Point de vue

Le défi économico-environnemental du PQ

Daniel Breton, nouveau ministre de l'Environnement... (La Presse Canadienne)

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Daniel Breton, nouveau ministre de l'Environnement

La Presse Canadienne

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Le Soleil

Il y a déjà de cela quelques années, le journaliste Louis-Gilles Francoeur (nommé cette semaine vice-président du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement [BAPE]) s'était livré chez Marie-France Bazzo à une analyse qui m'avait semblé éclairante de ce qu'est un ministre de l'Environnement. Francoeur avait comparé ce ministre à un gardien de but, mais campé dans un rôle très particulier, puisqu'il est appelé à jouer contre sa propre équipe. Selon l'analogie de Francoeur, les ministres de l'Énergie, de l'Industrie, de l'Agriculture, à vocation «économique», sont en quelque sorte des joueurs d'attaque dont les efforts viennent se buter à un gardien de but qui n'est pas issu des rangs de l'opposition (l'équipe adverse), mais de leur propre équipe.

De cette analyse de Francoeur se dégageaient deux faits importants. Premièrement, ce modèle en est un de confrontation entre l'Économie et l'Environnement, où les efforts de promotion de l'une doivent être contrebalancés par les efforts de protection de l'autre. Le rôle du gouvernement, en ce sens, est de ménager un équilibre entre ces deux missions en apparence contradictoires, le choix du point d'équilibre, plus décalé vers l'économie ou vers l'environnement, étant appelé à changer selon la couleur de l'équipe gouvernementale.

En deuxième lieu, Francoeur concluait que l'équipe gouvernementale pouvait devenir dysfonctionnelle si le ministre de l'Environnement - le gardien de but selon son analogie - était trop bon. Pour que l'équipe aille quelque part et maintienne sa cohésion, il faut qu'il laisse passer une rondelle de temps à autre. Celui qui était alors journaliste citait en exemple le cas de Thomas Mulcair, qui avait selon lui été un ministre de l'Environnement en quelque sorte trop efficace, qui ne laissait pas passer de rondelles!

Pauline Marois, depuis son élection, a procédé à des choix politiques et de personnel qui donnent à penser que le point d'équilibre entre l'économie et l'environnement, sous son gouvernement, sera grandement décalé du pôle économique vers le pôle environnement. Au nombre des choix politiques, on remarque surtout la fermeture de la centrale nucléaire de Gentilly et la mise sous scellé des projets d'exploitation de gaz de schiste. Les choix de personnel vont apparemment dans le même sens.

Daniel Breton, nouveau ministre de l'Environnement, paraît peu susceptible d'interpréter mollement ses responsabilités de gardien de but. La ministre de l'Énergie et des Ressources, Martine Ouellet, en principe la chef de file des ministres à vocation économique, manifeste elle-même une vive sensibilité aux questions environnementales. Enfin, les nominations récemment annoncées de Pierre Baril et de Louis-Gilles Francoeur aux instances supérieures du BAPE sont également significatives d'un coup de barre. Le BAPE est, lui aussi, un gardien de but. On ne peut éviter de penser que les rondelles qu'un tel ministre et qu'un tel Bureau laisseront passer devront provenir de tirs de qualité.

Est-ce à dire que nous sommes en présence d'un gouvernement où la qualité des gardiens de but environnementaux rendra inopérants les efforts des attaquants économiques? Cela pourrait être le cas, si le présent gouvernement s'inscrit dans ce vieux modèle où les perspectives économiques et environnementales sont posées en confrontation, l'une tendant à inhiber l'autre. Ce modèle, est-il possible d'en sortir? C'est là un immense défi, qui est d'abord posé à l'imagination. Pour en sortir, les choses devront être faites autrement, la préoccupation environnementale devant dès lors être impliquée dès la mise sur pied des projets, plutôt que dans des mesures d'atténuation des effets bricolées par la suite. Il y a là aussi un défi politique; le gouvernement saura-t-il trouver un juste point d'équilibre entre développement économique et protection de l'environnement, dans un modèle où les deux nécessités ne sont pas perçues comme devant se confronter?

Il est apparent que la volonté est là, reste à voir si les résultats seront à la hauteur des espérances. La suite des choses promet d'être passionnante.

Jean-Pierre Garneau, Québec

*L'auteur est anthropologue consultant

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