Vos réactions à la chronique La leçon de morale de Blandine Parchemal de Gilbert Lavoie (2)

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Photo André Pichette, archives La Presse

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Le Soleil

Un grand coup de vent

Dans la chronique «La leçon de morale de Blandine Parchemal» de M. Gilbert Lavoie, il a été question de morale, de connaissance des enjeux liés à l'éducation supérieure et d'immigration. Or, de cette chronique ressortent de façon plutôt marquée, xénophobie, préjugés et mythes racistes, discrimination politique et mépris. Pourquoi donc? Commençons par exposer le coeur de ce brillant ouvrage réflexif.

Dans cette courte chronique, il est mentionné que «Les Québécois ont l'habitude de se faire dicter la morale par leurs cousins français. Après tout, c'est la mère patrie, et puis ils s'expriment tellement bien...».

Sans vouloir de quelque façon que ce soit réduire à néant la savante analyse ethno-sociologique de ce cher M. Lavoie, il serait à considérer que cette dernière est tout simplement basée sur ce qui pourrait être apprécié comme un certain sentiment, ou encore une certaine référence à la culture française dont nous hériterions en partie, et face à laquelle nous nous serions collectivement habitués à nous sentir inférieurs. Peut-être ce sentiment est-il légitimement ressenti par le chroniqueur? Qui sait? Mais il serait audacieux de l'étendre faussement à l'ensemble du Québec et de ses résidents. D'autant plus que nos attaches à la culture française sont, pour le moins, discutables et variées dans la pluralité des origines des québécois et québécoises d'aujourd'hui.

Par la suite, l'énoncé suivant : «Mais de là à les voir s'ingérer dans nos affaires internes, il y a une marge!».

Une fois la posture d'autorité morale de tous les Français sur tous les Québécois remise en question et un certain doute lancé, questionnons le fond de cette affirmation. Qu'est-ce que l'ingérence? Est-ce la participation sous invitation à une instance convoquée par le gouvernement du Québec d'une étudiante bénévolement impliquée dans une association étudiante nationale, qui provient de France mais dont l'organisation a choisi de la déléguer à cette instance? L'ASSÉ serait-elle sauvagement atteinte de ce fameux complexe d'infériorité précédemment évoqué elle aussi? Un plan de prise de contrôle de nos instances gouvernementales par une conspiration entre l'ASSÉ et l'Hexagone serait-elle en train de voir le jour? Tant de questions auxquelles la simplicité du discernement et du sens commun suffisent amplement à fournir une réponse.

Pour autant qu'il soit question d'éducation, je crois que l'ASSÉ est bien suffisamment au fait des enjeux pour choisir de façon autonome et indépendante une personne à déléguer dans une instance gouvernementale. Qui plus est, cette personne qui, étudiant au doctorat en philosophie et impliquée à l'ASSÉ, travaille activement à l'analyse, la réflexion en plus de la production de recherches sur les transformations contemporaines en éducation post-secondaire au Québec en plus de vivre cette même réalité de l'intérieur. Les universitaires connaissent leurs milieux d'étude et de vie. La fréquentation de plus d'une université dans plus d'un pays ne peut alors que devenir un atout, permettant ainsi de développer une analyse plus complète et plus vaste des réussites et ratés du réseau universitaire québécois. Son principal et majeur défaut serait-il alors d'être d'origine française? Ce à quoi nous répond M. Lavoie de la façon suivante : «Le problème, c'est que Blandine Parchemal n'est pas québécoise.» Nul besoin d'en rajouter sur cette affirmation.

