Révolution et peut-être schisme dans les croyances chrétiennes

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Que le boeuf et l'âne cessent d'être présents devant la crèche de Noël, que les mages n'y soient pas non plus, que le massacre des innocents n'ait pas eu lieu, cela ne nous dérange guère, mais que les vérités dites «de foi» du Credo soient torturées, voire contredites, voilà qui apparaît comme une révolution, sinon comme un schisme à l'observateur externe, si tant est que la révolution devient schisme lorsqu'elle est partagée par un groupe important d'une communauté et contredit l'enseignement officiel.

Il suffit de comparer ce qui nous a été enseigné et qui nous est rappelé aujourd'hui par les fondamentalistes et les chrétiens dits conservateurs avec ce que nous proposent maintenant les libéraux, progressistes et autres épris de «critique historique» pour mesurer le chemin parcouru.

D'abord relativement au document à la base du débat. Le Nouveau Testament. «Parole d'Évangile», nous avait-on dit. Document remanié, trituré, trafiqué, nous révèle-t-on maintenant. Document qui ne procède pas des auteurs auxquels il a été attribué (Mathieu, Luc, Marc, Jean) (parce que trop vieux ou trop illettrés pour ce faire) mais d'auteurs inconnus dont le dessein était de prouver que Jésus était Dieu, qu'il était le Messie. Un aveu à ce sujet était déjà contenu dans la fin de l'Évangile de Jean où l'auteur énonce que l'écrit a été fait dans le but explicite de convaincre les lecteurs de la divinité de Jésus.

Mais que nous a-t-on enseigné au juste? La plupart des propositions se trouvent contenues dans le Credo des chrétiens, mais telles que lues et interprétées littéralement comme vérités historiques plutôt que comme récit symbolique. On y parle de la Création du ciel et de la terre, de la virginité de Marie, de la conception de Jésus par l'Esprit Saint, de la résurrection des morts, de la Résurrection de Jésus après trois jours et de son Ascension.

Ces croyances sont, semble-t-il, encore celles des fondamentalistes et des chrétiens dits conservateurs mais d'autres théologiens, depuis Bultman en particulier, se sont avisés qu'il y avait là trop d'emprunts mythologiques et qu'au Christ de la Foi, il fallait opposer le Jésus de l'Histoire. Cette tendance n'est pas nouvelle mais s'est récemment coagulée aux États-Unis, en France, en Allemagne et en Suisse.

Aux États-Unis, le Jesus Seminar, dont les 200 membres sont à peu près tous Ph.D et théologiens dans des universités américaines, a délivré ses conclusions dans deux ouvrages publiés en 1993 et 1998.

En nous avertissant au passage que seulement 18 % des paroles attribuées à Jésus dans le Nouveau Testament peuvent être considérées comme authentiques, il nous donne ensuite ses principales conclusions sur les thèmes suivants :

- Jésus de Nazareth est né sous le règne d'Hérode le Grand

- Le nom de sa mère était Marie et il a eu un père humain dont le nom n'a peut-être pas été Joseph

- Jésus est né à Nazareth et non à Bethléem

- Jésus était un sage itinérant qui partageait ses repas avec des rebuts de la société

- Jésus guérissait les malades sans le recours de la médecine ancienne ou de la magie, soulageant les afflictions que nous considérons aujourd'hui psychosomatiques

- Il n'a pas marché sur les eaux, n'a pas nourri la multitude avec quelques pains et poissons, n'a pas changé l'eau en vin, n'a pas ressuscité Lazare''.

- Jésus fut arrêté à Jérusalem et crucifié par les Romains

- Jésus a été condamné et exécuté parce que «nuisance publique» et non parce qu'il se serait proclamé fils de Dieu

- Le tombeau vide est une fiction, il n'y a pas eu de résurrection charnelle de Jésus

- La croyance en la résurrection est basée sur les expériences visionnaires de Pierre, Paul et Marie

Le sens général de ces propositions a été à peu près le même, en France, sous la plume de Mordillat et Prieur, auteurs de la célèbre série Corpus Christi (1997), en Allemagne, de la bouche de d'Eugène Drewerman, prêtre psychanalyste, lors d'un entretien accordé au magazine Spiegel (déc. 1991) (où il a profité de l'occasion pour énoncer que Jésus n'a institué ni les prêtres, ni les sacrements) et, peut-être aussi en Suisse, dans la démarche de Daniel Marguerat qui s'est finalement joint au Jesus Seminar il y a quelques années.

Donc révolution en plusieurs points sur l'enseignement traditionnel, voire même actuel, de certaines communautés chrétiennes. Schisme peut-être aussi, dans la mesure où un nombre important de sujets adhèrent à des propositions qui se dissocient de l'enseignement officiel.

Mais plus que l'évolution de la doctrine, c'est le souci de ne pas la dévoiler aux fidèles qui fait problème. Prêtres, enseignants, séminaristes connaissent cette évolution ou révolution mais craignent vraisemblablement pour la foi des fidèles.

Pourtant, la foi en Dieu n'est pas en cause dans ces divulgations. Peut-être évoquent-elles seulement la pertinence d'une réécriture du Credo et la non-crédibilité de certaines pages des Évangiles.

Marc Giguère, observateur externe

Québec

Pour commentaire: gigueremar@hotmail.com

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