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Rose-Marie Charest doit choisir

Rose-Marie Charest et Gildor Roy, du nouveau magazine... (Photo fournie par Radio-Canada)

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Rose-Marie Charest et Gildor Roy, du nouveau magazine La télé sur le divan.

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Le Soleil

Rose-Marie Charest doit choisir entre la présidence de l'Ordre des psychologues et sa carrière d'animatrice à la télévision. Elle coanime une émission de variétés La télévision sur le divan avec Guildor Roy à la SRC.

Comme présidente de l'Ordre des psychologues, Rose-Marie Charest a la responsabilité de protéger le public, de représenter la profession et les psychologues. Cette charge publique exige une réserve. La promotion de l'émission a été faite en indiquant que Rose-Marie Charest était présidente de l'Ordre des psychologues. À cause de la crédibilité que donne cette fonction, Rose-Marie Charest peut laisser au public l'impression que les propos qu'elle tient, les analyses qu'elle fait, reflètent ce que diraient l'ensemble des psychologues membres de l'Ordre. Elle peut aussi donner l'impression que son style de psychologue est celui préconisé par l'Ordre des psychologues.

Hugo Dumas de La Presse a titré son article, En thérapie avec Rose-Marie. Ce titre reflète bien mon propos. M. Dumas écrit : «Les échanges entre les trois invités ...ne coulent pas de source, malgré les efforts déployés par l'animateur Guildor Roy pour faire prendre la mayonnaise... Les invités m'ont semblé sur la défensive pendant 60 minutes et n'ont qu'effleuré cette problématique (l'infidélité) malgré les propos très éclairants - et rassurants - de la coanimatrice et psychologue Rose-Marie Charest.» Pour vaincre la défense, Rose-Marie a-t-elle utilisé des techniques propres à la psychothérapie? A-t-elle fait les mises en garde que le syndic exige des psychologues dans leurs déclarations publiques? Ou était-ce seulement un show de variétés?

Longtemps, les psychologues se sont plaints d'être dans l'ombre. On ne parlait pas d'eux. On ne leur référait pas de clients. Les psychologues sont arrivés à la surface grâce à leur présence dans les médias. Mais ils présentent une psychologie de surface, une psychologie «populaire». Ce modèle de psychologue/psychothérapeute fait en sorte que les psychologues qui ne pratiquent pas la psychothérapie sont de plus en plus mal à l'aise au sein de l'Ordre.

D'autres priorités

Rose-Marie Charest devrait avoir d'autres priorités que la télévision. Depuis une quinzaine d'années, la profession de psychologue s'est beaucoup appauvrie. La profession s'est fortement médicalisée. Les psychiatres et les psychologues doivent utiliser le même manuel diagnostique (le DSM-IV) ce qui fait qu'il n'y a presque plus de différences entre les rapports des psychiatres et des psychologues. Dans les hôpitaux, Rose-Marie Charest ne s'est pas attaqué à la dépendance totale des psychologues faces aux psychiatres. C'est le psychiatre qui décide de la référence, qui supervise et évalue le travail du psychologue. Les psychologues sont devenus des auxiliaires médicaux. Les psychologues ne sont plus une alternative face aux médecins et aux psychologues. On comprend pourquoi les psychologues ne veulent pas aller travailler dans les hôpitaux.

À l'automne dernier, les orthopédagogues ont dénoncé la médicalisation de l'école, ce qui fait que des problèmes d'apprentissage, de comportements vont devenir des problèmes médicaux, neurologiques. Assise aux côtés des médecins, Rose-Marie Charest a dénoncé (Le Devoir 8 décembre 2011) : «la campagne de peur non fondée que livrent les orthopédagogues et les spécialistes des sciences de l'éducation». La doyenne de la Faculté de l'Éducation de l'UQAM a dit : «Si le guide - de la loi 21 - passe, les psychologues, médecins, infirmières, etc. se retrouvent à être les responsables officiels. Cette mainmise des professionnels sur l'éducation va créer une forte pression pour les consultations». Une occasion ratée des psychologues de faire un peu d'introspection. Les psychologues sont de plus en plus des agents de contrôle social, c'est-à-dire qu'ils sont chargés d'appliquer la réaction sociale face aux enfants, aux jeunes, aux adultes qui sont hors la norme sociale, si n'est la réaction sociale face aux conflits sociaux provoqués par ceux-ci. On envoie ceux-ci chez le psychologue pour suivre une psychothérapie.

Ce sont de tels débats d'intérêt public qui devraient se retrouver à la télévision et là, la Présidente de l'Ordre des psychologues y aurait sa place.

Martin Courcy, psychologue

Montréal

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