Ce dont il est question dans cet article, au delà de la phobie de la mise sous tutelle du Québec par les dangers que constituent l'ingérence de la France dans la gouverne du Québec, c'est bien plus profondément le mépris mal articulé pour une organisation étudiante comme l'ASSÉ. Ce qui se retrouve dans ces quelques lignes va bien au delà d'une simple exposition de faits. C'est une tentative de rejet catégorique de ce que propose l'ASSÉ au gouvernement du Québec en éducation. Rien de plus qu'une manoeuvre de discrédit d'une organisation sur la base qu'une des personnes démocratiquement déléguées à une instance gouvernementale par une organisation ait réservé une chambre d'hôtel à Laval plutôt qu'à Québec. S'il est permis d'en rajouter, je mentionnerais par ailleurs qu'un peu plus de rigueur aurait été de mise dans la cueillette d'information puisque cette information quant à la réservation de l'hôtel est mensongère. En effet, ce commentaire sur les réseaux sociaux dont il est question n'a aucun lien avec le Sommet sur l'éducation et se réfère plutôt à une conférence qui avait lieu à l'hôtel Sheraton de Laval le même jour qu'une rencontre à Québec, il n'y est pas même question de réservation de chambre. Nous attendons donc des sources à ce sujet. Il s'agit donc bien davantage d'un conflit personnel d'horaire que d'une mauvaise connaissance de la géographie québécoise.

Au delà de la simple blague, elle même mise de l'avant sur les réseaux sociaux par Mme Parchemal, rien ne peut faire de cet événement un argumentaire étoffé justifiant son exclusion, son incompétence intellectuelle, ou même pour remettre en question sa pertinence et celle de ses propos tenus lors du Sommet gouvernemental. Peut-être est-ce là une des raisons pourquoi les propos mentionnées par Mme Parchemal au Sommet et les propositions de l'ASSÉ ne sont que simplement évoqués et non la cible de critiques raisonnées et documentées. Il est certes plus facile et simple de rire à la blague d'une prétendue erreur de mauvaise réservation de chambre d'hôtel et d'ériger une critique de la morale prétendument faite par l'ensemble des Français aux Québécois.

Que Mme Parchemal soit d'origine française, québécoise ou autre, elle a fait le choix de s'impliquer dans sa communauté et de faire évoluer le débat politique en éducation. Il serait dommage que des chroniques comme celle-là ne soient un frein à la participation pleine et entière des personnes de diverses origines à la vie politique de notre société. Ne disiez-vous pas vous-même à propos de l'immigration en date du 21 mai 2002 dans une de vos chroniques dans Le Soleil : «Mais il y a, au delà de ces difficultés normales d'intégration, une énorme source d'enrichissement collectif dont nos gouvernements ne font pas suffisamment la promotion». N'y a-t'il donc cette fois que les fous qui ne changent pas d'idée ou faites-vous face à une de vos contradictions les plus flagrantes?

La morale dont il était ici question, trônant sur le titre de cette chronique, ne prenait finalement peut-être racine que dans le vent brassé dans tout ce vide argumentaire.

Guillaume Legault, Montréal

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La leçon de morale de Gilbert Lavoie

Les Québécois ont l'habitude de voir des chroniqueurs parler de divers sujets, souvent sans même vraiment les connaître. Après tout, ils ne sont pas là pour informer de manière objective, mais pour exprimer une opinion subjective. Mais quand ils en viennent à se baser sur des préjugés pour bâtir leur argumentaire ou qu'ils se contentent de déverser leur fiel sur une victime de leur choix, on est en droit de trouver qu'ils vont trop loin.

Le 20 décembre dernier, les lecteurs de lapresse.ca ont pu lire une chronique de Gibert Lavoie portant sur la présence, en tant que déléguée de l'ASSÉ, de Blandine Parchemal. Pour lui, le problème avec Mlle Parchemal était qu'elle est française. Bien entendu, elle ne participait pas aux débats de manière pertinente. Selon M. Lavoie, comme toute personne venue de France, elle se contenterait de venir nous donner des leçons de morale. Baser une chronique sur un préjugé raciste, c'est fort quand même! Il fallait oser!

Et pourtant, M. Lavoie nous dit qu'elle n'a pas cité en exemple le modèle français, qu'elle a plutôt décrié.

