Les tensions entre le monde occidental et le monde musulman, ces derniers jours en particulier, sans commune mesure avec les manifestations observées au cours des derniers mois, se nourrissent de l'ignorance réciproque qui alimente les ultraconservateurs dans les deux camps. À cela s'ajoutent tous les clichés qui entretiennent les perceptions populaires, sans compter les inexactitudes galvaudées par les réseaux sociaux. Qui est derrière tout cela? Il y a loin des officines de la CIA et du Mossad, encore moins des opérations satellitaires de Al-Qaïda pour en cerner toute la substance. Cependant, la région qui s'embrase, en concomitance avec les dernières diatribes israélo-iraniennes, incite à une réflexion prudente sur l'état de la situation.
Et pourtant, récemment, les «démarcheurs israéliens» ne se sont pas faits avares d'interventions, jusqu'à indiquer aux États-Unis, rappelons-le, les «cibles à abattre». Au coeur des présidentielles, la presse étatsunienne, jusqu'ici en déficit de substance sur la politique étrangère, nous a tout de même montré deux tendances bien définies: celle de l'équipe de Mitt Romney, plus belliqueuse voire outrancière, contre celle du président sortant, plus près de la realpolitik, de la diplomatie de terrain.
Les Républicains réalisent on ne peut plus durement que les accointances sans nuances avec le Likoud israélien, ni rentables politiquement ni acceptables dans le contexte actuel, mettent en exergue la faiblesse de leur chef, sinon dans son ignorance des règles de base en diplomatie, du moins dans sa compréhension de l'échiquier politique mondial. Le discours à courte vue de Mitt Romney sur le support inconditionnel à Israël dans une éventuelle intervention contre l'Iran ne fait que rajouter à l'ignorance qui nourrit les tensions régionales au Moyen-Orient. Si, avec des connaissances aussi limitées sur le dossier israélo-iranien le candidat républicain se réclame de la sagesse qu'il faut pour gouverner la nation la plus puissante du monde, qu'en sera-t-il alors de tous ceux qui pourraient le suivre dans la «folle aventure»?
Dans ce contexte, j'aurais aimé que le Canada, reconnu à une certaine époque pour son poids moral, eût posé des gestes pour apaiser les tensions entre les acteurs dans la crise régionale d'importance qui s'annonce. Traditionnellement d'ailleurs, nos diplomates, «disciples de Pearson», ont toujours été à l'avant-garde des propositions de règlements pacifiques. Malheureusement, dernièrement, la fermeture arbitraire et définitive de notre ambassade à Téhéran par le gouvernement conservateur prête à une toute autre interprétation.
Non pas qu'il faille arrêter de mettre de la pression sur Ahmadinejad, bien au contraire. Faut-il rappeler que les «ultras» du monde arabo-musulman et ceux de la «terre perse» se sont retrouvés côte à côte depuis des lunes déjà pour tisser la trame d'un mauvais film; le scénario est déjà connu. L'Iran s'enferme dans le déni et l'augmentation substantielle des centrifugeuses dans la filière nucléaire ne fait qu'accentuer le sentiment d'urgence. Une intervention israélienne en territoire iranien ne peut cependant qu'embraser une région déjà marquée par la guerre. Mais dans la capacité d'atténuer cette crise régionale, le gouvernement canadien a raté son examen. Il aurait fallu user d'une diplomatie plus subtile afin de se préserver du discrédit par association avec la droite républicaine américaine et les politiques bellicistes de Benyamin Netanyahou.
Finalement, l'explosion de violence des dernières heures rend nécessaire la fermeture temporaire de certaines de nos ambassades afin de protéger notre personnel diplomatique, ce qui est sage. Espérons que les prochains jours seront portés par une lecture plus juste des intérêts géopolitiques en présence. Inch'Allah...
Jean Lachance, Québec