La présidente de la CCBN, Mme Delisle se propose de repenser le modèle de gestion du site des plaines d'Abraham, mais elle n'aura pas la tâche facile car le ver est dans le fruit depuis longtemps. Sous la règle du laisser-faire de ses prédécesseurs, la contamination à fait son oeuvre. Cela a commencé au moment où les responsables de cette Commission ont cédé à une première vague de promoteurs.
Des promoteurs d'une cause essentiellement idéologique dont l'audace a eu comme effet de chiper l'esprit de la célébration de notre fête nationale, de la détourner de son objectif pour en faire un lieu de rassemblement ouvert, festif au plus haut degré et surtout propice au prosélytisme. Ce fut là la première manifestation d'un souffle ultra populiste sur ce territoire en même temps qu'une pratique propice aux dérives que l'on sait. À tel point qu'il a fallu que les instances municipales sonnent la fin de la récréation dans un lieu, rappelons-le, relevant de l'autorité fédérale. On connaît la suite qui se résume ainsi.
Une nouvelle vague de promoteurs a vu le jour: celle de l'industrie touristique. Celle-ci s'adonne l'hiver à une activité justifiable puisque liée à la tradition patrimoniale du Carnaval, mais les activités estivales, elles, sont beaucoup plus discutables. Elles affirment vouloir célébrer la modernité de cette Ville en profitant de ce lieu privilégié pour en faire un rendez-vous à vocation internationale par la diffusion de concerts pop. Avec elles, on s'est appliqué à changer le «branding» dépassé de Vieille Capitale. Malheureusement, cela s'est accompagné d'innombrables abus grâce aux privilèges accordés par les autorités laxistes de la CCBN.
Pour plusieurs cependant, ce fut un success-strory; les grandes vedettes y sont venues et furent accueillies par des dizaines de milliers de spectateurs. Toute l'industrie y a gagné: celle de la restauration et de l'hôtellerie, celle des métiers de la scène, des services de toute nature, dont ceux de la sécurité et surtout des taxes publiques. Alors madame, comme vous voyez, c'est gros, très gros! Et l'on voit difficilement comment cette nouvelle classe dominante (celle ou triomphe l'appât du gain) abandonnera un lieu si propice à ses intérêts pour se plier aux règles d'usage dans un organisme de cette nature. Celles que l'on pratique à Central Park, à Hyde Park ou dans les grands espaces verts de villes patrimoniales comme Paris. Autres pays, autres moeurs!
Nous souhaitons donc bonne chance et beaucoup de courage à Mme la présidente si elle veut redonner aux Plaines la vocation qui devrait être la sienne, soit un lieu de paix et de repos. Elle devra être sourde aux arguments grossiers et fallacieux de gérants qui tentent de faire de la diversion en évoquant les postures des gros bourgeois de Grande-Allée et de leurs petits chiens. Elle devra forcer les vendeurs du Temple à trouver des arguments plus sérieux pour la discréditer et défendre leur empire.
Claude Poulin, Québec