Toujours selon M. Lavoie, les idées qu'elle avançait au Sommet de l'éducation ne seraient pas crédibles. Bien qu'ayant lui-même mentionné le fait qu'elle était une déléguée, M. Lavoie semble ne pas avoir compris ce que fait vraiment un ou une délégué sens de ce mot. En effet, Mlle Parchemal ne présentait pas son opinion personnelle, mais bien celle des étudiants membres de l'ASSÉ, telle que votée en congrès. Peu importe donc d'où provient la messagère, le message, lui, provient de personnes qui connaissent très bien le système d'éducation québécois, et pour cause!

Il est effarant de constater que M. Lavoie évacue complètement les milliers d'étudiants qui sont derrière Mlle Parchemal et focalise sur sa seule personne. Alors même qu'elle n'était pas la seule personne à parler au nom de l'ASSÉ.

En fait, si l'ASSÉ avait choisi quelqu'un d'autre comme représentent(e), les idées mises de l'avant par l'ASSÉ auraient été les mêmes, mais il aurait été forcé de s'attaquer aux idées plutôt qu'à la personne. La présence de Mlle Pachemal était donc une aubaine pour lui; il est si facile de s'attaquer au messager plutôt qu'au message! On appelle ce sophisme argumentum ad hominem.

Il termine son article en affirmant que les élus partagent son opinion sur la question, on appelle cela un «procès d'intention».

Un bel exemple de journalisme et de professionnalisme que nous donne là monsieur Lavoie. Au final, il n'aura réussi qu'à dire une chose de vraie, demander à des fonctionnaires de revérifier le chiffre maintes et maintes fois calculé du coût de la gratuité scolaire. Il est bel et bien d'environ 600 millions $.

Arnaud Gagnon, Montréal

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Attaques personnelles et xénophobie

J'ignore si c'est le résultat d'un manque d'organisation dans le journal, de mauvaise foi, ou quoi que ce soit d'autre, mais j'en suis venu à me poser des questions sur le sérieux des excuses que ce journal avait envoyé à la suite de la lettre d'opinion de Bernard Guay. On parlait, dans sa mise au point du 26 avril, d'une «erreur corrigée dès que signalée». Avec la récente chronique de Gilbert Lavoie, «La leçon de morale de Blandine Parchemal», on voit bien que ce n'est pas le cas. De manière générale, pour prouver que quelque chose existe, on (soit le journal Le Soleil, dans ce cas) doit montrer comment un principe pourrait s'appliquer d'une manière générale. Pour prouver le contraire, il ne suffit que d'un contre-exemple pour que tout tombe, et ce contre-exemple, c'est cette chronique.

Que le chroniqueur Gilbert Lavoie ne soit pas d'accord avec la position de l'ASSÉ sur la gratuité scolaire (ou avec l'ASSÉ, ce qui est différent, bien entendu), c'est une chose. Mais que la réponse ne soit composée que d'attaques personnelles sur la nationalité de Blandine Parchemal, c'en est une autre. Gilbert Lavoie a garni ses attaques ad hominem de mentions qui suggèrent l'orientation politique de Mme Parchemal, même si objectivement on n'en sait pas plus sur la position défendue par cette personne au Sommet. On ne sait pas non plus si Blandine Parchemal défend des positions de l'ASSÉ qui pourraient l'affecter personnellement (c'est moins impressionnant que ça en a l'air) ou si elle parle en son propre nom. D'ailleurs, M. Lavoie a oublié de mentionner que l'ASSÉ a également une position sur les frais de scolarité pour les étudiants étrangers, et qu'il ne serait pas complètement insensé que cette Association ait élu une étudiante de nationalité étrangère pour qu'elle vienne présenter un sujet qui la concerne également plutôt que de laisser une personne représenter ses intérêts. Je ne vois pas pourquoi Gilbert Lavoie est si sensible aux principes d'exclusivité nationale, ni en quoi le fait que l'ASSÉ ne semble pas y souscrire le dérange. Parle-t-on ici des intérêts étudiants, des intérêts nationaux, ou des intérêts étudiants en considération d'un principe national? Ce serait bien de le savoir.

