L'avenir de l'arrondissement historique de Sillery - Assez de tergiversations!

Une vue aérienne de l'arrondissement historique de Sillery.... (Illustration tirée du livre Empreintes & Mémoire)

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Une vue aérienne de l'arrondissement historique de Sillery.

Illustration tirée du livre Empreintes & Mémoire

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Le Soleil

À un an des célébrations de son 50e anniversaire et à quelques jours d'une consultation publique sur l'avenir qui devrait lui être réservé, il n'est pas inutile de rappeler les motifs qui ont présidé à la création de l'arrondissement historique de Sillery.

L'histoire remonte à 1964. Le ministre des Affaires culturelles de l'époque, Georges-Émile Lapalme, fait adopter un décret gouvernemental visant la protection et la mise en valeur des grands domaines de Sillery. C'est l'époque de la Révolution tranquille au cours de laquelle les Québécois prennent collectivement conscience des mille et une facettes de leur identité et découvrent l'abondance et la richesse d'un patrimoine paysager, architectural et historique jusque-là méconnu ou négligé.

Ces grands domaines avaient été constitués sur les hauteurs de Sillery, au XVIIIe siècle, par les barons du bois. Puis, ils avaient été acquis au XIXe par de nombreuses communautés religieuses qui en firent le socle de leur mission éducative, dans le respect - on ne le dira jamais trop - du milieu naturel et du génie des lieux.

Jamais l'idée d'une intervention de l'État ne se manifesta avant que la convoitise de promoteurs immobiliers ne commence à se faire sentir au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Les grands domaines de Sillery se révélèrent soudainement comme un ensemble paysager exceptionnel dont la protection exige de les soustraire au péril du développement coutumier qui consiste à agrandir un noyau urbanisé en grignotant à sa périphérie ou en empiétant sur la campagne environnante. Le statut d'arrondissement historique décrété visait spécifiquement à contenir le lotissement des terrains dans un espace de quelque 225 hectares et à préserver les villas ainsi que leur environnement champêtre qu'on ne trouvait nulle part ailleurs. Une mesure exceptionnelle pour un lieu exceptionnel, quoi!

Si le statut d'arrondissement historique dressait un obstacle, il n'empêchait pas les promoteurs de trouver des accommodements avec des élus désireux de «ne pas empêcher le progrès». Ce qui explique que l'avenir des grands domaines de Sillery n'a jamais cessé d'être un sujet de préoccupation pour les défenseurs du patrimoine. En près d'un demi-siècle, le territoire de l'arrondissement historique a été troué comme un gruyère: on y a vu apparaître des îlots d'habitation dont la présence, bien qu'acceptée avec le temps, constitue un contresens par rapport à l'idée dominante de protection d'un écrin patrimonial inviolable (Kilmarnock, Parc Lemoyne, Mont Saint-Denis, etc.). Aujourd'hui, il subit d'immenses pressions de la part de promoteurs immobiliers salivant devant l'incontournable obligation des communautés religieuses de se départir de leurs actifs immobiliers plus que centenaires et encouragés par l'obnubilation aveugle du maire pour la densification urbaine.

N'est-il pas temps de mettre un terme à notre ambivalence collective concernant l'arrondissement historique de Sillery? Ambivalence qui consiste à vouloir une chose (la protection des grands domaines) et son contraire (le développement immobilier). Les cadres de gestion, programmes particuliers d'urbanisme (PPU) et autres consultations publiques ne mèneront nulle part s'ils débouchent invariablement sur des formules alambiquées qui, au nom de l'équilibre ou de la mesure, donnent place à des compromis douteux, à des magouilles de promoteurs, à des contorsions politiciennes et, finalement, à une gronde citoyenne incessante.

Qu'est-ce à dire? Ou bien on tient à ce que les grands domaines de Sillery continuent à former un arrondissement historique; si tel est le cas, on les soustrait à toute forme de développement autre que celui qui consiste à recycler à des fins d'habitation les ensembles conventuels qui s'y trouvent. Ou bien on cède aux ambitions des promoteurs immobiliers qui ne s'embarrassent généralement pas de la fragilité des paysages urbains et de l'histoire des lieux pour bâtir partout où s'annoncent de bonnes affaires; moyennant quoi, au nom du développement économique et du rendement fiscal, on supprime le statut d'arrondissement historique. Entre ces deux voies, un choix s'impose, car les tergiversations ne feront que des perdants: les uns perdront leur temps et leur argent, les autres leur âme et leur  fierté.

Le statut de l'arrondissement historique de Sillery devrait être revisité dans l'esprit de la formule suivante:

- les limites de l'arrondissement historique sont mises à jour pour extraire du territoire à protéger les îlots construits depuis 1964;

- la construction à l'intérieur de l'arrondissement historique n'est désormais permise qu'en vue de la conversion des bâtiments conventuels existants à des fins d'habitation (condos ou logements locatifs); l'agrandissement des bâtiments conventuels serait autorisé dans le respect de règles d'intégration architecturale;

- les terrains non requis pour les fins de construction seraient acquis par l'autorité publique (ville ou gouvernement), au fil des ans, aux fins d'y aménager un espace public, tel un parc linéaire comme l'a proposé la Coalition pour l'arrondissement historique de Sillery, ce qui permettrait aux citoyens de fréquenter un territoire patrimonial qui appartient à leur zone de fierté.

Et le développement immobilier alors! Ma foi! le territoire de la ville est suffisamment vaste pour que les promoteurs immobiliers y trouvent leur compte et que les autorités municipales répondent aux besoins de logement de leurs citoyens autrement qu'en triturant leur héritage culturel.

Pierre Boucher

Ex-sous-ministre des Affaires culturelles et ex-président de la Commission de la capitale nationale du Québec

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