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Ne banalisons pas cette maladie qui peut toucher toutes les couches de la société

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Le Soleil

En réaction à la chronique «Les antidépresseurs ne sont pas des bonbons» du psycholoque Yves Dalpé

Cette chronique m'amène à partager certains commentaires avec vos lecteurs.

Premièrement, je félicite Le Soleil pour sa participation à la démystification des problèmes reliés à la santé mentale et à la maladie mentale. Je félicite aussi M. Dalpé pour la pertinence de sa plaidoirie sur l'importance de la psychothérapie dans le traitement de nombreuses psychopathologies. Je partage les mêmes préoccupations en tant que psychiatre-psychanalyste et membre depuis plus de 20 ans de l'organisme REVIVRE, dont la mission est justement de démystifier les troubles de l'humeur tels la dépression et le trouble bipolaire, ainsi que les troubles anxieux.

Cependant, à la lecture de l'article de M. Dalpé, je retrouve plusieurs affirmations qui peuvent être très décourageantes pour les personnes atteintes de dépression majeure.

Contrairement à ses déclarations, les antidépresseurs sont très bien connus et sont étudiés depuis plus de 50 ans puisque les premiers antidépresseurs sont apparus à la fin des années 1950. Depuis, nous disposons de plus d'une dizaine de classes différentes d'antidépresseurs, ce qui nous permet de raffiner le traitement, selon les besoins de chaque patient. Les effets des antidépresseurs dépassent largement celui de la «sérotonine», comme mentionné dans l'article et impliquent plusieurs autres systèmes, y compris la dopamine, la noradrénaline, le BDNF, facteur neurotrophique dérivé du cerveau. Enfin, les effets secondaires sont prévisibles et contrôlables. Le fait d'énumérer l'ensemble des effets secondaires qui peuvent survenir avec toutes les molécules connues depuis plus de 50 ans n'est pas très utile, ni pour la compréhension d'une maladie si complexe, ni pour le choix si important d'un traitement.

Je rappelle que la dépression majeure est une maladie sérieuse qui, chaque année, affecte environ 5% de la population et qu'elle peut durer plusieurs mois si on ne lui accorde pas un traitement approprié et efficace. Elle n'est pas une simple déprime, ni un trouble d'adaptation, mais bien une maladie qui affecte le fonctionnement de l'ensemble de la personne et elle peut mener à la mort. Parmi les symptômes, notons l'insomnie, une baisse complète des niveaux d'énergie, une absence totale de plaisir, des difficultés importantes de concentration et une incapacité de travailler qui parfois, entraîne une absence au travail pour plusieurs mois et amène un découragement prononcé, accompagné de pensées de mort. D'ailleurs, il faut noter que jusqu'à 15% des personnes atteintes compléteront un acte suicidaire.

Il ne faut surtout pas banaliser cette maladie qui peut toucher toutes les couches de la société. Parmi mes patients, je compte de nombreux médecins, des psychologues, des dirigeants de société, des athlètes de haut-niveau, ainsi que «monsieur et madame tout-le-monde».

La recherche et le travail clinique démontrent clairement que le traitement le plus efficace de la dépression majeure consiste en la combinaison d'antidépresseur et de psychothérapie. De plus, dans les formes sévères de dépression, il faut débuter le traitement avec les antidépresseurs pendant quelques semaines avant de pouvoir entreprendre une psychothérapie de façon efficace.

Enfin, je rappelle à vos lecteurs que le vieux débat qui date d'il y a 40 ans, à savoir si les maladies mentales sont d'origine psychologique ou biologique, n'a plus sa place dans la science d'aujourd'hui. Il est évident que les maladies prennent leurs origines dans les deux sphères et qu'il faut traiter ces deux aspects si nous voulons vraiment aider les gens qui nous consultent.

En terminant, je vous invite à consulter le site web de REVIVRE, au www.revivre.org, pour de plus amples informations.

Brian G. Bexton, M.D., FRCPC, psychiatre-psychanalyste

Président de l'Association des médecins psychiatres du Québec

Vice-président, REVIVRE+

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