Analyse

Le monde parallèle du libre-échange

Le gouvernement québécois nouvellement élu travaillera  au... (PHOTO: GÉRARD CERLES, AFP)

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Le gouvernement québécois nouvellement élu travaillera au développement d'une politique de libre-échange avec le marché européen.

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Le Soleil

Périodiquement, nos gouvernements remettent la question du libre-échange à l'ordre du jour. Présentement, un fort vent de libre-échange se lève sur différentes parties de la planète. Le gouvernement québécois nouvellement élu a déjà annoncé qu'il travaillera au développement d'une politique de libre-échange avec le marché européen. Le gouvernement canadien entend également s'engager dans une série d'accords avec la région Asie-Pacifique.

Qu'on se souvienne néanmoins des péripéties de l'accord de libre-échange nord-américain (ALENA) de la fin des années 1980 dont l'ouvrage de Jacques B. Gélinas, «Le virage à droite des élites politiques québécoises» (Écosociété, 2003), offrait une analyse fort instructive. Car les politiques et les mécanismes liés au libre-échange ne sont pas anodins. Comme le précisait pertinemment Gélinas, le libre-échange est davantage que la simple libre circulation des marchandises entre États. Il s'agit bien davantage de «...la pièce maîtresse d'une géopolitique visant à restructurer l'économie et le rapport entre le politique, l'économique et le social» (p.75).

De fait, étant donné que les multiples réseaux de l'économie mondialisée, tels que nous les connaissons aujourd'hui, construisent déjà un flux continu de circulation de biens sous toutes les formes, à quoi peuvent alors servir des «accords de libre-échange»? Pour bon nombre d'analystes, ils permettent de créer un ensemble de mécanismes de fonctionnement et de garanties que les États-nations offrent au capital.

Dans cette ligne de pensée, l'historien Eric J. Hobsbawn souligne les limites auxquelles sont confrontées les États-nations à l'ère de la mondialisation (L'empire, la démocratie, le terrorisme, 2009, André Versaille, éditeur). Il rappelle, entre autres, qu'ils sont peu en mesure de rivaliser avec «....une économie mondiale qui opère par le biais de structures d'une toute autre nature (les multinationales), affranchies de la politique et qui ne s'encombrent d'aucune considération sur la légitimité politique ou l'intérêt général.» (p.119). Autrement dit, de prime abord, le libre-échange apparaît comme une démarche qui s'inscrit dans une ouverture nécessaire et opportune dans un monde globalisé; somme toute un rempart contre les effets négatifs du protectionnisme. En réalité, en s'engageant dans cette dynamique, les États-nations troquent le politique pour la logique de l'économie mondialisée. Pour reprendre les termes de l'analyse de Hobsbawm: «....la souveraineté du marché n'est pas un complément de la démocratie libérale, mais bien une alternative à toute forme d'organisation politique» (p.109).

Dès lors, au moment où le gouvernement québécois s'engage dans des négociations de libre-échange, il s'avère opportun de rappeler la nécessité de ne pas assujettir le politique à la mondialisation du capital, aux cercles restreints de financiers et de multinationales qui bénéficient au premier chef des canaux privilégiés, voire des sauf-conduits, que les représentants des intérêts de la population leur offrent.

Serge Genest, Québec

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