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La CAQ mal documentée sur l'assurance médicaments

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Le Soleil

Au cours des derniers jours, M. François Legault a répété que s'il était élu, son gouvernement réduirait de quelque 250 millions?$ par année les honoraires versés par la RAMQ aux pharmaciens.

À sa face même, ce chiffre est absurde. Il représente 140 000$ par pharmacie par année, soit 25% des honoraires versés aux pharmaciens par la RAMQ. À même ces honoraires, les pharmaciens doivent payer leurs employés d'officine (pharmaciens et aides techniques en pharmacie), leurs frais d'occupation de locaux, financer leurs stocks, etc. Amputer leurs honoraires de 140 000$ par pharmacie conduirait la majorité des pharmacies québécoises droit à la faillite.

M. Legault n'est pas très clair quant à la source de pareille économie. Mais il s'appuie sur deux affirmations erronées.

Premièrement, il affirme que les honoraires des pharmaciens représentent 31% du coût total des médicaments au Québec, contre 17% en Ontario. Les deux chiffres sont faux: pour l'exercice 2010-2011, la rémunération brute du pharmacien a représenté 24,6% du coût brut des ordonnances payées par le programme public ontarien, et 25,5% de celles payées par la RAMQ. Passer de 31% à 25,5%, voilà 217 millions d'économies déjà réalisées!

Un mois, deux mois, trois mois?

Deuxièmement, selon M. Legault, il serait possible de faire d'énormes économies en espaçant les visites à la pharmacie des patients dont la condition est «stable» : ceux-ci pourraient renouveler leurs médicaments trois mois à la fois, plutôt qu'à chaque mois. D'où une économie d'honoraires.

À l'évidence, personne à la CAQ n'a lu l'entente entre les pharmaciens et le gouvernement du Québec: depuis 2007, pour les patients «stables», les honoraires payés au pharmacien sont proportionnels au nombre de jours de traitement qu'il délivre à son patient. Si le pharmacien donne à son patient un approvisionnement de trois mois, il reçoit trois fois les honoraires mensuels.

Ce n'est donc pas pour des raisons économiques que le pharmacien québécois limite les quantités de médicaments délivrées à ses patients, comme le laisse entendre M. Legault. C'est plutôt pour des raisons professionnelles, conformément aux recommandations de son ordre:

- Pour permettre une meilleure surveillance de la thérapie médicamenteuse par le pharmacien. La non-observance au traitement (sur-, sous- ou mal-consommation) est plus facilement décelable sur une base mensuelle. Plus la médication d'un patient est lourde, complexe (et donc coûteuse), plus cette surveillance est importante et doit être étroite.

- Pour limiter la quantité de médicaments dans les mains du public. Cela réduit le gaspillage en cas de changement au traitement, voire de décès du patient.

En outre, le pharmacien limite souvent à un mois la quantité délivrée à la demande expresse des patients qui ne peuvent pas payer leur contribution trois mois à la fois.

Il aura aussi sans doute échappé à M. Legault que le prix moyen des ordonnances remboursées par le régime public d'assurance médicaments a diminué de 15% entre 2007 et 2011. Cette baisse est largement le fruit de la nouvelle politique québécoise du médicament générique, qui a déjà amputé la rémunération des pharmaciens propriétaires de quelque 38 millions?$ par année - soit 20 000$ par pharmacie annuellement.

L'enjeu du coût des médicaments en est un de croissance de consommation associée aux remarquables progrès des thérapies médicamenteuses au cours des dernières décennies, ainsi qu'au vieillissement de la population. Le problème est complexe. La solution ne pourra être simple. Encore moins simpliste.

La «plateforme» de la CAQ relative à l'assurance médicaments repose manifestement sur une analyse bâclée et mal documentée, sur l'ignorance de la réalité pharmaceutique, voire des règles de fonctionnement du régime public d'assurance médicaments. La gestion du régime public québécois mérite mieux.

Normand Cadieux, vice-président exécutif et directeur général

Association québécoise des pharmaciens propriétaires

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