Pipeline Énergie Est: et si le projet n'était pas rentable?

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Pendant qu'à Ottawa et à Québec, les dirigeants politiques présentent un préjugé favorable au projet de pipeline de TransCanada, les résistances de la société civile s'organisent. La contestation s'articule autour des effets que pourrait avoir un déversement sur l'une des nombreuses rivières que traverserait ce pipeline de 4400 km, des conséquences d'un déversement dans le Saint-Laurent sur l'industrie du tourisme et enfin, des impacts de la construction et de l'opération d'un quai de transbordement érigé dans la pouponnière des bélugas, une espèce menacée de disparition.

Devant ce dilemme entre les retombées économiques et les conséquences appréhendées sur l'environnement, les Québécois pourraient avoir intérêt à s'interroger sur la viabilité économique à moyen et à long terme de ce projet estimé à 12 milliards $. En effet, par l'entremise de la Caisse de dépôt et placement du Québec, nous étions à la fin 2013 actionnaires de plusieurs compagnies investies dans l'exploitation et le transport des sables bitumineux (ex : Suncor, Total, Shell, TransCanada et Enbridge) et ce, pour une valeur dépassant les 3,5 milliards $.

Récemment, deux nouvelles nous indiquaient que la prospérité de l'industrie des sables bitumineux n'est plus assurée. Nous avons ainsi appris l'abandon du Projet Joslyn de Total et Suncor (valeur de 11 milliards $) en raison de l'absence de profitabilité attendue. Le projet Pierre River de la Royal Dutch Shell a ensuite subi le même sort. Pourquoi ces projets ne sont-ils pas rentables?

En mai, le Think tank britannique «Carbon Tracker Initiative» (CTI) encourageait les investisseurs à prendre conscience de l'exposition élevée de plusieurs grandes compagnies pétrolières aux projets dont la rentabilité exigeait un prix du baril supérieur à 95 $. Leur rapport indiquait que l'exploitation en cours des sables bitumineux albertains présentait un haut niveau d'exposition en cas de baisse de la valeur du prix du baril. En août, le CTI s'est intéressé aux projets à venir dont la rentabilité exigeait un prix du baril jugé élevé. Au sommet de la liste établie se retrouvaient six projets albertains ayant un seuil de rentabilité égal ou supérieur à 128 $ le baril.

Le prix du baril étant actuellement de 95 $, la question est de savoir s'il est probable que sa valeur augmente dans les années à venir. Pour répondre à cette question, il est important de se distancer de ce que l'on observe à la pompe. En effet, depuis 2009, le prix du baril est demeuré sur les marchés à une valeur avoisinant les 100 $ le baril. Cette stabilité survient malgré la croissance modeste de l'économie mondiale ainsi que l'explosion des coûts pour extraire le pétrole (ce que l'on appelle le CAPEX), lequel a été multiplié par cinq entre 2000 et 2012.

Autrement dit, le prix du baril demeure stable parce que la consommation de pétrole dans le monde se dissocie progressivement de la croissance économique. C'est déjà le cas en Europe et aux États-Unis où la demande de pétrole baisse d'environ 1 % par année depuis 2005, et ce, malgré la croissance légère de leur économie. Cette baisse de la consommation dans les pays développés a été compensée par la croissance rapide de l'économie des pays émergents, avec par exemple la hausse importante de la demande automobile en Chine. Il est par contre hasardeux de tabler sur la croissance continue de la consommation de pétrole dans cette partie du monde.

Le principal pays émergent, la Chine, est actuellement aux prises avec un problème de pollution atmosphérique important et les dirigeants ont montré récemment qu'ils pouvaient agir pour le régler. En effet, une série de mesures ont permis de faire baisser la consommation de charbon pour la première fois depuis le tournant du millénaire au premier trimestre de 2014. Côté transport, les autorités ont décidé d'augmenter significativement leur électrification, avec une cible de 500 000 véhicules électriques en 2020. Les mesures mises en place en début d'année ont fait bondir de 700 % leur vente au premier trimestre de 2014. Récemment, on apprenait que 16 milliards $ seront injectés pour installer des bornes de recharge rapide, ceci en plus de l'élimination d'une taxe de 10 % à leur achat. Notons enfin que la compagnie chinoise BYD produit des autobus électriques ayant un coût global d'opération inférieur à son équivalent diésel.

La fin du lien entre la croissance de l'économie et la consommation de pétrole dans les pays émergents n'est pas encore arrivée (à l'instar de ce qui se passe déjà en Occident), mais ces données indiquent que l'on ne peut plus compter sur l'augmentation de la demande mondiale nécessaire à la hausse du prix du baril de pétrole. Ce phénomène pourrait être accéléré par l'ajout d'ententes régionales et internationales visant à limiter le réchauffement planétaire et la pollution atmosphérique.

Les Québécois, en tant qu'investisseurs par l'entremise de la Caisse, ont intérêt à s'interroger sur les projets d'exploitation des sables bitumineux à venir. Plusieurs projets semblent voués à être déficitaires considérant leur coût d'exploitation élevé et la stabilité du prix du pétrole sur les marchés. En tant qu'actionnaires de TransCanada, nous devons ensuite savoir si le pipeline Énergie Est demeurera rentable en cas d'annulation répétée de projets d'exploitation des sables bitumineux. Après tout, un espoir irréaliste ne mène que rarement à de bons placements.

Sébastien Collard

Groupe Recycle ta Caisse

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