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Théo et Chic Clodo!

Théo était un grand chef d'entreprise et il menait la grande vie. Jet  privé et... (PHOTO ARCHIVES LA PRESSE)

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Théo était un grand chef d'entreprise et il menait la grande vie. Jet privé et résidence secondaire dans tous les Hilton de la Terre, comme dit si bien la chanson. Il avait des milliers d'employés qu'il chérissait et qu'il rémunérait fort bien. Théo était bon et il était aimé de tous. Théo avait le coeur sur la main.

L'homme était conscient de sa chance et se savait privilégié. Certes, il avait travaillé fort pour en arriver là, mais il se foutait bien de cette évidence. Il était riche à craquer. Puis après! Trop riche se disait-il souvent. Voilà pourquoi Théo donnait. Il ne pouvait endurer de voir tant et tant de misère autour de lui. Alors il faisait des dons à gauche et à droite, à de multiples oeuvres de charité. Il finança des dizaines de soupes populaire. Il agissait à titre de bénévole lors des guignolées.

Il descendait souvent de sa limousine pour donner un 10$ ou un 20$ aux quêteux le long des trottoirs des grandes métropoles. Voilà pourquoi on le surnommait Théo le philantrope! Du moins c'est ainsi que dans son entourage - ses confrères de travail et richissimes amis - le nommaient. «Ah sacré Théo» se disaient-ils. «Il va se ruiner. Il a trop bon coeur. Trop sensible ce Théo.»

Mais Théo se fichait bien de ces moqueries. Il était philanthrope, point à la ligne. Chaque année, à l'approche de Noël, il en avait marre de voir que cette fête en était une trop mercantile, sans véritable esprit de partage et de fraternité. Théo, plus que quiconque, savait ce qu'était la misère, l'ayant vécue dans sa jeunesse, lui qui était issu d'une famille dont le père avait grand peine à offrir trois repas par jour à ses enfants. Voilà pourquoi notre homme savait reconnaître qu'il vivait dans un monde où l'écart entre les riches et les pauvres était trop grand. Parfois même il se sentait coupable d'être un de ceux à qui tout réussit et qui jouit d'une vie dorée. Tel était et vivait Théo.

Mais un jour, notre Théo fit faillite. Fallait-t-il s'y attendre? Avait-il trop donné sans crier gare? Était-t-il malheureux d'être riche? Toujours est-il qu'il fut rejeté de tous, décrié sur toutes les tribunes, même par ceux à qui il avait tant donné. Puis Théo disparut de la circulation et les années passèrent....

Donner malgré tout...

À l'angle de deux grands boulevards d'une grande ville, au premier jour de grand froid de décembre, un homme avait grand peine à refermer sa main droite, tant il l'avait laissé ouverte à la vue des passants sur le trottoir achalandé. Cet itinérant quêtait comme à son habitude, et ce, depuis quelques années sur ce même trottoir.

Il avait une drôle d'allure. Son accoutrement détonnait du lot de ses semblables. Il portait un complet trois pièces un peu sale, certes, avec des déchirures. Un vieil habit neuf usé, pourrait-on dire avec ironie. Cela lui donnait une certaine fierté, une prestance bien malgré lui. On l'avait surnommé Chic Clodo. Les passants, qui lui faisaient l'aumône, restaient parfois bouche bée lorsqu'ils constataient que Chic Clodo redonnait la moitié de ce qu'il avait reçu à d'autres quêteux sur le même trottoir.

Ces autres sans-abris n'en revenaient tout simplement pas et se demandaient si, sous le complet trois-pièces déchiré de Chic Clodo, ne se cachait pas le bon Dieu en personne. Mais Chic Clodo ne faisait voir de rien et malgré cette vie de chien qu'il menait, il gardait la tête haute et arborait souvent un sourire chaleureux. Ce qui faisait qu'il était aimé de tous. Un clochard qui donne ce qu'il reçoit à d'autres clochards, ça sort de l'ordinaire. Mais Chic Clodo aimait donner. C'était dans sa nature. Mais il se souvenait trop souvent de son ancienne vie.

On le voyait parfois pleurer, Chic Clodo. Et c'était un spectacle déconcertant de le voir ainsi, lui qui savait rendre son entourage heureux et qui était si bon. Mais on voyait très bien qu'il y avait dans son regard une lueur brumeuse de tristesse. Lui qu'on avait traîné dans la boue. Lui qu'on avait renié et abandonné. Lui qui pourtant avait tant donné à ses proches. Mais on l'avait jeté à la rue par la force des choses. Le grand philanthrope était devenu une sorte de roi déchu.

Théo était devenu Chic Clodo. Mais peu importe, puisque Théo, vivant dans la rue, continuait à donner. Bien que réduit à une misère extrême, il gardait en lui cette notion de partage et de fraternité qui l'animait lorsqu'il était un homme d'affaires riche et célèbre. Théo continua de donner. Le don de soi dans sa plus pure expression! Force est de le constater.

Yvan Giguère, Saguenay

Fondateur de la Journée de l'Hymne au printemps

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