C'en est presque pitoyable de voir Gilbert Lavoie insérer un paragraphe sur le programme d'exemption des droits de scolarité supplémentaires qui est accordé aux étudiants français (et donc à Blondine Parchemal). En outre, le «journaliste» ne mentionne pas que le programme d'exemption entre le Québec et la France est bilatéral, ce qui veut dire qu'un étudiant québécois qui va étudier en France va payer les droits de scolarité de la France. M. Lavoie omet de mentionner que ces droits de scolarité sont presque cinq fois inférieurs à ceux du Québec, pour un étudiant ou une étudiante au doctorat. Ce que cela veut dire, c'est que techniquement, Mme Parchemal bénéficie du programme d'exemption seulement de par son statut d'étudiante internationale, même si dans les faits, ses droits de scolarité sont presque cinq fois plus chers qu'ils ne le seraient si elle était restée en France (359?, soit environ 470$, au lieu de 2168$. Personnellement, je ne crois pas qu'on ait là un détail vraiment négligeable.

Avant de demander ce qu'une Française fraîchement débarquée vient faire dans nos débats, il serait plus judicieux d'interroger la ou les organisations qui ont accepté de l'inclure dans le débat. Mais voilà quelque chose de bien meilleur : voir en quoi une question inclut une personne ou une autre. Poser la pertinence de l'expression d'idées avant la pertinence de l'idée, c'est assez fallacieux. D'ailleurs, j'ai des points d'interrogation lorsqu'un organe de presse, qui devrait défendre bec et ongle la liberté d'expression, la questionne par des techniques indirectes. Ça donne l'impression qu'on invoque deux poids et deux mesures. Mais c'est peut-être une impression personnelle.

Sur le reste de la chronique, il n'y a pas grand-chose à dire. On s'étonne que Blandine Parchemal aborde explicitement un sujet qui la concerne. (Cette femme a cependant le mérite, contrairement à Gilbert Lavoie, de présenter ses points directement.) À la fin de la chronique, Gilbert Lavoie fait semblant d'adresser la présentation de Blandine Parchemal. Par «j'insinue», je veux dire qu'il n'arrive même pas à effleurer la question. La vérification de l'affirmation sur la gratuité scolaire est présentée comme inutile, mais en lisant, je ne sais pas pourquoi ce le serait. Je ne sais pas si cela a à voir avec la qualité de l'information, ou la qualité du travail des fonctionnaires, ou la qualité des matelas au Sheraton Laval, ou le fait que la présentatrice soit française...

J'aurais aimé croire la mise en point que vous avez publiée. Oui, on peut blâmer Gilbert Lavoie pour son texte qui comporte plusieurs lacunes. Mais j'imagine que le journal Le Soleil a une politique, et que celle-ci exclue les attaques personnelles et la xénophobie. (Dans ce cas, la politique du journal n'aurait pas été respectée, si une telle politique à ce sujet existe.) La chronique sur Blandine Parchemal était un triste contre-exemple, une auto-réfutation désolante de la thèse de l'erreur corrigée. Cette chronique constitue un exemple de mauvaise gestion. J'ai l'impression que M. Gilbert Lavoie est ici en train de servir de Blandine Parchemal comme substitut pour projeter ce qu'il ressent à propos de l'organisation que cette dernière dit défendre. Ou qu'il en a contre l'expression d'idées. Dans ces deux cas, on a quelque chose de déplorable, même pour une journaliste d'opinion. Il serait beaucoup plus mature, à l'avenir, de laisser de côté le bavardage écrit et les sophismes et de se concentrer sur l'avantage qui a permis à donné à la presse écrite un argument pour la défense de la liberté d'expression : l'expression et la confrontation durable d'idées.

Carl Yvan Prévil, Laval

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