Une intervention dans une réalité moyen-orientale complexe

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Le chef de Boko Haram Abubakar Shekau, au centre, entouré de ses hommes dans une vidéo diffusée le 13 juillet par le groupe État islamiste.

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David Bensoussan

Professeur de sciences à l'Université du Québec à Montréal

Le Soleil

À la suite des horreurs vécues lors des deux guerres mondiales du XXe siècle, une éthique de guerre a émergé visant à épargner les civils en cas de guerre et du traitement humain des prisonniers; le génocide ne devrait plus se reproduire. Or, nous assistons actuellement à un conflit dans lequel le groupe État islamique (EI) recourt à des méthodes et des moyens issus directement du VIIe siècle: décapitations, mutilations, crucifixions et mise en esclavage de populations conquises. Les scènes brutales qui se déroulent à nouveau devant nos yeux en Syrie et en Irak nous interpellent et nous poussent à agir. Mais contre qui? Et comment?

Les débats relatifs à la participation du Canada à la force internationale contre l'EI méritent d'être étudiés à la lumière de l'actualité moyen-orientale si complexe. Agir contre ce groupe, c'est aussi renforcer indirectement son ennemi Al-Qaida et sa filiale Al-Nosra. C'est aussi renforcer le gouvernement syrien qui fait usage de bombes à tonneaux contre sa propre population. C'est aussi renforcer les rebelles syriens dont la majorité est rattachée à la mouvance des Frères musulmans qui sont loin d'être des enfants de choeur.

C'est aussi renforcer l'Iran qui a sa part de responsabilité dans la déstabilisation de la région. Il faut également être conscient que dans cette région déchirée par des conflits ethnoreligieux, les états sunnites développent une frustration grandissante envers les États-Unis: ils se méfient de leur rapprochement apparent avec l'Iran et ne comprennent pas pourquoi ils ne sont pas intervenus contre le président Assad soutenu par l'Iran chiite quand il fit usage d'armes chimiques contre les opposants sunnites.

Agir seulement par le moyen de bombardements aériens peut certainement ralentir la progression de l'EI sur le terrain, mais non pas l'enrayer. Alors que le président Obama se félicitait d'avoir paralysé Al-Qaida par des attaques de drones au Yémen, la mouvance des chiites du clan des Houthis aidée par l'Iran a profité de l'instabilité du printemps arabe pour s'imposer au Yémen... Comment réagira-t-on lorsque les militants de l'organisation d'Abou Bakr al-Baghdadi se réfugieront au sein de populations civiles et qu'il n'y aura plus moyen de minimiser les « dommages collatéraux »? Sommes-nous prêts à affronter cette réalité difficile? Sommes-nous prêts à affronter le retour au pays - et partout dans le monde - de centaines de terroristes devenus des experts en explosifs?

Stratégie à long terme

Mais le Canada peut-il se cantonner dans l'aide humanitaire et laisser aux autres puissances le soin de mettre fin au massacre en cours? Si tel est le cas, il faut se poser lucidement la question suivante: la Croix-Rouge elle-même peut-elle se faire entendre auprès des fanatiques de l'EI? Si le Canada intervient, il faut que son action s'inscrive dans une stratégie à long terme en conjonction avec les autres puissances.

Le gouvernement irakien, qui demande de l'aide au monde entier, est responsable de la situation actuelle: sa politique sectaire a jeté les sunnites irakiens dans les bras des radicaux islamistes. Les sunnites irakiens ne se sont plus sentis protégés après le départ des troupes américaines face à l'influence grandissante de l'Iran en Irak. Il faut donc faire pression pour que le gouvernement irakien se montre inclusif. Ce qu'il est également possible de faire est de donner aux populations kurdes directement concernées par les agissements barbares de l'EI les moyens de se défendre même la Turquie est réticente.

Le Canada doit s'exprimer haut et fort contre toute politique génocidaire et agir activement contre le massacre d'innocents. Il doit également agir avec les autres puissances pour faire pression afin que l'ensemble des pays de la région mette fin à l'entretien de la haine par leurs agissements et leurs discours. Et en tout temps favoriser l'aide humanitaire de façon non partisane.

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