Point de vue

Pays de la démesure, de la croissance et des défis

La plus grosse structure autoportante au monde en... (Photo AFP)

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La plus grosse structure autoportante au monde en construction dans la ville de Chengdu, la capitale de la province du Sichuan, au sud-ouest de la Chine.

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Le Soleil

Je reviens d'un séjour de trois semaines en Chine. Un voyage qui m'a fait découvrir un autre monde, une autre planète, un espace en plein bouleversement, poussé par les besoins et les ambitions d'une population de près d'un milliard et demi d'habitants qui s'accroit annuellement de l'équivalent de la population canadienne, riche d'une histoire de cinq millénaires et fière des succès accomplis au cours des 30 dernières années, soit depuis la réforme engagée au début des années 80.

Le «capitalisme à la chinoise» entraîne ce pays dans une course à la croissance dont on ne mesure ni la portée ni les conséquences. Les images qu'on en saisit sont toutefois ahurissantes. La Chine est un immense chantier dont l'évolution sera certainement déterminante sur le reste du monde dans les prochaines décennies. Et comment résoudra-t-on les problèmes de pollution, de logement, de corruption, de congestion, de disparités économiques et sociales... inhérents à une croissance si rapide d'une population si grande et si déterminée à améliorer son niveau de vie? La situation s'envenime avec le Japon. Est-ce symptomatique d'une attitude belliqueuse d'un pays souvent humilié en voie de reconquérir une puissance et une fierté perdues et qui a de si grands besoins en biens, services et ressources de toutes natures?

Pouvez-vous vous imaginer des villes de 23 et de 32 millions d'habitants, un barrage qui a nécessité le déplacement et la relocalisation de 1,4 million de paysans et de citadins, des tours d'habitation de plus de 35 étages qui poussent comme des champignons dans des périmètres urbains de plus en plus denses, des quartiers anciens entiers que l'on détruit pour faire de la place aux tours commerciales et résidentielles, un fossé immense entre le modernisme et la richesse des grandes villes et l'archaïsme et la pauvreté des campagnes, la pollution que génère cette poussée de croissance dont on ne parvient pas à maîtriser tous les aspects...?

Pouvez-vous imaginer une culture cinq fois millénaire dont de magnifiques musées nous projettent plusieurs facettes : bijoux, costumes, ameublement, armes, modes de vie, grandes dynasties, armée de 6 000 soldats d'argile du premier empereur de Chine, King Xi Wang, etc.?

Des constats ahurissants, des questionnements majeurs sur les enjeux et les défis de ce pays dont le boom économique et démographique (malgré la politique de l'enfant unique) met en cause la capacité des autorités nationales, régionales et locales à maîtriser les effets directs et indirects de ce bouleversement sans précédent: pollution effarante de l'air, des eaux (le Yangtsé est une décharge liquide) et des sols, urbanisation précipitée et souvent anarchique, écart de développement entre villes et campagnes, iniquité dans le partage de la nouvelle richesse, ferments de crises sociales, corruption endémique... Comment la rationalisation nécessaire à une telle croissance pourra-t-elle s'imposer à l'élan d'improvisation qui caractérise la poussée industrielle et urbaine régie par les règles sauvages du «capitalisme à la chinoise» au service du rattrapage d'un retard de trois quart de siècle? Les cataclysmes écologiques, les crises sociales et les répressions feront peut-être office de réponse... malheureusement. Philosophie zen et tai-chi ne seront certes pas suffisants.

À mon avis, la démocratie n'est pas pour demain en Chine car le totalitarisme, incarné par le Parti communiste chinois, apparaît un régime bien commode pour accompagner la marche vers le progrès économique et social d'un pays si grand et si populeux, qui ne peut se permettre «le luxe des désordres sociaux, des consultations, négociations et autres errances dans les prises de décisions». Mais la voix du peuple saura peut-être changer le cours des choses. Sait-on jamais?

Bernard Vachon, Ph. D.

Professeur à la retraire du département de géographie de l'UQAM et spécialiste en développement local et régional

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