Point de vue

Coupures en enseignement supérieur et en recherche: quel impact pour le Québec?

L'Université Laval... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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L'Université Laval

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Le Soleil

Le rôle et le financement des universités concernent toute la société québécoise. Dans le contexte des travaux préparatoires au Sommet sur l'enseignement supérieur prévu en 2013, nous avons appris avec stupéfaction, lors du dépôt des crédits gouvernementaux, la compression récurrente annuelle de 124,3 millions$ du budget des universités québécoises, soit un peu plus de 5 % du budget global.

À ceci s'ajoute une réduction de 31 millions$ (17 %) aux Fonds de recherche du Québec à compter de 2013. Ces coupures imposées par le gouvernement nous font sérieusement douter de la pertinence de la démarche menant au sommet. Une invitation à marcher après s'être fait casser les jambes perd nécessairement une partie de son attrait.

Les programmes universitaires coûtent cher, nous reproche-t-on, et leurs coûts augmentent sans cesse, particulièrement en médecine. Nous reconnaissons la situation difficile des finances publiques. Mais examinons d'où viennent les augmentations de coûts des dix dernières années dans nos facultés. Nous avons dû, pour répondre aux besoins sociétaux et à la demande du gouvernement, augmenter de façon très importante nos admissions en médecine et dans les autres programmes en sciences de la santé.

Pour ce faire, nous avons déployé nos programmes d'enseignement dans plusieurs régions du Québec. Ce déploiement s'est fait principalement à Trois-Rivières et Laval pour l'Université de Montréal, à Saguenay et Longueuil pour l'Université de Sherbrooke, à Rimouski et Joliette pour l'Université Laval, et débute à Gatineau pour l'Université McGill. Sans compter le déploiement extensif de nos unités de médecine familiale qui s'est opéré dans plusieurs établissements de santé à travers le Québec.

Ces déploiements connaissent un grand succès et se révèlent être des moteurs puissants de recrutement et de rétention de la main-d'oeuvre médicale dans ces régions. Cependant, enseigner la médecine en réseau coûte cher, plus cher que de le faire dans des sites centralisés. Devrions-nous couper ces développements qui répondent aux besoins de la société québécoise et dont le succès est remarquable? Sûrement pas. Mais, pour réaliser ce niveau d'économie, il faudra couper quelque chose, à moins de sombrer dans la pensée magique.

Il ne s'agit pas seulement ici de protéger des acquis; l'enseignement et la recherche évoluent constamment. Par exemple, comment les facultés de médecine du Québec pourront-elles développer leur capacité de former à grande échelle les étudiants par la simulation clinique sans réinvestissement significatif? Ce type d'apprentissage permet d'augmenter la qualité et la sécurité des soins. Il rend plus efficace l'intégration d'un grand nombre de connaissances médicales et renforce les aptitudes de travail interdisciplinaire à la base des soins de santé modernes. Or, le travail et l'enseignement en simulation clinique coûtent cher. Bien sûr, nous pourrions choisir d'être les seuls en Amérique du Nord à n'appliquer ces nouveaux standards que de façon limitée. Belle économie en perspective.

Il est important de savoir que les facultés de médecine du Québec ont à remplir, pour leurs programmes MD, les mêmes 133 normes d'agrément (i.e. d'évaluation) que toutes les facultés du Canada et des États-Unis. De ces normes découlent plus de 700 critères spécifiques que nous tâchons ingénieusement de satisfaire depuis plusieurs années, avec des budgets nettement inférieurs.

Le choix a été fait de ne pas augmenter les frais de scolarité. Soit. Mais quel est le plan alternatif? Le dépôt des crédits budgétaires nous a démontré de façon éclatante qu'il n'y en a pas. L'application de coupures paramétriques compromet sérieusement notre capacité à répondre aux besoins de formation attendus, d'autant plus qu'aucun délai raisonnable ne nous est donné pour réfléchir à des solutions nous permettant éventuellement de faire, encore une fois, « plus avec moins ».

Il ne s'agit pas seulement de la qualité de la formation médicale et de notre capacité à tirer notre épingle du jeu dans le cadre d'une économie du savoir. L'enseignement supérieur et la recherche impliquent aussi notre capacité collective de comprendre et d'appréhender notre environnement et les forces agissantes de notre société, qui reposent de plus en plus sur une technologie avancée et une science complexe. Ainsi, cet exercice budgétaire pourrait avoir une portée plus importante que l'on croit à première vue. Ne risquons-nous pas de glisser vers un Québec moins instruit, plus pauvre, moins compétitif et plus vulnérable?

Nous invitons donc le Ministre et le gouvernement à revoir ses positions et ainsi permettre que le sommet demeure un véritable lieu de réflexion pour supporter réellement le développement des études supérieures et de la recherche, en conserver l'accessibilité, et promouvoir la qualité de la formation et le développement du savoir au Québec.

Pierre Cossette, doyen de la Faculté de médecine et des sciences de la santé. Université de Sherbrooke

Renald Bergeron, doyen de la Faculté de médecine. Université Laval

Hélène Boisjoly, doyenne de la Faculté de médecine. Université de Montréal

David Eidelman, doyen de la Faculté de médecine et vice-principal. Université McGill

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