Analyse

Régimes de retraite : bombe à retardement ou enjeu de société?

Dans un deuxième temps, l'Ordre s'inquiète du faible... (Photo d'archives)

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Dans un deuxième temps, l'Ordre s'inquiète du faible taux d'épargne des Québécois, une situation qui ne sera sans avoir de graves répercussions sur leur niveau de vie à la retraite.

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Le Soleil

Depuis quelques semaines, les milieux médiatiques portent un intérêt accru à l'épineuse question des régimes de retraite. Faut-il rappeler que la majorité de ces contrats ont été conclus au cours des années 60 alors que très peu de personnes se retiraient avant 65 ans et que l'espérance de vie atteignait à peine 70 ans. Résultat, les déficits s'accumulent à la vitesse grand V. Ce qui pose problème, c'est la difficulté de ces régimes de répondre aux enjeux de la réalité contemporaine.

Plusieurs journalistes ainsi que des professionnels en gestion des ressources humaines ou en actuariat se sont penchés sur cette véritable bombe à retardement et ont proposé une panoplie de solutions pour endiguer la hausse des déficits actuariels des fonds de retraite. Dans une perspective plus globale et à long terme, la question se pose de savoir comment pourrons-nous assurer une retraite et une qualité de vie décente aux générations futures?

De fait les options se résument ainsi :

- Augmenter les cotisations (ratio cotisant/retraité)

- Repousser l'âge de la retraite

- Pénaliser financièrement les retraites anticipées

- Réduire les prestations ou les indexer

- Transformer les régimes à prestations (PD) en régimes à cotisation (CD) déterminées

- Privilégier l'épargne privée (REER, CELI, RVER, etc)

- Annuler ou diminuer le transfert à un conjoint survivant

- Refiler la facture à l'ensemble des contribuables

Ou une combinaison quelconque de ces mesures.

Or, une majorité des solutions préconisées reposent sur un accroissement du ratio cotisants/prestataires. D'une part, la maturation des régimes, à savoir que le nombre de prestataires excède celui des cotisants devient une tendance de fond irréversible en vertu de la conjoncture démographique. D'autre part, la scolarisation accrue de la nouvelle génération Y retarde leur entrée sur le marché du travail et réduit d'autant la période de cotisation. Au-delà des considérations financières, il subsiste un double enjeu de société déterminant à savoir, comment faire avaler la pilule aux salariés, dont celle des Boomers à qui on avait fait miroiter le rêve d'une société de loisirs? Sans présumer du fait que cette avenue soit incontournable, force est d'admettre que la réalité nous rattrape au pas de course... et risque même de nous dépasser à brève échéance.

Les deux avenues privilégiées consisteraient alors à reporter l'âge de l'admissibilité à la retraite ou à réduire les incitatifs reliés à une retraite anticipée. Mathématiquement parlant, cet argument peut paraître convaincant puisqu'il procure un double avantage: on prolonge la durée des cotisations et on réduit d'autant la période de prestation.  Dans les deux cas, cela se traduit par une prolongation de la participation active au marché du travail.

Cependant, même si les milieux de travail comportent désormais énormément moins d'efforts physiques en raison des progrès de l'ergonomie et que le nombre d'accidents de travail a périclité, il n'en demeure pas moins que les problèmes psychologiques affichent un taux de croissance préoccupant. En effet, plusieurs organisations exercent des pressions considérables sur leur personnel et parfois même... les poussent à bout. En outre les «enragés de pouvoir» et les carriéristes de tout acabit minent les climats de travail, et souvent ça joue dur !

Dans ce contexte, il devient impératif de remanier les stratégies de GRH de façon à mieux les harmoniser aux nouveaux enjeux qui affligent le monde du travail et ainsi  redonner un sens tangible à la contribution des travailleurs qui y passent le tiers de leur vie active.

Comment expliquer que des personnes passionnées par leur travail et qui s'y sentent valorisées ne manifestent aucun intérêt pour la retraite? En effet les milieux artistiques, professionnels, de l'entrepreneuriat, scientifiques, intellectuels regorgent de témoins très heureux de prolonger leur carrière, car on y retrouve de nombreuses occasions de se réaliser, de développer ses talents et d'accomplir des missions à la hauteur de ses ambitions.

Je publierai bientôt un livre portant sur le retour au travail des retraités et je compte mener un sondage auprès des retraités au travail afin de connaître ce qui les motive à reprendre le travail, bien souvent dans un contexte fort différent. J'ai déjà recueilli des témoignages de gens éminemment enthousiastes âgés entre 55 et 83 ans qui ont privilégié cette option. L'hypothèse que je compte valider repose sur le fait que ces retraités retournent au travail bien davantage pour des motifs d'ordre psychologique et social plutôt que financier.

Ainsi, comme en témoigne mon dernier livre intitulé Travailler à me faire mourir ? Non merci !, il faut agencer les objectifs organisationnels avec les valeurs et les intérêts de ses membres, faire une plus large place aux manifestations de reconnaissance positive, permettre aux personnes de développer leurs potentialités et respecter les meilleures pratiques de gouvernance. Il est temps de se demander ce que peuvent faire les organisations pour leurs membres plutôt que l'inverse, comme on a eu tendance à le faire, du moins jusqu'à tout récemment!

En outre, si l'on souhaite prolonger la vie active des travailleurs, il serait impératif de remettre en question les rigidités inhérentes au système bureautico-juridique actuel des relations de travail, notamment dans les secteurs publics et parapublics. Par exemple, pourquoi ne pas personnaliser davantage les conditions de travail, les horaires de travail, les relations d'emploi, les modalités de conciliation travail-famille, les contrats d'assurance collective et les régimes de retraite sur mesure en fonction des besoins et des situations des personnes? Pourquoi ne pas renégocier des assouplissements aux conventions collectives qui permettraient aux travailleurs «expérimentés» de bénéficier d'avantages sur mesure? J'estime que si l'on souhaite assurer une qualité de vie à la retraite aux générations futures, il faudra adopter de nouveaux paradigmes en matière de gestion de la retraite.

Les politiciens et les dirigeants d'entreprises devront nécessairement se pencher sur la question et promulguer des pistes de solutions viables.

Pas de solutions miracles ici, tout devient un choix de société au gré des intérêts de la classe politique, des groupes de pression et de la société civile.

Yvan Dubuc, CRHA

Québec

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