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Le kaléidoscope identitaire québécois

S'il fallait encore en douter, l'élection toute récente montre à nouveau les... (Photothèque Le Soleil)

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S'il fallait encore en douter, l'élection toute récente montre à nouveau les multiples registres sur lesquels se déploient les comportements politiques au Québec. Le kaléidoscope, ce petit cylindre qui permet de produire d'infinies combinaisons d'images, peut s'avérer utile pour identifier les différentes facettes identitaires qu'on ramène le plus souvent, de façon trop commode, aux rapports tendus entre «francos» et «anglos».

Pourtant, les images qui apparaissent dans le kaléidoscope identitaire varient selon l'appartenance aux «communautés» francophone, anglophone, autochtones, allophones. Si, pour les francophones, la langue se situe au centre de l'image identitaire dans un contexte nord-américain fortement anglophone, pour les anglophones, il faut penser que ce sont leurs «institutions» qui jouent ce rôle, leur langue n'étant pas menacée. Les autochtones, relégués d'une part dans des «réserves» par les pouvoirs coloniaux britannique et français, placent le territoire comme un élément identitaire central. Les enjeux historiques politiques ont aussi fait que les uns optent pour l'anglais, d'autres pour le français, réduisant à des degrés divers la variable identitaire de leur langue maternelle. Ces lignes de fracture entre populations autochtones apparaissent d'ailleurs avec de plus en plus de clarté dans le contexte socio-politique actuel. De leur côté, les allophones, à tout le moins ceux de première génération, comme on dit, au vu de leur trajectoire migratoire, largement orientée par des motifs d'amélioration de leurs conditions de vie économiques, construisent leurs axes identitaires en fonction des contextes économique, politique et social dans lesquels ils doivent s'insérer.

Bien sûr, les axes identitaires de chaque personne, de chaque groupe, ne sont pas uniques et fixés un fois pour toutes. Le kaléidoscope identitaire présente des images différentes à chaque fois que de nouvelles conditions sociales, économiques ou politiques apparaissent. Rien d'étonnant que des différends surgissent puisque chaque groupe ne voit que l'image centrale du kaléidoscope qui le définit. On le sent bien d'ailleurs dans les axes qui se développent maintenant entre les riches et les autres, entre les plus instruits et les décrocheurs, pour ne citer que les plus aisément repérables.

Conséquemment, il importe de ranger le modèle photographique simpliste en noir et blanc : les uns et les autres, pour mieux lire le kaléidoscope identitaire qui nous caractérise actuellement. Une gouvernance avisée ne devrait pas faire l'économie de cette lecture. Elle contribuerait ainsi à fixer les bases solides d'un État dûment reconnu à l'échelle internationale.

Serge Genest, Québec

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