matériel ferroviaire employant plus de 30 personnes. Il assure qu'il n'aurait jamais fait aboutir son projet de 4 millions $ s'il n'avait pu compter sur l'appui logistique du CLD pour passer à travers la paperasse de l'État. Des cas comme le sien abondent dans la Gaspésie d'aujourd'hui.

L'ennui, c'est que ce gouvernement, le premier ministre en tête, a décidé de donner sans nuance dans la démagogie populiste en associant systématiquement CLD et CRE aux «structures», comme si l'accompagnement des promoteurs équivalait à des «frais d'administration».

Dans les faits, il coûte environ 600 000 $ par an pour gérer la CRE Gaspésie-Les Îles et ses interventions dépassent 11 millions $. Les six CLD du territoire coûtent 5 millions $, dont moins de 1 million $ en administration. Le reste est consacré à des interventions en argent ou en compétences.

Ces compétences sont assumées la plupart du temps par des jeunes professionnels, et ils guident un nombre grandissant d'autres jeunes, entrepreneurs ceux-là.

La fiche de ces organismes n'est pas parfaite, mais pourquoi leur imposer plus de 50 % de compressions budgétaires alors que la plupart des autres champs d'intervention étatiques écopent moins?

Ce gouvernement, obsédé par le déficit zéro, serait bien mieux avisé d'agir, entend-on dans les régions, avec l'humilité qui s'impose d'une formation politique ayant tellement mal géré les fonds publics qu'il a fallu instaurer la commission Charbonneau pour y voir clair.

L'envers du bon sens

Rarement a-t-on vu un tel niveau de déconnexion entre l'État et les réalités régionales. Le ministre responsable de la Gaspésie et des Îles, le Bas-Laurentien Jean D'Amour, se fait depuis avril le porte-parole du gouvernement dans la région, plutôt que l'inverse. C'est l'envers du bon sens et c'est ce qui explique l'odeur de déclaration de guerre qui parfume présentement les lieux où se rassemblent les Gaspésiens.

Le plus grave effet du chaos créé par l'État, c'est que les forces vives des régions doivent encore se battre pour protéger des acquis au lieu d'avancer. Ces forces n'avaient pas besoin de cette jambette. Les pertes de revenus pour l'État découlant de cet élan brisé risquent de coûter bien plus cher que toutes les économies supposément induites par les compressions.

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