La fin et les moyens

Être en moyens, c'est donc avoir les moyens...

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Être en moyens, c'est donc avoir les moyens de rechercher la fin, le sens de son existence. Les philosophes et les religieux de toutes époques ont réfléchi sur cette question du sens.

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Le Soleil

Dany Laferrière disait, au dernier Salon du livre, que la recherche du bonheur est un luxe d'habitant de pays riche. Ici, nous avons l'argent et le temps permettant l'émergence des interrogations existentielles, et on se donne les moyens pour être heureux.

Certes. On doit peu entendre tergiverser sur des questions de croissance personnelle dans les cafés de Port-au-Prince.  Avoir de l'argent, dit l'expression courante, c'est être en moyens, mais en moyens de quoi au juste? L'aisance monétaire donne l'opportunité à l'individu de s'éloigner du souci de la satisfaction de ses besoins primaires pour s'actualiser comme personne, comme citoyen, comme être humain. Être en moyens, c'est donc avoir les moyens de rechercher la fin, le sens de son existence.

Les philosophes et les religieux de toutes époques ont réfléchi sur cette question du sens. Malgré leurs divergences, leurs réponses se recoupent généralement dans la nécessité de participation à quelque chose de plus grand que soi. On peut affirmer avec sarcasme que Lino Zambito et Gilles Surprenant participaient activement à quelque chose de plus grand qu'eux. Seulement leurs errements sont symptomatiques d'une crise morale majeure et se font, aujourd'hui plus que jamais, les traits manifestes d'une civilisation ayant substitué la fin par les moyens. Je perçois ce travers sur les réseaux sociaux quand un contact publie une photo de lui buvant du champagne dans un bar entre deux paires d'implants mammaires. Je le constate dans un système d'éducation axé sur le développement de compétences et sur le savoir-faire, non sur le savoir-être; dans le peu d'espace qu'occupe la réflexion éthique à l'école. Je le vois aussi chez le jeune ou le moins jeune qui change de téléphone portable aux six mois.

Réussir sa vie ou réussir dans la vie? La question est devenue «quétaine». Les moyens sont devenus la fin et la fin justifie les moyens, quel qu'ils soient. Le nouveau iPhone est certainement génial, mais ne vous donne pas la tempérance, l'esprit critique et l'empathie nécessaires au retour du portefeuille perdu à son propriétaire. La quête du sens n'est pas le «pelletage de nuages» des «gratteux de guitare», des artistes et des philosophes. Elle est la recherche de la vie bonne du «nous» par le «moi». Or on peut attribuer l'apologie de ce «moi» que sous-tend le vol de millions de dollars à la collectivité à bien des facteurs. Probablement que l'effritement de la morale communautaire catholique y a contribué dans une grande mesure. Nous n'avions effectivement plus besoin des bondieuseries et de la culpabilisation à outrance qu'elles induisaient.

Seul problème: la philo c'est «dull», moraliste et ça n'intéresse personne non plus. De toute façon, nous avons en Occident tous les outils pour réussir et les bandits à cravate ne sont que les brebis galeuses de la société. Pas tout à fait. Ils sont plutôt les moutons noirs d'un troupeau gris foncé. Placés dans la même situation de pouvoir et de tentation, vous auriez pensé à Dieu et aux salariés minimums ou à une nouvelle piscine creusée pour vos enfants? Je me pose moi-même la question. Dans tous les cas, cet argent m'aurait payé un bon psy.

Pierre-Luc St-Onge, candidat au doctorat à l'Université Laval

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