Harper et la guerre au terrorisme

Le premier ministre du Canada, Stephen Harper... (Photo Hannah Yoon, La Presse Canadienne)

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Le premier ministre du Canada, Stephen Harper

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Le Soleil

Le gouvernement Harper part en guerre au terrorisme sans l'appui des partis d'opposition, ni la permission de l'ONU. Or, ce combat justifie actuellement des agressions de grande ampleur contre les droits de l'homme.

Malgré le fait que la première tentative de définition internationale du terrorisme remonte à 1937, il n'en existe toujours pas une qui fait consensus à travers le monde. Prenant la relève de la Société des Nations qui s'est cassé les dents sur le concept, l'ONU en a proposé une ébauche en 2004. Selon l'organisme, c'est «toute action qui a pour intention de causer la mort ou de graves blessures corporelles à des civils ou à des non-combattants, lorsque le but d'un tel acte est de par sa nature ou son contexte, d'intimider une population, ou de forcer un gouvernement ou une organisation internationale à prendre une quelque mesure ou à s'en abstenir». Le fait qu'il n'existe aucune définition commune permet aux États d'utiliser ce terme fourre-tout pour légitimer les pires actions. Il existe donc une centaine de manières de décrire le terrorisme. Elles servent à régler des problèmes spécifiques en utilisant ce mot qui semble tout permettre. Le terrorisme crée une catégorie d'ennemis contre laquelle on peut utiliser un grand éventail d'actions violentes. Il pointe des acteurs qui remettent en cause l'État ou une de ses formes de pouvoir. La guerre au terrorisme est un nouvel outil de répression des libertés d'expression, d'association et de réunion.

Parmi les définitions les plus larges se trouve le Terrorism Act britannique voté au début du siècle. Il considère le terrorisme comme une action visant à influencer le gouvernement ou à intimider tout où une partit du public et qui a pour objectif de promouvoir une cause politique, religieuse ou idéologique. Une énoncée si large qu'elle permet de criminaliser tout moyen de contestation politique et sociale même légèrement violent. Les États-Unis utilisent une définition encore plus large qui intègre l'enlèvement, l'utilisation d'armes biologiques, chimiques ou nucléaires et naturellement le détournement d'avion. Ces définitions servent donc aux États pour diffamer un organisme contre lequel ils ont un grief et leur permettent de poser des actions qui sont souvent des centaines de fois plus destructives que l'acte terroriste qu'ils sont supposés vengés. Cela peut emmener aux plus impressionnantes dérives. Le ministre canadien de la Sécurité publique, Vic Toews, rendait public en février 2012, un document de 46 pages qui faisaient l'inventaire des responsabilités des ministères fédéraux engagés dans la lutte contre le terrorisme. Les environnementalistes qui vilipendent les sables bitumineux et les pipelines qui transportent le pétrole qui en est extrait y étaient mentionnés alors que les pires actions qu'ils avaient entreprises n'avaient causé aucune mort humaine et très peu de dommage matériel. Les écologistes sont donc classés au Canada parmi les menaces à surveiller et inscrits dans la stratégie antiterroriste du gouvernement Harper.

Plusieurs de ces définitions ne reconnaissent pas la possibilité de l'utilisation légitime de la violence par des civils. Tous les mouvements de résistance peuvent donc être considérés comme des groupes terroristes. L'inverse est aussi possible. Dans le cas de la Syrie, les membres d'Al-Qaëda qui sont considérés ailleurs par l'Occident comme des terroristes y sont devenus des combattants pour la liberté. Il y a donc plusieurs listes des organisations terroristes. Tant l'Europe que l'ONU, les États-Unis et le Canada ont la leur et y mettent les groupes qu'il veut bien y voir. Les combattants révolutionnaires des uns sont les terroristes des autres. Ce sont les médias qui construisent un discours sur le terrorisme et l'associent systématiquement au djihadisme. Dans beaucoup des groupes terroristes où elle est présente, la religion est surtout instrumentale, servant entre autres à justifier des actes inhumains. L'attrait de cette couverture médiatique entraîne souvent des actions de déséquilibrés rebaptisé loups solitaires pour qui la violence n'est pas un moyen, mais une finalité.

Comment éliminer le terrorisme? Stephen Harper pourrait commencer par ne plus utiliser ce terme péjoratif et fourre-tout. Le terrorisme n'existera plus quand on n'en parlera plus. Si cela est vrai au sens propre, ce l'est presque au figuré puisque c'est la publicité qui est la première motivation de ces actes. Chaque situation devrait plutôt être considérée comme un cas isolé qui mérite une analyse séparée et des réactions proportionnées.

Michel Gourd

L'Ascension-de-Patapédia

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