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Oléoducs de l'Ouest vers le Québec - Une idée qui vaut la peine d'être poursuivie

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Le Soleil

Lors de la dernière réunion du Conseil de la fédération tenue à Halifax en novembre 2012, la première ministre de l'Alberta, Alison Redford, a rencontré son homologue québécoise Pauline Marois, où elles ont discuté du projet d'oléoduc d'Enbridge qui transporterait du pétrole de l'Ouest canadien jusqu'à Montréal.

À la conférence de presse tenue à l'issu de la rencontre, Mme Marois a indiqué qu'au-delà de la question environnementale, l'économie québécoise devrait aussi retirer des bénéfices de ce projet. Les deux premières ministres ont depuis formé un comité de fonctionnaires du Québec et de l'Alberta pour effectuer l'analyse des bénéfices potentiels de ce projet pour le Québec. Un rapport conjoint sera soumis aux deux dirigeants provinciaux ce printemps.

C'est regrettable qu'un projet aussi anodin que le renversement de l'écoulement d'un pipeline existant soit devenu politisé à un niveau aussi élevé. C'est ce même projet qui avait fait l'objet d'une sortie par le ministre de l'Environnement, Daniel Breton, lequel avait annoncé la semaine précédant la réunion du Conseil de la fédération, que le gouvernement du Québec allait procéder lui-même à l'évaluation des risques liés à l'inversion du flux de ce pipeline.

Je dis regrettable, car ces épisodes mettent à la lumière quelques méconnaissances fondamentales au sujet de la sécurité énergétique au Canada et au Québec. Penchons-nous sur trois des plus évidentes.

Premièrement, nous devons comme société accepter l'idée fondamentale qu'exploiter nos ressources naturelles de façon responsable est bénéfique pour tous, et rejeter la notion que le pétrole provenant de l'Alberta est plus néfaste que les autres. Le fait est que la majorité du pétrole qui sera transporté par ce pipeline sera du brut «conventionnel».

Soit dit en passant, aujourd'hui près de 100% du pétrole utilisé dans les deux raffineries québécoises (Ultramar à Lévis et Suncor à Montréal) provient de l'étranger et qui coûte presque le double du pétrole albertain! Si les raffineries québécoises pouvaient acheter le brut albertain, qui se transige à $58,24 le baril aujourd'hui, contre 112,33$ pour le Brent, cela préserverait la compétitivité des deux seules raffineries qui sont encore en opération au Québec.

Deuxièmement, il y a une méconnaissance des risques liés à l'inversion du flux du pipeline d'Enbridge. Ce pipeline - nommé «Ligne 9», a été construit dans les années 1970 entre Sarnia, en Ontario, et Montréal, justement pour transporter le pétrole issu de l'ouest aux raffineries de la métropole, à une époque où il y en avait six.

Avec la fermeture de plusieurs raffineries au cours des années 1980 et 1990, et des conditions de marché changeantes, l'écoulement de la «ligne 9» fut inversé pour permettre le transport de pétrole provenant de l'étranger vers les raffineries du sud de l'Ontario. Le projet actuel de la société Enbridge ne consiste qu'à renverser le flux à sa direction originale. Il n'y a donc aucun risque différent ou supplémentaire à examiner d'aussi près.

Troisièmement, n'en déplaise au ministre des Ressources naturelles, c'est à l'Office nationale de l'énergie qu'appartient le devoir d'examiner ce projet de reversement du flux du pipeline en question. On comprend le réflexe d'un Parti souverainiste à vouloir arracher des pouvoirs réglementaires de plus à Ottawa, mais l'ONÉ possède une expertise inégalée dans ces matières.

Rappelons que le Canada produit 3 millions de barils par jour de pétrole, dont la moitié est du pétrole brut «conventionnel». L'autre moitié provient des sables bitumineux, dont la majorité est raffinée à Edmonton et aux États-Unis. La politisation du dossier de l'oléoduc d'Enbridge est regrettable car les mérites commerciaux semblent évidents et les risques environnementaux sont probablement très minimes. Un dossier anodin qui aurait dû demeurer dans les compétences de l'Agence responsable.

Dans le meilleur scénario, ce processus entamera une meilleure collaboration entre les deux provinces sur les questions énergétiques. Dans le pire, Québec cherchera à soustraire des rentes additionnelles ou à provoquer un conflit avec Ottawa sur la juridiction réglementaire qui s'applique à l'oléoduc. Je préfère le premier scénario.

Jean-Sébastien Rioux, professeur agrégé et directeur du programme de maîtrise en Politique publique,

The School of Public Policy, Université de Calgary

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